CHAPITRE SEPTIÈME. -j
obscurité complète. Là, un coup de feu retentit : « Tiré par un insurgé caché, » disent les gardes nationaux; c par un garde national etîrayé, » répondent les membres du club. Saisis de panique, ne pouvant se reconnaître, les gardes nationaux tirent les uns sur les autres dans les salles, dans le passage. Deux morts, plusieurs blessés, tel fut le douloureux résultat de cet accident, inexpliqué , qui resta isolé. En l'apprenant dans la nuit, la Commission exécutive ordonna une enquête, un surcroît de surveillance et de précaution.
La présence, à* l'Hôtel-de-Ville, des prisonniers et surtout de MM. Barbés et Albert pouvait être une excitation à une prise d'armes ou à un coup de main désespéré. Il y avait urgence à les transporter au dehors. La Commission exécutive, sur la demande du maire de Paris, transmit l'ordre de les envoyer, la nuit, sans retard, sous une escorte de cent cinquante dragons, au
fort de Vincennes. Cet ordre fut aussitôt exécuté.
Quelques autres personnes, arrêtées avec eux, la plupart membres de la Société des Droits de l'homme, y furent transportées aussi avant le jour, — trois heures du matin, — dans une diligence des Messageries générales, sous la surveillance du citoyen Tournery, nommé commissaire extraordinaire pour l'accomplissement de cette mission.
M. Barbés était vivement inquiet sur le sort de Louis Blanc. ïl ne l'avait pas vu à l'Hôtel-de- Ville; il igno-
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rait si cet ami n'y était pas venu, et si, là où ailleurs, on ne l'avait pas arrêté. Songeant peu à lui-même, sa sollicitude se reportait sur ceux qu'il affectionnait. Il se préoccupait aussi de ce qui pouvait advenir. Il croyait le peuple entier debout et le combat possible. Prêtant l'oreille au moindre bruit, la détonation accidentelle d'un coup de feu fît sur lui une impression qu'il ne chercha pas à dissimuler.
M. Barbes exerçait une attraction sympathique. A son arrivée à Vincennes, M. Vanderberghe, un de ceux qui l'avaient arrêté et escorté, en se séparant de lui, lui prit affectueusement la main et lui dit : « Pauvre malheureux! vous avez déjà fait tant d'années de prison! »
Le général Gourtais, revenu pour se livrer lui-même, avait été conduit par un huissier de la Chambre, M. Lipman, dans une pièce attenant à la bibliothèque. L'événement avait trahi ses intentions : le peuple ne l'avait pas écouté et la garde nationale l'avait violenté; sous le poids de sa responsabilité, il s'était affaissé et des larmes retenues avaient, malgré lui, mouillé ses paupières. Pressé, à plusieurs reprises, par M. Lipman, de se retirer, il ne l'avait pas voulu. Lorsque son arrestation fut décrétée, M. d'Aragon, dévoué à toutes les infortunes, lui fit offrir son passe-port et sa bourse. 11 refusa énergiquement. Amené au Petit-Luxembourg, MM. Lamartine, Ledru-Rollin et d'autres membres du Gouvernement, bien convaincus qu'il était incapable de trahison, allèrent lui porter des consolations, qui ne pouvaient adoucir l'amertume de son désespoir. Hrisé par trois moi» de veilles, de services rendus, de