CHAPITRE HUITIEME
droite avaient fourni le prétexte et donné, involontairement sans doute, niais fatalement, rendez-vous à l'insurrection. Et cependant ils allaient s'empresser de saisir cette déplorable occasion pour attaquer d'ensemble et ardemment le gouvernement républicain.
Le Gouvernement, pendant cette longue crise, n'avait pourtant pas cessé d'être présent et actif sur tous les points. Au Petit-Luxembourg, MM. François Arago et Garnier-Pagès transmettaient les ordres, rassemblaient et dirigeaient les légions. A l'Assemblée, MM. Lamartine, Marie, Ledru-Rollin s'efforçaient de combattre, de pacifier et de ramener des esprits égarés. A l'Hôtel-de-Ville, M. Marrast s'était maintenu ferme à son poste, où MM. Lamartine et Ledru-Rollin étaient bientôt accourus. Au ministère de l'intérieur, M. Recurt appelait la banlieue et annonçait à la France l'émeute et la répression. Les autres ministres étaient demeurés au milieu des représentants, veillant au salut de députés menacés, et se tenant à la disposition de l'Assemblée et de la Commission exécutive. Le ministre des finances, M. E. Duclerc, avait, par une heureuse et vigoureuse initiative, présidé à la solennelle reprise des travaux parlementaires.
Sous l'impression du moment et du péril évité, les applaudissements et les ovations adressés, la veille, aux divers membres du Gouvernement, dans l'Assemblée, à l'Hôtel-de-Ville,au Luxembourg, par les représentants, et par la garde nationale, composée alors de tous les citoyens, patrons et ouvriers; riches et pauvres, a-vaient été spontanés, unanimes. L'œuvre de salut avait ap-
paru à tous, évidente, incontestable. Tous l'avaient proclamée dans leurs acclamations. Mais, le lendemain , l'esprit de justice était refroidi; l'esprit de parti, ravivé.
Le gouvernement républicain, aprèsavoir lutté contre l'anarchie, allait se trouver en lutte avec la réaction.
La séance commença par des murmures. Ils étaient suscités par les explications que le président voulut donner sur les con Ire-ordres de rappel « expédiés seulement pour gagner du temps, rédiges sur des chiffons de papier hors des formes ordinaires, ne devant être reçus et n'ayant été regardés comme sérieux par personne, et qui n'avaient d'autre but que de sauvegarder la vie des représentants. » Cette dernière phrase parut malsonnante et blessante à certains députés, qui se déclarèrent prêts à mourir pour le pays.
La tribune fut ensuite assiégée par une multitude de représentants qui tous voulaient parler sur le procèsverbal. Sur la proposition de M. Luneau, l'Assemblée décida que la partie de la séance relative à l'envahissement, supprimée dans le Moniteur, y serait rétablie, u afin que la nation entière sût tout ce qui s'était passé et put s'enorgueillir de ce que les députés s'étaient montrés les dignes et fermes représentants du peuple. »
Après ce vole, entrent les membres du Pouvoir exécutif et les ministres.
M. Garnier-Pagès fait connaître les mesures d'ordre
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prises pour la sûreté publique : arrestations, fermetures des clubs en insurrection la veille, saisies d'armes, rappel des troupes, dissolution des Montagnards, nominations des généraux Clément Thomas el Bedeau.
Il annonce que le préfet de police va se rendre dans le sein de la représentation nationale, afin de se mettre à la disposition de l'Assemblée.
Il réclame le maintien de la haute confiance accordée au Gouvernement, « afin de pouvoir continuer, en toute liberté d'action, avec mesure, avec maturité, avec prudence, avec sagesse, mais avec énergie, les efforts nécessaires pour rendre impossible, à tout jamais le retour des scènes scandaleuses et honteuses qui se sont passées la veille. »
Toujours préoccupé de la crise industrielle et des souffrances des ouvriers, il termine en disant que la meilleure mesure financière pour les alléger, c'est la sécurité dans le travail.
Ces renseignements et ees avis, consciencieusement émis, sont accueillis avee une approbation marquée, mais MM. Bonjean et Baroche, vivement soutenus par la droite, relèvent la question de confiance ; confiance concédée par eux à la Commission exécutive, et à laquelle la Commission n'a pas répondu. Pourquoi le préfet de police n'a-t-il pas été destitué ? quels sont les motifs qui le font maintenir? quelles ont été les délibérations du conseil pendant la nuit, à ce sujet ? Et la garde républicaine ? comment est-elle formée ? Les Montagnards effraient la population ; ils ne connaissent
qu'un homme, et non la République ; ce sont des janissaires ; Canssicfière est leur soleil : « La Commission executive est responsable légalement et moralement de l'insuffisance des ordres qu'elle a donnés, ou du crime, ou de la tante des agents qui n'avaient pas exécuté ses ordres. »
M. Lamartine soutient cet assaut avec placidité, M. Garnier-Pagès avec emportement.
M. Lamartine décrit, avec une intéressante lucidité, fa sitùation de Paris dans les premiers jours qui ont suivi là Révolution de février, l'absence de toute force régulière, l'improvisation des gardes nationale, mobile et, républicaine, les efforts successifs pour les réorganiser, la nécessité du concours de tous.
« Sachez, citoyens », dit-il en finissant, <c sachez, comme vous le demandait tout à l'heure l'honorable citoyen Garnier-Pagès, sous peine de discréditer en nous et peut-être d'affaiblir en vous-mêmes l'autorité qu'il a été dans votre intention de nous donner, sachez nous décerner quelque temps de cette confiance qui est notre seul moyen de gouvernement, confiance non pas indéterminée et indéfinie, nous n'en voulons pas, mais la confiance d'heures, de jours nécessaires, pour assurer à la fois l'énergie et la prudence des mesures nécessaires pour assurer le salut commun. » (Trèsbien ! très-bien !)
« Le citoyen Garnier-Pagès [avec énergie) : on ne nous laisse pas le temps d'agir, et il y a beaucoup à faire pour le gouvernement. Nous demandons de la prudence, parce que nous savons qu'il faut beaucoup de