CHAPITRE HUITIÈME. 35b
celants sous les feux du soleil, les chasseurs et les dragons à la crinière flottante.
« En ce moment, le concert des orphéonistes se tait; les jeunes filles font entendre le Chant des Girondins ; après ce chant, cinq cents douces voix s'unissent pour faire retentir ce cri : Vive la République l et, en passant près de l'Assemblée, les bouquets qu'elles tenaient à la main tombent aux pieds des représentants.
a Ici la population tout entière, les ministres, la Commission executive applaudissent avec transport . Tout le monde est debout sur l'estrade...
« Vers cinq heures, le défilé de la garde nationale finissait. Plusieurs légions ont jeté les fleurs, dont leurs fusils étaient ornés, dans les rangs de l'Assemblée nationale ; toutes ont prouvé qu'elles étaient dévouées à l'ordre et à la liberté. En défilant elles ont fait entendre, à plusieurs reprises, les cris de Vive la Républqiue ! Vive V Assemblée nationale !
<( Le soir, la foule envahit les quais, les Champs-Elysées, les Tuileries ; des cris d'admiration s'élèvent de toutes parts. Les illuminations présentent un spectacle féerique. Les terrasses des Tuileries éclairent leurs balustrades, et des vases d'orangers avec leurs fruits lancent au loin leurs gerbes de feu ; l'allée de Neuilly étale ses lustres, ses girandoles, ses arcs aux trois couleurs, qui font ruisseler les lumières au milieu de la foule. Enfin la soirée se termine par un magnifique bouquet d'artifice élevé sur l'arc de triomphe de l'Etoile.
« Les illuminations particulières étaient nombreuses et fort belles.
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« Malgré l'énorme affluence d'étrangers et de curieux qui étaient venus à Paris pour jouir de la féte et fraterniser avec la population parisienne, malgré le pèle-mèle inévitable en pareille circonstance, on n'a eu aucun accident à déplorer.. .
« Le canon a tiré de minute en minute durant cette journée, qui a réellement consacré l'union de tous les citoyens. »
Pour compléter le récit, il faut ajouter au défilé, d'après les narrations du Constitutionnel, des Débals et de l'Union, les membres de la Cour de cassation, de la Cour des comptes, de la Cour d'appel en robes d'apparât et les membres de l'Institut, lesélèvesdes Ecoles, les noirs affranchis, la garde mobile à cheval, les délégués des Ateliers nationaux, les blesses de Février, les anciens détenus politiques, les décorés de Juillet, les Invalides, les gardes nationales de différentes villes, etc., etc.
« La principale innovation dans cette cérémonie, » dit Le Constitutionnel, « est la participation des corporations des arts et des métiers à cette solennité. L'essai en a été assez heureux pour qu'on doive s'occuper de faire à l'avenir une place plus grande à l'industrie dans nos fêles républicaines.
« Pendant que le cortège industriel défilait devant les représentants, marchant par la droite de l'École Militaire, le^ gardes nationales (on évaluait le nombre à trois cent mille hommes) continuaient à défiler par la gauche, et les deux cortèges, allant en sens invers, se
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saluaient mutuellement et saluaient l'Assemblée de leurs vives acclamations.
«... Ce qu'il y avait d'un peu incorrect, d'un peu confus, dans les mesures de l'autorité, a été reHifie par l'enthousiasme du peuple. Il en est de notre situation actuelle comme de certaines tragédies antiques, c'est le chœur, cet immense chœur d'une nation tout entière, qui joue le premier rôle. »
« L'aspect du Champ de Mars, » disent les Débais, « avait quelque chose d'assez imposant. » Le Siècle dit : a Tout Paris est dans le Champ de Mars. Le soir, Paris flambloie comme un phare. Les quais resplendissent. Toute la soirée s'est écoulée dans le calme le plus profond. »
(f En présence de ce spectacle si grandiose, si écrasant, » d'il L'Union, « nos souvenirs évoquaient le passé. Nous cherchions malgré nous les ombres colossales des Pétion, des Barnave, des Cazalès, des Lally- Tollendal, des Maury, des Mnunier, des Mirabeau, et de tant d'autres qui avaient précédé la République actuelle sur ce même théâtre ; nous cherchions ces grandes figures; et nous ne trouvions que ce que vous savez. » Pendant ce spectacle grandiose, écrasant, la liberté régnait si splendidement, que le nom de l'illustre chef du parti légitimiste pouvait figurer sur une bannière et le cri de : Vive l'empereur ! sortir de la bouche de la vieille garde, sans que personne en fût étonné.
Les historiographes des anciens rois ont rempli leurs annales des minutieux détails des fêtes de la cour où trônaient les maîtresses titrées. Je n'ai pas craint
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de donner un certain développement à cette solennité où la nation était tout entière, ayant pour idole la liberté.
J'achève ce récit par la proclamation de la Commission executive.
« RKPUBLIOUE FRANÇAISE.
« Liberté, Égalité, Fraternité.
a Proclamation à la garde nationale , aux travailleurs
et à Vannée.
a Citoyens,
« La journée du 21 mai comptera parmi celles dont la France a le droit d'être fière. C'est la fêle de la Concorde, de la Paix et du Travail ; c'est l'élan unanime et fraternel du peuple armé, c'est la République ralliant autour d'elle tous les cœurs.
« II fallait montrer au monde que, si chaque citoyen est un soldat, tous les soldats sont frères et que la irarde nationale, les travailleurs et l'armée sont les bras d'un même corps dont la démocratie est l'âme et la vie.
« L'Assemblée nationale, les délégués accourus de tous les départements, trois cent mille hommes sous les armes sortis d'une seule cité, les travailleurs exposant au milieu du peuple les chefs-d'œuvre de l'industrie , les compagnons des devoirs autrefois divisés, aujourd'hui se donnant la main sous l'inspiration puissante de la Fraternité, la jeunesse de nos Ecoles, une