‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 21 sur 164 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

tion personnelle; malgré de bruyantes interruptions, il interpelle directement M. Ledru-Rollin sur des paroles prononcées dans une conversation.

M. Ledru-Rollin monte à la tribune : « Citoyens, cette assemblée est trop grave pour que je m'arrête à une conversation dont la relation peut être plus ou moins fidèle. Une accusation est portée, qui pourrait peser dans l'histoire sur le passé de quelques membres du Gouvernement provisoire. C'est à cela seul que je veux répondre.

« On vous dit: a Le Gouvernement provisoire n'était pas parfaitement uni, en ce sens que les hommes, animés tous d'excellentes intentions, d'un dévouement absolu, avaient cependant, sur certaines questions, un sentiment de progrès, une idée plus ou moins avancée ; et par cela même le Gouvernement n'était pas unitaire. » Mais, est-ce qu'on aurait la prétention que les hommes du Gouvernement provisoire fussent faits sur un type qui ne serait pas celui de l'humanité? (Très-bien 1) Qui est-ce donc qui a constitué notre force? Notre diversité même, notre variété dans un sentiment commun , l'amour sacré de la patrie et le dévouement au pays. (Bravo! bravo!) Qu'avons-nous été? Un faisceau! un faisceau composé de rameaux multiples, mais réunis par un lien commun ; et, en effet, dites-moi quel est celui de nos actes, de nos actes officiels, qui n'ait, pas été revêtu de la signature de tous et de chacun de nous. Oh ! que voudriez-vous blâmer? Ce qu'il y a de plus respectable dans l'homme, l'essence même de la nature,

la variété, l'infini dans l'unité, l'indépendance de la conscience et la liberté de l'intelligence. » (Applaudissements prolongés.)

«... Les gens qui parlent de nos dissidences, au lieu d'entretenir l'union, qui est sur leurs lèvres, mais qui n'est pas dans leurs cœurs, veulent entretenir ici la défiance et la confusion. L'uniformité comme ils l'entendent est l'impuissance et non la force. Tout ce qui n'était pas représenté au dedans aurait été protestation redoutable au dehors. Est-ce qu'il y aurait une réunion vivante, une force quelconque, s'il n'y avait pas l'individualité, qui lutte avant d'aboutir, de juger, de résoudre? Est-ce que vous, Assemblée, vous n'êtes pas ici une majorité et une minorité. Il fau-

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blée. (Exclamations.) Oui 1 pour être conséquents et logiques, il faudrait que vous fussiez tous du même avis. (C'est évident.) Eh bien ! ce qui fait votre fore©, c'est que vous aimez, je le répète, unis par le but commun, le bien du peuple ; c'est que vous arrivez avec uue pensée commune, la grandeur de la France et la prospérité du pays ; mais vous marchez tous à des points différents, à des degrés différents, avec des idées différentes sur les moyens, mais non pas sur le but. Cette variété même, qui représente toutes les théories du moment, fait la puissance, la vie, la force de l'Assemblée. (Applaudissements.)

« Eh bien î ce que vous êtes aujourd'hui, nous l'avons été.

« Ah ! Messieurs, c'est au nom de l'indépendance

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