CHAPITRE PREMIER
balancé l'effet des discours entraînants de MM. Lamartine et Ledru-Rollin ; M. Dupont (de l'Eure) y penchait, pressé par ses amis. Il hésitait encore en entrant dans la salle des séances, le 10 mai, à midi.
Le scrutin pour la nomination de la Commission exécutive était à l'ordre du jour.
Une discussion préliminaire, écho de toutes les rumeurs de la nuit, eut lieu sur le refus ou l'adhésion probable de certains membres du Gouvernement provisoire. Au milieu des contestations et des interruptions, M. Martin (de Strasbourg) se dit autorisé, à l'instant même, par M. Dupont (de l'Eure), à déclarer qu'il n'accepterait pas le mandat de membre du Pouvoir exécutif, dont quelques représentants voulaient l'honorer. Le silence de M. Dupont (de l'Eure) confirma cette déclaration.
L'on procéda au scrutin par appel nominal.
Le président fit connaître le résultat de ce scrutin attendu avec une si légitime impatience :
a Nombre des votants : 794.
« Majorité absolue : 398.
« Le citoyen François Arago. . 725 suffrages,
a Le citoyen Garnier-Pagés . . 715 »
« Le citoyen Marie 702 h
« Le citoyen Lamartine ... 643 »
« Le citoyen Ledru-Rollin . . 458 »
a La proclamation de ces citoyens comme mem
bres de la Commission du pouvoir exécutif fut accueillie par des applaudissements.
. L'Assemblée jugea inutile la lecture des noms qui suivaient.
346 représentants avaient voté pour M. Dupont (de l'Eure), malgré sa renonciation.
Elu par les élus du suffrage universel, librement, après un long examen et des discussions approfondies, le Pouvoir exécutif était bien l'expression la plus vraie, la plus légale, de la souveraineté du peuple.
MM. François Arago, Garnier-Pagès, Marie, Lamartine, Ledru-Rollin se retirèrent aussitôt après leur nomination et se rendirent au ministère de la marine afin de se concerter sur le choix des ministres qu'ils appelleraient à partager, sous leur direction et leur responsabilité, le fardeau du gouvernement.
Le sentiment de conciliation qui avait prévalu dans l'Assemblée avait nettement tracé la ligne de conduite. Les membres de la Commission du pouvoir exécutif s'empressèrent à de mutuelles concessions; et, bientôt d'accord, ils adressèrent au président de l'Assemblée, qui en donna lecture, ces deux messages.
« Paris, il mai 1848.
a Citoyen président,
a Les membres de la Commission du pouvoir exécutif ont reçu le message par lequel l'Assemblée