‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 1 sur 209 · Histoire de la Révolution de 1848 · texte numérisé non relu

Histoire de la Révolution de 1848

J'ai dû, pour compléter l'histoire de la Révolution française de 1848, la suivre dans ses développements à l'extérieur, et esquisser le tableau des manifestations et des événements extraordinaires qui, à cette époque, agitèrent l'Europe, convulsionnèrent les peuples, ébranlèrent les trônes, et arrachèrent les nationalités de la léthargie où elles semblaient éteintes. Ce fut d'abord une explosion, puis un soulèvement général, enfin le mouvement régulier et légal. Le choc venu de France se fit sentir avec rapidité. L'éclair de nos orages illumina le monde entier. Les nouveaux moyens de communication qui mettent en rapport instantané l'homme avec l'homme, la pensée avec la pensée, les peuples avec les peuples, servirent à propager les mêmes idées.

Les nations, rivées l'une à l'autre par la main de Dieu, seront de plus en plus contraintes de concentrer leurs efforts, pour jouir plus amplement de la terre, de l'espace, du soleil, des richesses infinies dispersées sur le globe. Ainsi l'humanité, pour assurer à chacun vt. 4

son travail , sa propriété, son droit, son devoir, marche vers l'unité.

L'inlUience de la France sur les destinées du monde ne fut jamais portée aussi haut, poussée aussi loin. L'Europe peut le reconnaître sans regret, y applaudir même avec effusion, car cette influence ne fut imposée ni par la terreur des armes, ni par les ruses de la diplomatie, ni par l'oppression de la conquête; elle ne fut que le résultat des sympathies enthousiastes des peuples. Un rayonnement d'espérance éclaira toutes les consciences. Tous ceux qui gémissaient dans les ténèbres tournèrent leurs regards vers la France. Nos couleurs devinrent les couleurs de la rédemption, nos chants populaires les chants de la liberté du monde. Des sombres forêts de la STiède et de la Norvège jusque sous le ciel pur de l'Italie, on entendit des acclamations pour notre grandeur, des vœux pour notre avenir. L'inspiration de nos sentiments généreux fit palpiter tous les cœurs de l'amour de la patrie. Chaque nation sentit en elle ce souffle divin qui fait braver la mort pour conquérir lindépendauce.

J'ai divisé le récit en trois parties distinctes, afin qu'il fût plus facile de suivre le mouvement et d'établir la corrélation des événements avec l'ensemble et avec la situation de la France. La première partie s'étend jusqu'au io mars; la seconde, du 35 mars au 4 mai, jour où le Gouvernement provisoire déposa ses pouvoirs; la troisième, du 4 mai juscju'au moment où la Commission executive donna sa démission. Je me suis limité à

l'époque pendant laciiiclle, appelé à la direction des afl'aires de mon pays, j'ai pu tout savoir et tout apprécier. J'ai tenté de plaoer un anneau histori(iue dans la chaîne des temps; à d'autres de placer le leur. Si je ne suis point parvenu à élever le récit à la hauteiu- du drame réel, j'ai cherché du moins à y suppléer par la plus consciencieuse exactitude. J'ai consulté les documents, creusé les faits, étudié, médité longtemps.

Cette époque est féconde en enseignements. Les peuples et les chefs des États y trouveront de salutaires leçons. Je n'ai dissimulé la vérité à personne. Je n'ai flatté ni puissants ni faibles. On ne doit courber la tète que devant Dieu.

Ce volume n'est pas un livre de circonstance , fait au gré des désirs et des aspirations du jour, pour plaire, après l'événement, aux passions, ou pour satisfaire les préventions de l'opinion publique. Il était achevé avant la dernière guerre d'Italie, qui a changé les situations. J'ai cru devoir lui conserver son originalité première, et le laisser intact : y toucher m'eût paru une profanation des conseils qui m'ont été donnés. Manin, si regretté , a , pendant de nombreuses et douces journées , compulsé mon récit page par page , quelquefois même phrase par phrase et mot pai- mot , me prêtant ses documents ou acceptant les miens, discutant ou approuvant mes impressions avec cette vivacité de paroles, cette chaleur de conviction qui, venant de son Ame élevée, me séduisaient et me captivaient toujours. Il suivait mon travail avec un intérêt d'autant plus sincère qu'il comprenait, comme moi , comment l'Italie future devait naître de l'Italie de 1848.

LA

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