‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 17 sur 209 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

liidouse anarchie et qui l'épouvantait. Et alors ne devaitil pas s'entendre avec l'Autrieiie, avec l'Allemagne, avec la'Russie? Mais, dans ce cas, le peuple impatient briserait sa couronne sous les pas de la République. Se ferait-il le chef des peuples d'Italie, pour ex|)ulscr les Autrichiens, avec le secours de la France? Mais les peuples victorieux, dans l'ivresse du triomphe, après avoir recouvré leur indépendance au dehors, voudraient au dedans leur liberté absolue; et une République italienne surgirait de ses succès mêmes.

D'autre part, ses projets de conquête n'étaient-ils pas devenus plus faciles ? Et si , à la tête de son armée , il parvenait à affranchir l'Italie, ne trouv^erait-il pas assez de pouvoir dans le prestige de sa gloire et dans la reconnaissance des peuples, pour obtenir la couronne de fer et pour maîtriser toute pensée républicaine ?

Irrésolu, il attendit; et, quel que pût être le parti à prendre, comme il avait besoin d'une armée fortement organisée, il continua ses armements. Son ministère n'étant plus assez populaire pour la situation, il accepta sa démission le 9 mars. Le nouveau conseil fut composé, le 16, sous la présidence de César Balho, de Yicenzo Ricci, Federigo Sclopis, Antonio Franzini , Carlo Boncompagni , et de deux membres du précédent ministère, Ottavio Thaon de Revel et Des Ambrois.

Les événements que Charles-Albert attendait pour se déclarer ne se hrent pas attendre. Si les manifestations constitutionnelles étaient nées en Italie avant le 24 février 1848, les manifestations contre l'Autriche n'avaient encore pu éclater. Il était réservé à la révolution française de donner à l'Italie le signal de la lutte contre l'étranger.

L'insurrection victorieuse de lu Sicile et la constitution de Naples avaient été accueillies comme un présage de délivrance et comme une joie publique dans les villes de la Lombardie et de la Yénétie. A Milan, le 5 février, une démonstration avait eu lieu à la Scala; et , le lendemain , 30 000 personnes venaient pieusement, dans la cathédrale et sur la place, assister à une messe en l'honneur des habitants de Palerme morts pour la liberté. Le même jour, à Venise, la population en habits de fête et les dames en grande toilette, ornées de rubans tricolores, étaient accourues au théâtre delà Fenice jeter des bouquets, dont la réunion formait les couleurs italiennes, à la Cerrito, qui dansait la siciliana. Se parant de ces emblèmes patriotiques , la danseuse devenait l'objet d'une triple ovation adressée à des sentiments dont son talent la rendait, en ce moment, l'expression charmante. L'église et le théâtre se transformaient ainsi, pour ces opprimés privés de tout moyen de presse, en organes de l'opinion, de la joie ou de la douleur publique.

A Bergame, à Pavie , à Padoue, à Trévise, des scènes sanglantes avaient attristé et envenimé la situation. La loi stataire avait été promulguée partout. Partout des armes , des sentinelles prêtes à faire feu , des canons braqués, les rues désertes, les boutiques fermées, les affaires suspendues, la rage et la haine au cœur des habitants , la soif de compression et de vengeance dans l'àme des officiers et des soldats! Tel était le malheureux état de choses qui ne pouvait durer,

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Iors(|iron apprit successivement la proclamation des constitutions toscane et piémontaise, le triomphe du peuple à Paris, le renversement de Louis-Philippe, et la fondation do laRrpubliciue.

Malgré les efforts du gouvernement pour dissimuler les faits ou en atténuer la gravité, la révolution française fut rapidement connue. Elle était donc sonnée enfin, l'heure de la régénération des peuples, de leurs droits, de leur souveraineté ! Les traités qui les tenaient enserrés étaient déchirés! L'Italie menacée, la Lombardie, la Vénétie captives, auraient donc un appui, si elles parvenaient à briser leurs fers! Il n'y avait plus qu'à oser! Mais les Autrichiens avaient 7(» 000 soldats aguerris, commandés par des chefs résolus. Ils possédaient l'artillerie, les forts, les citadelles, les positions militaires , les arsenaux , la discipline , le gouvernement, l'argent, les munitions. Les populations, au contraire, étaient sans poudre, sans fusils, sans canons, sans armes, sans autres abris que leurs fragiles toits, sans autre organisation qu'une commune haine et un égal amour de la patrie, sans nul moyen d'attaque et de résistance. Et cependant elles s'écriaient : a Et nous aussi nous aurons nos glorieuses journées ! »

Dans la Lombarclo- Vénétie, il est vrai, ce n'était pas, comme ailleurs, le soulèvement d'une partie de la nation contre une autre partie plus ou moins puissante. C'était la nation entière contre l'étranger. Ce n'était pas seulement une question de liberté, c'était aussi une question d'indépendance ! Aux yeux de toutes les opinions, la cause était sainte et le but sacré !

A cette nation ainsi inspirée, ainsi décidée à mourir ou à vaincre, il ne fallait qu'une occasion, un jour,

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une hetire, un cri, pour se lever en masse contre l'Autriclie; cette occasion, ce jour, celte heure, ce cri, allaient venir de l'Autriche elle-même.

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