CHAPITRE TROISIEME
gea les jésuites de sortir de la ville, sous la protection de la troupe et de la garde civique. Expulsés de Cagliari, débarqués à Gênes, ils furent forcés de se rembar(juer aussitôt, ainsi que ceux de leur congrégation qui habitaient cette cité. De foyer en foyer, comme l'eau chasse le feu , la Révolution les poursuit et les rejette. Leurs personnes sont sauves, les pierres des couvents sont seules renversées. Le peuple ne s'en prend qu'aux meubles et aux murailles. Plaise au ciel qu'a leur retour ils se contentent d'une semblable vengeance !
La principauté de Monaco , enclavée dans le royaume de Piémont , profila des circonstances nées de la Révolution. Cette charmante contrée, l'une des plus belles de l'Europe, avait été longuement exploitée par un prince spéculateur du pain même de ses sujets, qui dépensait au dehors le plus net des revenus arrachés au travail pénible des habitants. Ce prince avait eu pour successeur son frère, homme bienveillant, mais qui n'avait pas su faire oublier les douleurs passées. La population de ce pays n'est que de six mille âmes. Menton, Rocquebrune et IMonaco en sont les seules villes. Mais dans la main de Dieu rien n'est petit : la justice et le droit sont aussi grands pour tous. Le 4 mars, une constitution présentée par le prince, d'abord acceptée, fut ensuite rejetée; et Menton et Rocquebrune se déclarèrent indépendants et expulsèrent le prince Florestan, qui se réfugia à Monaco, dernier débris de sa fortune.
60 l-A U ÉVOLUTION DE 18i8 EN EUROPE.
La Savoie n'oubliait pas que longtemps elle avait été partie intégrante de la France. Plus encore que les autres nations, elle avait de profondes sympathies pour ce pays dont elle parlait la langue, avec lequel elle entretenait des rapports de toutes sortes. Aussi, parmi ses liahilants, veut-il de nond)reuses acclamations pour les journées de février; aussi l'exemple de Paris fut-il si contagieux, et l'exaltation à Gliambéry fut-elle si vive, qu'il fallut l'intervention des troupes, dans la journée du 14 mars et dans la nuit, pour étoutfer les cris de Vive la Republique!
Charles-Albert fut frappé de stupeur en apprenant la chute de la monarchie en France. Il se trouvait placé entre l'elfroi de la République et l'ambition (jui l'incitait à saisir l'occasion propice, entre la Révolution qui menaçait son trône et l'agrandissement de ce trône par la Révolution. Les positions ne sont jamais identiques; on peut dire cependant que celle du roi de Piémont ressemblait beaucoup à celle du roi de Prusse. De quelque côté que Charles-Albert tournât ses regards, il voyait un précipice ou un royaume. ]1 en avait le vertige, et il avançait; l'immobilité ne lui était pas permise. Dans ses perplexités il se posait cette question : Où chercher des alliances? L'Europe entière, comme aux époques antérieures, allait sans doute concentrer toutes ses forces contre la France, pour y étoutfer le foyer de la Révolution, (jui n'était à ses yeux que la