CHAPITRE TREIZIEME
Klat (les deux armées. — Iiicléclsioii de Charles-Alberl ; il act-epte les négociations avec l'Aiitricte, sur les bases d'un ttaité de Cani|)()- Forinio, eu abandonnant la Vénétie; l'Autiicbe ne veut jilus né{;ocier; Charles- A ll>ert entreprend le siège de Mantoue; il étend ses lignes; lladctzki ne s'oppose pas à ce mouvement; ravitaillement de la citadelle de Ferrare ; le général Pava enlève Governolo aux Autrichiens; monvcment offensif de Radetzki; Thum s'em])are de la Corona et de Rivoli; Radetzki attaque Sona et Somma -Campagna; retraite de la division Sonnaz; Radetzki passe le Mincio; plan de Charles-Albert; il prend à revers l'armée autrichienne, s'empare des hauteurs de Custosa et de Somma-Canipagna ; succès des Piémontais; Radetzki emploie la nuit à concentrer et à disposer ses forces; combat de Custosa; retraite des Piémontais; combat de A'olta; démoralisation de l'armée italienne; armistice pro|)Osé ; conditions trop dures; .Milan organise la résistance; commission de défense; volontaires; Garibaldi; leur départ de Milan; modification du ministère sarde; dictature concédée an roi par le Parlement; annexion de Venise; les conmiissaires du roi prennent possession de l'autorité à Milan, en remplacement du Goiiverueinent provisoii-e; Charles-Albert, roi de la Sardaigne, de la Lombardie et de la Vénétie; Charles-Albert à Milan; Radetzki dcîvaut Milan; combat du 4 août; barricades; capitulation du roi pendant la luiit; insiu'rection contre le roi; paroles du roi; 1 ai'mée se retire; émeute; le roi menacé; sa sortie de Milan; une partie de la poj><ilation abandonne la ville; entrée des Autrichiens; armistice Salasco; dernières tentatives des volontaires; Gaiiiialdi se retire le dernier; Charles- Albert proclamé roi à Venise; changement de gouvernement; le traité Salasco connu; Manin au pouvoir; République rétablie. — ]> Italie a recours à la France. — La Commission executive n'est plus. — Résumé.
L'armée italienne avait répaR' ses perles par l'amvée des renforts du Piémont, des duchés, et des recrues de la Lombardie. On évaluait à 80 000 le nombre des soldats réunis sous les ordres du roi , et à 20 000 les défenseurs de Venise. Sur ces 80 000 hommes, Charles- Albert ne pouvait sérieusement mettre en ligne que
GO 000 hommes. Le reste, n'étant encore ni discipliné ni organisé, ne pouvait que garder les magasins, les dépôts, les camps, et remplir les vides laissés par les malades et les blessés.
L'armée autrichienne, après la jonction des corps de Nugent et de Welden, s'élevait à 85 000 hommes. On y ajoutait les garnisons de Ferrare et des villes du Tyrol. Chaciue jour ce chiffre se grossissait par l'arrivée de nombreux bataillons.
Charles-Albert, en présence de ces forces, appuyées sur les quatre forteresses et sur l'Adige dans une position formidable, sentait son impuissance, et ne pouvait plus ni se décider à avancer ni songer à reculer. Tous les jours des plans divers lui étaient soumis : il les étudiait et ne se fixait sur aucun. Il entendait l'Italie entière qui l'excitait et le poussait en avant, et il écoutait la voix de la prudence qui lui signalait le danger et le retenait. Sans peur pour lui-même, il tremblait pour ses projets. Une bataille risquée et perdue, c'était une couronne disparue avant d'avoir été saisie! c'était son propre trône menacé, l'Italie désarmée, la République française en Italie! Alors, à son esprit indécis les habiles font luire les avantages proposés par l'Autriche. Mais il s'est trop engagé : s'il n'avait pas réclamé la fusion de la Yénétie, et solennellement déclaré qu'il ne négocierait qu'après avoir refoulé les étrangers au delà des Alpes, il pourrait prêter l'oreille à des propositions conciliantes. Il reçoit les députés de Venise qui viennent, la République anéantie, lui apporter le sceptre sollicité, lui confier les destinées de la patrie; et son premier acte serait de les abandonner, de les livrer! Il justifierait ainsi les accusations de ses adversaires, de n'avoir
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exigé la Vénétie que pour s'en servir comme monnaie royale. Non! il repousse cette idée : il ne signera pas lin traité de Campo-Formio ; mieux vaut cent fois succomber les armes à la main et mourir sur le champ de bataille.
Les hommes d'État font entendre des avis plus positifs : (( Charles-Albert ne doit que ce qu'il peut. Il a voulu fermement afTrancliir l'Italie. Mais il n'a qu'à ouvrir les yeux, il verra que pour tout vouloir, il perdra tout! cpie pour obtenir la Vénétie , il perdra et la Vénétie et la Lombardie, et Modène, et Parme, et Plaisance! Ce sont les circonstances qu'il faut consulter et non ses désirs. N'est-ce pas déjà un résultat immense que d'avoir enlevé à l'Autriche ce que Napoléon n'avait pu obtenir qu'après maintes victoires? On spécifiera d'ailleurs pour la Vénétie la liberté, l'indépendance, sous un archiduc, avec une administration, une représentation, une armée italiennes. Venise, d'ailleurs, a d'abord proclamé la République; Venise subit maintenant le roi par nécessité. Que doit-il à Venise? Il doit au contraire la délivrance aux Lombards et aux duchés, qui l'ont spontanément appelé. Les exposera-t-il aux dangers d'une défaite, aux vengeances de l'ennemi ? ou l'Italie subirat-elle l'humiliation d'invoquer la République française, après avoir déclaré qu'elle saurait se suffire à ellemême?» Par de semblables discours, l'âme de Charles- Albert est fortement impressionnée. IlsoulTre, il s'agite, résiste, cède, accepte ce qu'il avait rejeté et fait rejeter peu de jours avant.
C'est le ministre anglais qui va révéler cet acte de faiblesse, qui dut coûter au roi des nuits d'insomnie et des larmes amères. Lord Abercromby écrit de Turin, le
10 juillet, à lord Palmerston : « Ce matin, une lettre, toute tracée de la main de Sa ^Majesté, m'a été communiquée. Dans cette lettre, avec la date de Roverbella du 7 courant , Sa Majesté déclare qu'elle accepterait les propositions d'avoir l'Adige pour confins orientaux de cet État, et de reconnaître l'annexion de la Lombardie et des duchés de Parme et de ^lodène au rovaume sarde. Sa Majesté déclare, soit que le gouvernement autrichien fût disposé à lui faire des propositions directes de paix sur les bases du susdit changement territorial, soit que ces propositions vinssent du gouvernement de Sa Majesté comme médiateur, soit que j'en fusse chargé par le gouvernement de la reine, qu'il n'hésiterait pas à les accueillir. H désire en outre que ces sentiments me soient confidentiellement communiqués. Sa Majesté termine cette lettre, par moi lue, en notant que Ton peut donner aux Chambres et à la nation des raisons suffisantes pour prouver que c'est sagesse d'accepter une paix qui, vu la force relative de la Sardaigne et de l'Autriche, doit être regardée comme honorable et glorieuse pour le Piémont. »
Il était trop tard : Charles-Albert, qui n'avait pas voulu, voulait, et l'Autriche, qui avait voulu, ne voulait plus ! Le baron de Wessenberg avait répondu de Vienne, le 5 juillet, aux olTres conciliatrices du cabinet
britannique du 28 juin : « Si le gouvernement
impérial ne croit pas qu'une négociation pour l'objet en question puisse être ouverte en ce moment avec espoir de succès, c'est que des circonstances sont survenues depuis que des propositions de paix ont été faites directement à Milan, propositions dont le soussigné a donné connaissance à Son Excellence M. l'ambassadeur
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Milan a décliné les propositions faites par le gouvernement impérial, sous prétexte qu'il ne s'agissait pas d'une
affaire uniquement lombarde, mais italienne Le
gouvernement impérial doute (lue la voix d'une puissance médiatrice puisse être écoutée avant que les armes impériales aient remporté quelcjues nouveaux succès signalés sur l'armée ennemie. En attendant, la presque totalité de la terre ferme de l'État vénitien est rentrée sous la domination de l'Autriche, ce qui, outre l'avantage politique de ce fait, a considérablement amélioré la situation de l'armée autrichienne en Italie , qui d'ailleurs, d'ici à peu de temps, recevra de nouveaux renforts qui la mettront à même de reprendre l'offensive. »
Le sort des armes devait donc prononc er. Charles- Alberi, ne pouvant plus laisser son armée, depuis un mois inactive, s'alanguir et s'énerver dans l'immobilité, se décida à l'offensive. Mais de tous les plans, lequel entreprendre? Devait-il livrer une bataille, attaquer Vérone, se porter sur Legnago, ou assiéger Mantoue? Après maintes hésitations, ce fut ce dernier projet sur lequel on s'arrêta. De tous, c'était le pire !
Le 13 juillet, la seconde division du premier corps, commandée par le général Ferrere , défila sur la rive droite du Mincio, marcha sur Mantoue, repoussa les avant-postes ennemis, et commença à se retrancher. La division lombarde, arrivée à Mascaria, appuya ce mouvement. La première division du premier corps, la division de réserve et la brigade piémontaise du deuxième corps, prirent position à Mozzecane, Cane-
(lola et Casteliare, et accomplirent le blocus. Le quartier général fut transporté à Marmirolo avec la brigade des gardes. Par celle manœuvre, le deuxième corps, de
1 2 à 1 5 000 hommes, commandé par Sonnaz, fut obligé d'allonger sa droite depuis la Corona jusqu'à Somma- Campagna. Peschiera, Goïto et Vallegio, en seconde ligne, furent défendus par la division Visconti, forte seulement de 8 à 9 000 hommes récemment formés en bataillons de réserve.