‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 19 sur 209 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

avisé de la chuîe du prince de Metternich , du soulèvement des provinces de l'empire et des concessions arrachées à l'empereur, inquiet du silence du gouvernement de Milan, dont on interceptait les courriers, considérant ce silence comme le symptôme d'une insurrection générale de la Lombardie, temporisait, pliait de transaction en transaction, et cependant préj)arait en secret, avec le général Zichy, tous les moyens de foudroyer la ville.

Dans la nuit du 21 , Manin eut une conférence avec Tommaseo, Avesani, Pincherle, Benvenuti et quelques autres. Suivant lui, l'heure était sonnée : les troupes étaient démoralisées, les chefs hésitants , le peuple frémissant, la garde civique armée et maîtresse des postes importants. Après avoir contenu le mouvement, il fallait le déchaîner.

Le 22, Manin obéit à son inspiration. Il prend l'initiative et la direction de la révolution qu'il couve depuis si longtemps , et qu'il veut enfin accomplir. A ses yeux , l'arsenal est la clef de la position ; maître de l'arsenal, on est maître de Venise; il y court. Seul d'abord, résolu, inébranlable dans ses desseins, il recrute quelques amis, et il s'élance avec la volonté qui s'impose, l'énergie qui domine, la foi qui triomphe, et le génie de tout homme qui a fait le sacrifice de sa vie. Les ouvriers de l'arsenal , dès le matin en pleine révolte, avaient massaeré le commandant Marinov^ich , officier d'une sévérité excessive, qu'ils accusaient d'avoir préparé le bombardement de la ville. Martini, commandant supérieur de la marine, avait autorisé l'intervention de la garde civique contre l'agitation. Manin arrive, s'empare de la situation; il commande, on obéit. H

pressent la défaite morale de Martini, qui n'a pu empêcher le meurtre d'un otvicier. Il le subjugue par son audace et son sang-froid, saisit les clefs, nomme un nouveau commandant, se fait remettre les armes, organise les ouvriers, constitue prisonnier Martini, et laisse l'arsenal aux mains de la garde civique.

Alors il sort en criant : Vive V Italie! Vive la liberté! Vive Venise! Vive la République! Vive saint Marc! La foule répond avec enthousiasme aux acclamations du tribun cher au peuple. Il laisse quelques moments ces acclamations pénétrer le cœur de ce peuple qui renaît à la vie. Puis il se dirige vers la place Saint-Marc, où déjà l'écho les répétait. Cette place devient le théâtre d'une scène émouvante. Manin annonce la prise de l'arsenal; et, dans un discours fréquemment interrompu par les vivat et les applaudissements, il proclame la République. Le cri de Vive saint Marc! a réveillé tous les anciens souvenirs de gloire et de puissance. Venise a senti le vieux lion tressaillir sur sa base.

Dans le même temps, mus par leur patriotisme et après délibération, Avesani, le comte Correr, Mengaldo, Luigi Michiel, Dataïco Medin, Leone Pincherle et Pietro Fabris, s'étaient rendus en députation au nom de la municipalité auprès du comte Paltfy, entouré de son conseil. Une conférence solennelle allait décider du sort de la cité.

Le podestat expose la gravité des circonstances, demande quelles sont les mesures ()rises pour empêcher l'elTusion du sang, puis il cède la parole à Avesani, qui doit exprimer les vœux de la ville. Avesani réclame nettement la cession du pouvoir. Le comte aussitôt déclare transmettre l'autorité au gouverneur

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