CHAPITRE TROISIÈME
militaire Zichy, qui s'emporte et menace. Avesani menace à son tour. D'acres paroles sont échangées. « Il y va de nos tètes! » s'écrie le maréchal. « Et des nôtres aussi, » ré|)lique Avesani. A un refus obstiné, les négociateurs opposent une insistance plus tenace. Avesani comprend que la position est gagnée si l'on saisit l'occasion, perdue si l'on hésite. Le maréchal sait qu'à Vienne les troupes sont sorties de la ville , sur les ordres de l'empereur lui-même. Cet exemple le trouble. De la salle où l'on délibère il entend les cris triomphants du peuple qui lui annoncent la prise de l'arsenal. Après avoir défendu le terrain pied à pied, il faiblit. Avesani offre une capitulation : les troupes italiennes resteront à Venise; les troupes allemandes s'éloigneront ; un bateau à vapeur sera mis à leur disposition et les conduira à Trieste. Ces conditions, ainsi que d'autres, repoussées d'abord, débattues ensuite, sont enfin acceptées et signées. Il est six heures du soir. Venise est libre !
Les délégués de la municipalité prennent momentanément le pouvoir et publient cette proclamation :
(( La victoire est à nous, et le sang n'a pas coulé. Le gouvernement autrichien civil et militaire n'est plus! Gloire à notre brave garde civique! Vos concitoyens soussignés ont stipulé une convention formelle. Ln gouvernement provisoire sera institué, et jusque-là, vu la nécessité des circonstances , les soussignés contractants ont dû, momentanément, en assumer sur eux la responsabilité. Le traité aujourd'hui même est publié dans un supplément de notre gazette. Vive Venise! Vive r Italie! »
Entre les habitants de Milan et les soldats autrichiens , il y avait le sang fraîchement versé des victimes de septembre et de janvier. Là, une révolution pacifique n'était pas possible. Il existait au fond des cœurs une haine réciproque , qui ne pouvait s'apaiser que par le combat, par la défaite ou par la victoire. Chaque citoyen avait soif de venger ses hontes, ses humiliations, son honneur, sa patrie. Trente années d'abaissement et d'esclavage devaient être rachetées par un baptême de sang. Aussi le 1 7 mars , à cinq heures du matin, le vice-roi, archiduc Régnier, s'éloignait-il de Milan, escorté de 500 hussards, avec une précipitation telle que sa retraite ressemblait à une fuite. L'expédition de son bagage entier, à la hâte enlevé des palais, indiquait la prévision d'un retour difficile. Et cependant, le 18 au matin,, on lisait, affiché sur les murs, le programme des concessions faites par l'empereur : abolition de la censure ; prochaine loi sur la presse ; résolution de convoquer les états des royaumes allemands et slaves , ainsi que les assemblées centrales du royaume lombardo-vénitien , pour le 3 juillet au plus tard.
Ces concessiotis paraissaient donc insuffisantes et dérisoires à l'archiduc lui-même, puisqu'il quittait Milan et se réfugiait à Vérone. Et le peuple , se précipitant sur les places publiques, réclamait tumultueusement l'armement de la garde civique , l'abolition de la peine de mort, la mise en liberté immédiate des détenus politi(jues, un gouvernement provisoire, une représen-