‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 198 sur 209 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Venise cernée demande s'il est temps de recourir à la France. Le refus de tous les peuples la réduit au silence. La France est prête : armée, trésors, marine, elle a tout disposé; elle s'est ofl'erte sans arrière-pensée. Charles-Albert, Mazzini, les journaux, les Chambres, lui répondent que l'Italie veut faire par elle-même. Le Gouvernement provisoire, la Commission executive, prévoient l'avenir et insistent. Ils sont repoussés. Ils attendent le jour des revers. Le jour fatal survient! Charles-Albert étend ses lignes outre mesure. Radetzki se concentre ; puis , à une heure donnée , il attaque , avec ses masses, l'armée piémontaise dispersée. L'armée piémontaise supplée à la stratégie par le courage, et remplace le nombre par la vaillance. Pais elle succombe à Custosa, à Volta. Elle se démoralise , se retire sous les murs de Milan, jette une dernière lueur de courage, et capitule. Cliarles-Albert a pris la dictature à Turin, à Milan, à Venise; et son pouvoir expire dans la prise de possession même d'une royauté éphémère. Les peuples se retournent enfin vers la France. La Commission executive n'est plus !

Est-il un drame plus émouvant, un enseignement plus éclatant? Ces souffrances, ces martyres, ce sang versé, ces larmes, ce désespoir d'une nation entière, ce sacrifice sans cesse renaissant, cette torture sans fin, n'ont-ils pas racheté dans les lois du destin les peuples qui gémissent et qui implorent l'Europe et Dieu ? L'Europe et Dieu seront-ils toujours sourds au cri de l'Italie qui ne réclame que sa place au soleil ? Et l'Allemagne, au lieu de chercher sa propre liberté, portera- 1- elle des chaînes pour asservir une race à une autre race? N'est-il donc pas un lien plus naturel, plus noble, plus

4!) 2 LA UKVOLIÎTION DE 1848 EN EUUUPE.

doux, j)liis divin , pour les relier : celui de la fraternité ? Pourquoi donc se déchirer quand on peut fédéraliscr et unir ses destinées dans les libres institutions? Il viendra, ce jour où, loin de raviver les haines de race et de lancer comme des bêtes fauves les hommes sur les hommes, il n'y aura plus en Europe qu'un peuple et qu'une volonté dans la Liberté, comme il n'y a qu'un Dieu !

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