‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 197 sur 209 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Le moment si bien prévu par le Gouvernement provisoire et la Commission executive de la République française, et si bien indiqué par M. Lamartine, était arrivé. L'Italie dédaigneuse de l'aide de la France , et qui avait repoussé l'offre de son intervention avec une noble fierté, mais avec une hauteur presque blessante, l'Italie comprit enfin qu'elle avait eu tort de compter sur ses seules forces. Les Français ne furent plus des élranp;ers peu différents des Autrichiens, et contre lesquels il fartait protester et, au besoin, se défendre s'ils voulaient s'interposer, malgré l'Italie, dans les affaires de l'Italie. Les Français devinrent alors des amis, des frères, des sauveurs. De toutes parts, les pensées, les désirs, les espérances, se tournèrent vers eux. Les Chambres et les peuples, Venise dans sa détresse, Milan avant sa chute, Rome, Florence, menacées dans leur indépendance, implorèrent leur appui. Alors le respect de la République française pour la libre volonté des nations, et ses offres sincères, étayées d'une armée, furent appréciés avec justice. Ses préparatifs immenses furent reconnus comme faits dans le but de soutenir une poiitit;ue généreuse, élevée, et non une ambition égoïste et basse. Les îtahens sentirent et avouèrent leur faute avec grandeur d'âme ' ; ils ne cherchèrent

* En 1849, le 3 avril, MM. V. Pasini, envoyé de Venise, F. Pescantini , et P. Beltrami, envoyé-! de la Hépuhliqiie romaine, et le colonel L. Frapolii, charfié d'affaires de Toscane, remettaient au ministre des affaires étranjjèies de la République française un(î note où ils réclamaient l'intervention armée de la France en faveur de l'indépendance italienne. Rappelant les promesses du Gouvernement provisoire ratifiées par l'As-

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pas à la rejeter sur ceux qu'ils avaient repoussés avec tant (.rénergie. Ils virent combien ils avaient été éblouis par leurs illusions, et combien ils avaient été trompés par leurs préventions. Ils se reprochèrent leur malheur, causé par trop de confiance en eux-mêmes et par trop de méfiance envers un pays ami ; et ils désirèrent d'autant plus l'épée de la France qu'elle ne leur avait pas été imposée.

Mais il était trop tard. L'épée de la France n'était plus ni dans les mains du Gouvernement provisoire, ni dans celles de la Commission executive. Pour ne pas jeter sur l'Europe l'excès de ses forces vitales, la France s'était dévorée elle-même. Des gens sans aveu et sans nom, rebut de tous les partis, que tous les partis ont reniés, avaient porté sur l'Assemblée une main sacrilège dans la journée du 1 3 mai et une main parricide sur la République dans les fatales journées de juin. La Commission executive avait su étoutîer dans son crime l'insurrection de mai, sans verser une seule goutte de sang. En juin, le sang ayant été versé à flots derrière des barricades anonymes, et l'Assemblée constituante ayant déclaré l'état de siège et les mesures de rigueur, l.i Commission executive , qui avait servi de concihateur et de médiateur entre les partis, avait compris que son

sciuliléi' iialioiialc, ils di?;iieiu : « Mais les |)iiiiri?s italiens ciaijjiiaiiMii lintliieiice di-.s armées répiihlicaines; ce sont eux oui lefiisèreiit oljstiiicinent et jusqu'à la dernière extrémité les secours fraternels de la France; ce sont eux qui, en trompant les peuples sur la véritable force de leurs armées, développèrent ce sentiment de délicatesse et de noble fierté qui lit d'abord hésiter les Italiens à eujjarjer leurs voisins dans les malli(HU's d une guérie qu'ils espéraient pouvoir restreindre au sol de la Péninsule. On n'accepta donc pas immédiatement les offres de la France, offres qui, d'ailleurs, n'étaient subordonnées à auctuie condition ni de temps ni d événements dans l'intérieur de notre pavs. «

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rôli.' était fini, et avait donné sa démission. In antre gonvernenicnt Ini avait succédé.

Il ne m'appartient pas de jui:;er, ni d'attaquer, ni de jiistilier les actes de ce gouvernement, ni d'examiner ce (|iril y a de fondé dans cette assertion de Lamartine, qu'entre la politique de ce gouvernement et celle de la Commission executive il y eut l'épaisseur des Alpes. Ce gouvernement a eu sans doute ses raisons d'agir. Il les a déjà expliquées par le refus persistant du roi de Piémont d'une intervention armée, et par l'acceptation d'une intervention pacifique. Ce n'est pas à un mendjre d'un pouvoir abreuvé d'injustices de s'exposer à son tour à être injuste envers les hommes distingués qui furent chargés des affaires publiques à cette époque. C'est à la postérité de prononcer.

L'Italie avait passé par toutes les crises de la résurrection et d'une nouvelle mort. Longtemps comprimée, elle s'était alfianchie; après un long martyre, elle s'était élancée dans la voie de la régénératiou. Pie IX ou\re providentiellement cette ère, et de la tiare fait descendre la flamme inspiratrice qui vivifie les peuples et les dirige. La liberté naît de la Croix. L'Italie tressaille et marche en avant. La Sicile brise ses fers. Naples con- (juiert une charte. La Toscane, le Piémont sont émancipés. La Révolution de Février, en France , réagit sur l'Europe entière : l'Autriche même a frémi. Vienne accomplit à son tour sa révolution. Le despotisme impérial s'écroule. La Lombardie, la Vénétie , par une commotion électrique, spontanément se lèvent. Venise

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force l'ennemi à capituler. Milan, par un héroïsme de cinq journées, rompt sa chaîne et expulse l'armée qui l'oppresse. Les peuples soulevés engloutissent, comme les flots de la mer, ceux qui s'opposent à leur délivrance. Charles-Albert, entraîné, arrive pour achever l'œuvre. Radetzki se renferme, épuisé, mais non découragé, entre Vérone, Peschiera, ]\[antoue et Legnago, derrière le IMincio et l'Adige. Si Charles- Albert saisit le moment, s'empare de l'enthousiasme des peuples, se lance, avec eux et sans perdre un jour, sur cette armée en retraite , s'il emploie cette force révolutionnaire qui a fait triompher des citoyens désarmés de soldats soutenus par les baïonnettes et les canons, il chassera l'étranger, accomplira l'œuvre sainte, et Tltalie sera libre. Mais Charles-Albert s'épuise dans Tinaction. Les peuples murmurent. Les partis se prononcent. Il veut les étouffer en prenant le pouvoir. Il laisse la République vénète s'affaijjlir. L'Autriche révolutionnée sent dominer en elle ses haines de race, invoque les sympathies de l'Allemagne, arme ses bataillons, descend du Tyrol dans le Frioul. Elle agit sur Pie IX. Pie IX hésite, revient sur ses pas, renie sa popularité. La Yénétie succombe. Charles-Albert peut encore sauver l'Italie. Il brille par quelques faits d'armes. Son armée prouve sa vaillance. jMais les généraux laissent écraser les Toscans à Curtatone et les Romains à Vicence. L'enthousiasme s'éteint. La division des opinions se développe. La journée du 15 mai, à Naples, permet à Ferdinand de rappeler ses soldats et ses vaisseaux, au moment même où ils apportaient à la Vénétie la délivrance. Radetzki rassemble son armée et reprend l'offensive.

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