‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 27 sur 209 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

détail. Il se trouvait à son tour cerné par l'insurrection. Il apprenait par ses émissaires le soulèvement de toutes les villes de la Lombardie. Les Piémontais pouvaient , en quelques marches, réunir leurs forces à celles de la population. Il ne lui restait plus qu'à concentrer son armée, rallier tous les détachements, toutes les garnisons, connaître les citadelles restées en son pouvoir, et choisir son champ de bataille. Avec le coup d'œil d'un général habile, il n'hésita pas et prit le parti de battre en retraite.

A l'approche de la nuit, il voulut dissimuler cette retraite par le feu redoublé de son artillerie. Soixante bouches à feu vomirent sur la cité la destruction et la mort. L'incendie de plusieurs maisons isolées, situées aux extrémités des faubourgs, ajouta ses lueurs sinistres à celle des édifices embrasés. Tout à coup une immense colonne de flammes s'éleva du milieu du château : les Autrichiens avaient entassé dans la grande cour d'armes des masses de paille et de foin , des chars , des meubles, pour brûler leurs morts et faire disparaître ces preuves de leur défaite. Les étincelles qui jaillissaient des milliers de coups de fusil semblaient former autour de Milan un cercle de feu. Le tocsin sonnait à coups redoublés dans les cinquante clochers de la ville. Les détonations des canons étaient répercutées par les échos. C'était une scène d'une horreur sublime, dont l'un des combattants, monté sur un belvédère, s'est fait le peintre et l'historien.

Les Autrichiens espéraient profiter du désordre et de la terreur jetés dans Milan par ce bombardement, ces incendies, ce spectacle effroyable, pour défiler à la dérobée le long des bastions et cacher leurs dernières

manœuvres. Mais des tirailleurs acharnés, ne se laissant émouvoir ni par le bruit ni par le feu , ne cessaient de les harceler. Des obstacles multipliés, élevés sur les routes, arrêtaient les troupes dans leur marche. Elles traînaient avec elles l'artillerie, les blessés, les familles des employés et les malheureux pris comme otages. La retraite de Milan dura huit heures, l'armée laissant à chaque pas des morts et des prisonniers.

La perte des Autrichiens était plus considérable que celle des habitants. Aussi les Italiens attribuèrent-ils à la vengeance des actes de barbarie dont ils accusèrent leurs ennemis devant l'Europe ; ils reprochèrent au général en chef d'en avoir donné le sinistre et déplorable exemple. Pendant le combat, dirent-ils, il avait lait passer devant un conseil de guerre de malheureux citadins, et les avait fait fusiller dans une cour du château. Tous les prisonniers avaient été forcés de venir deux à deux contempler les cadavres mutilés à coups de baïonnette. Quelques-uns s'étaient évanouis devant l'horreur de cette scène.

Quant aux atrocités des soldats croates, les historiens italiens en ont fait un tel tableau que je leur laisse les énergiques couleurs et la responsabilité du récit. Nous prendrons ce tableau dans les œuvres de l'un des plus illustres et des plus véridiques, le général Pepe, d'après Cantu (Histoire des révolutions et des guerres d'Italie) : « On trouva un groupe de huit enfants dont les uns avaient été broyés contre les murailles, dont les autres avaient été jetés à terre et écrasés à coups

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