CHAPITRE SIXIEME
rite a pour première raison civile la concorde; que Dieu seul est celui qui rend unanimes les habitants d'une même maison; que Dieu n'accorde ce don qu'à l'Iiumilité, à la mansuétude, qu'à ceux qui respectent ses lois dans la liberté de son Église, dans l'ordre de la société, dans la charité envers tous les hommes. Rappelez-vous que la justice seule édifie, que les passions détruisent, et que celui qui prend le nom de Roi des rois s'appelle aussi lui-même le dominateur des peuples.
)) Puissent nos prières monter devant le Seigneur et faire descendre sur vous cet esprit de conseil, de force et de sagesse, dont la crainte de Dieu est le principe, afin que nos yeux voient la paix sur toute cette terre d'Italie! Si, dans notre charité universelle pour tout le monde catholique, nous ne pouvons pas l'appeler la plus aimée, Dieu a voulu pourtant qu'elle fût plus près de nous que toute autre. »
Cette parole sacrée, plaçant sous l'égide de Dieu le mouvement qui emportait l'Italie vers sa liberté, le proclamant comme l'œuvre de la Providence, ces conseils, grands par leur humilité même, simples comme la sagesse, doux comme l'amour du prochain, sanctifiaient les efforts de tous, pénétraient dans la conscience la plus timide, ajoutaient la ferveur au patriotisme, et accroissaient la popularité de Pie IX.
Dans cette proclamation, le pape n'avait pu retenir l'expression de ses sympathies pour les jésuites. A ses yeux, les méfiances, les poursuites, les soulèvements contre eux, étaient des persécutions injustes. Les accu-
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salions dont ils étaient l'objet lui paraissaient nées de préjugés et non motivées par les faits. La destruction de leurs couvents, leur expulsion violente, ralïligeaient profondément. Mais les peuples pensaient différemment; ils persistaient à voir en eux leurs ennemis inté rieurs les plus prononcés et les plus astucieux. A Rome même l'influence de Pie IX ne pouvait plus contenir l'explosion de l'antipathie publique ; et la garde civique faisait entendre au gouvernement qu'elle ne pourrait les défendre.
Dans de telles circonstances , la déclaration suivante fut publiée dans la gazette officielle du V avril :
« Plusieurs fois on a soumis à Sa Sainteté les instances des révérends pères jésuites, par lesquelles ils exposaient les angoisses dont leur cé)mpagnie est travaillée, même dans cette capitale, et la nécessité (|u'il fût pourvu à leur sûreté personnelle. Le saint-père, qui a toujours regardé avec une extrême bienveillance ces religieux, comme des infatigables auxiliaires dans la vigne du Seigneur, n'a pu qu'éprouver une nouvelle et plus vive amertume devant une si malheureuse situation. Toulefois, eu égard à l'irritation toujours croissante des esprits et à la diversité des partis, qui menacent d'amener de sérieuses conséquences, force lui a été donnée de prendre en sérieuse considération la gravité de la question. Il a donc voulu, avant-hier, par l'entremise d'un haut personnage, faire connaître au révérend père général de la Compagnie les sentiments exprimés ci-dessus, en même temps que la perplexité où il se trouvait par la difliculté des temps et le danger de quelques sérieux accidents. Sur cette signification, le révérend père général ayant convoqué les pères