CHAPITRE SEPTIÈME. gf
activement secondé par M. F. Mornand, commissaire délégué peu après, le 28, put-il intercéder et obtenir du £;ouverneraent piémontais un décret d'amnistie complète pour les captifs.
La politique de Charles-Albert, antérieure à cette tentative insensée, n'en fut pas modifiée. Cette poli-ticpie, on le sait, était dictée non -seulement f)ar la crainte de perdre une couronne, mais aussi par l'ambition d'en conquérir une autre plus brillante : celle d'un royaume de la haute Italie. Charles-Albert croyait toucher à ce but désiré. Le pourrait-il, s'il ne triomphait qu'avec le concours de la République française? Et s'il la laissait intervenir pendant la lutte, ne lui laissait-il pas le droit d'intervenir après la victoire! C'était une des raisons principales qui lui faisaient repousser cette intervention avec une insistance poussée jusqu'à la colère.
Mais la France pouvait-elle se soumettre aux convenances de Charles-Albert.' Ne devait-elle pas consulter tout d'abord les intérêts de l'Italie et de l'humanité, la cause sainte des peuples? Ne devait-elle pas [trendre au sérieux cette invocation, quoique voilée, du Gouvernement provisoire lombard? N'était-ce pas un appel suffisant? S'il existait entre les provinces à affranchir et le Piémont une communauté de race, n'existait-il pas entre elles et la République une communauté de principes ? La République française, pour les secourir, n'avait-elle pas les mêmes droits que la royauté sarde? Ces droits n'étaient-ils pas constatés par les Milanais eux-mêmes? « Cette persistance, » dit M. Cattaneo, « à s'opposer à ce que la République française s'immisçât dans nos afTaires, était une raison pour qu'elle eût à s'en occuper et une preuve certaine qu'elle y avait
un intérêt direct. Toute générosité, toute sympathie à part , la France devait empêcher que les ressources de l'Italie vinssent tomber dans les mains de ses ennemis. . . Eh bien, ses ennemis sont les nôtres... Nous sommes l'avant-garde du peuple français ! »
Pour les nations, il y a de ces heures propices que Dieu semble avoir préparées et qu'elles doivent savoir saisir; si elles les laissent passer, alors pour elles une longue nuit et de longues souCFrances. Le Gouvernement provisoire de France entendait sonner une de ces heures pour l'Italie. L'Allemagne rêvait son unité, poursuivait son indépendance, proclamait sa liberté. Non-seulement chacun de ses royaumes opérait sa révolution; mais, dans l'empire même d'Autriche, les Italiens n'étaient pas les seuls à vouloir leur affranchissement. La Hongrie , la Bohème , la Galicie , la Croatie , chaque race cherchait à se reconnaître et à se joindre. La République française offrait à tous ces peuples, à toutes ces ngtionalités, à toutes ces races, des secours contre l'oppression. Pouvaient-ils trouver mauvais qu'elle vînt en aide aux Italiens, non contre d'autres peuples, mais contre des armées qu'eux-mêmes chassaient de leurs villes, comme instruments d'une tyrannie anéantie? La raison était pour l'Italie, pour la France accourant à sa voix. L'Angleterre elle-même j absorbée par les insurrections chartistes et irlandaises, était entravée et cherchait sa voie dans un horizon obscurci. Lamartine, avec le coup d'œil rapide d'un homme d'État, vit le moment marqué par la Providence ; interprétant les