‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 84 sur 209 · CHAPITRE SEPTIÈME. 2i · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME. 2i

concentrer dans un eflort suprême les ellbrts épars qui, abandonnés à eux-niènies, seiaienl stériles; mais personne n'a l'idée de substituer la France à TAu triche.

» Il faut qu'on le sache bien en France : si l'armée des Alpes passe les Alpes sans être appelée ici par les événements, les intérêts et les cœurs, c'en est fait pour bien longtemps de l'influence de la France et des idées françaises en Italie.

» Dans toute l'Italie du nord, comme à Florence, comme à Rome, comme à Napies, partout, si ce n'est peut-être dans quelques clubs de Milan, on ne veut de l'appui militaire de la France que le jour ou il aura été constaté, par une défaite éclatante, que l'Italie seule est impuissante à rejeter les Autrichiens au delà des Alpes. Jusque-là, l'oriiueil national se flatte que l'armée sarde, soutenue par les contingents de Rome et de Napies et par les volontaires toscans et lombards, suffira à concjuérir, à reconstituer l'Italie.

» Si la France intervient avant l'heure marquée par l'ellroi public, on criera dans toute l'ItaUe : La France, dont nous n'avions pas besoin, est venue uniquement pour donner satisfaction à l'esprit militaiie qui déborde chez elle; elle ne veut pas faire nos affaires, mais les siennes. Elle avait dit dans son j)rogramrae qu'elle ne voulait pas de conquêtes; elle a menti! elle veut l'héritage de l'Autriche. Voilà sa vieille politique qui reparaît, la politique insensée qu'elle a répudiée dans son Manifeste, et qu'elle reproduit dans les faits.

» Voilà ce qu'on dira à coup sûr dans l'Italie entière, et ce qui soulèvera dans tous les cœurs une haine implacable, une haine d'Italie. »

M. Bix.io, après avoir examiné les difficultés de pé-

nétrer en Italie, les difficultés d'y vivre, continue: « Je ne sais ce qui pourrait pousser l'armée française à franchir immédiatement la frontière. Si quelque impérieuse nécessité l'exige, que les destins s'accomplissent! Mais ne serait-il pas possible de temporiser? Encore quelques jours, et l'heure de l'intervention va sonner !

» Établi avec 40 000 hommes de troupes qui ne sont pas démoralisées, comme on se plaît à le répéter, car les Croates ne sont pas plus capables de démoralisation que d'élan; établi, dis-je, à Villafranca, entre le triangle des forteresses dont Peschiera occupe la pointe et dont Vérone et Mantoue forment la base, sa ligne assurée sur la vallée de l'Adige et le pays vénitien, dans une profonde position militaire, sur un champ de manœuvres dont il connaît tous les plis, Radetzki, comme je vous l'ai dit dans mes précédentes dépêches, attend l'armée piémontaise. Ou on l'attaquera dans le champ qu'il a choisi, ou on temporisera encore, et il reprendra l'offensive à l'arrivée des quatre-vingts bataillons qu'il attend de Vienne.

)) L'armée sarde , composée de braves soldats et de bons officiers, mais sans général, sera forcée ou de prendre une otTensive qui, dans ces circonstances, laisse bien peu de chances de succès, ou de se mesurer un peu plus tard avec une armée dont la supériorité numérique sera écrasante.

» Qu'un échec ait lieu ! L'appel à la France est général. Les Français ne sont plus des conquérants, mais des sauveurs; on comprend qu'il faut que les sauveurs vivent; on s'impose volontiers tous les sacrifices; et l'armée de la République trouve autant de facihtés

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