RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
« Fraternité, égalité, liberté, union, droits, devoirs.
« Appel aux Démocrates socialistes.
« Frères! les mauvais citoyens, ceux qui ne veulent rien faire pour le peuple, s'unissent pour maintenir l'égoïsme. Les bons citoyens doivent aussi s'unir pour amener la fraternité.
« Au nom de l'humanité! que tous ceux qui ont pris à cœur le triomphe de la Démocratie sociale viennent à nous.
« Quel que soit le nom de l'homme qu'ils préfèrent
du procès de Bourges, le 23 mars \S'i9 (Moniteur, pages 1031, 103'2),fiueHulier s'était offert, comme agent provocateur et révélateur, à M. Delesscrt, préfet de police du gouvernement de Louis-Philippe II cite, entre autres, un rapport qu'il attribue à Hiiber, et qui se termine ainsi : (( Je n'ai pas oublié un seul instant ce que je devais au roi, et la preuve, c'est que, depuis l'amnistie, je lui ai sauvé deux lois la vie. Je n'ai fait que remplir un devoir, il est vrai ; mais je l'ai fait par gratitude, tandis que d'autres l'avaient fait par calcul. Maintenant je pense que le roi n'oubliera pas non plus ce qu'il me doit à son tour. » M. Huber se constitua prisonnier à l'époque du procès de Bourges, et M. Monnier insista sur des déclarations qu'il n'avait faites que parce qu'il avait été contraint comme témoin. (Haute cour de justice de Versailles, Moniteur, page 3063.) — M. Huber opposa sa longue détention. — L'Empire le gracia et lui confia des missions spéciales.
no COMMISSION EXEClTlVli.
comme représentant les principes, qu'ils viennent, car les principes sont tout.
(S Réunissons-nous, vendredi 12 mai, à midi, salle et jardin Dourlans, boulevard Berzons, barrière de l'Étoile.
(( Provisoirement, qu'il ne vienne à cette assemblée que les chefs de barricades, les présidents,, membres des bureaux ou délégués des clubs démocratiques. « Salut et fraternité. »
Le 12, au lieu indiqué, six cents chefs de clubs et de barricades sont rassemblés. Sur les figures, les passions débordent. L'aspect de la salle présage l'audace des motions qui vont être faites. j\L Huber est appelé à la présidence. La discussion s'engage confusément. Les propositions se croisent. On délibère, tous à la fois, sur le jour et sur le caractère de la manifestation : « Pas de subterfuge ! pas de mots couverts! Ira-t-on avec des armes ou sans armes? Choisira-t-on le lendemain, samedi, le dimanche, ou le lundi? Le samedi, il y a un convoi de blessés de Février, les derniers décédés : la circonstance est favorable. Le dimanche, il y a fête au Ghamp-dc-Mars : d'ici là, on pourra se procurer des balles et de la poudre. Le lundi donne plus de temps encore pour se préparer à l'altaque et convoquer le peuple. Il serait habile d'avoir des uniformes de gardes nationaux. » Les imaginations s'exaltent, les têtes se montent. Deux orateurs insistent pour (jue la mauifes-
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talion soit armée. Le président est dépassé. 11 s'en aperçoit , craint que l'excès aboutisse à un échec , combat énergiqucment celte proposition et déserte le fauteuil. La réunion revient à des idées plus calmes; elle décide que la manifestation polonaise aura lieu lo lundi 15 et sans armes.
Le 13, dans l'Orangerie, le Comité centralisateur, initiateur et directeur de ce mouvement, délibéra sur la rédaction de la pétition, le lieu de concentration, l'heure du départ. La proposition de s'armer est de nouveau soulevée et vivement défendue. M. Huber s'emporte; il soutient que, pour réussir, la démonstration doit conserver une apparence pacifique. Il fait enfin adopter cette convocation :
« Aux Démocrates.
« Le Comité centralisateur fait savoir à tous les démocrates que la manifestation en faveur de la Pologne n'aura lieu que lundi, 15 du courant, à dix heures du matin. Les citoyens se réuniront place de la Bastille. Toute convocation autre que la présente doit être considérée comme non avenue. »
Si cette affiche déclarait nulle toute autre convocation, c'est que, le 12, avait été publié l'avis d'une manifestation en faveur de la Pologne, pour le samedi, 13.
En effet, le samedi, une certaine agitation se ma-
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nifestc vers onze heures. 5,000 personnes environ accourent sur la place de la Bastille, soit qu'elles n'aient pas été prévenues à temps de l'ajournement, soit qu'elles aient préféré se séparer de la démonstration présidée par le Comité centralisateur. Dans les groupes, on remarque des clubistes avec leurs bannières, des étudiants , des ouvriers , quelques étrangers. Une colonne se forme par division et avec ordre. Elle suit les boulevards à travers une nombreuse population, qui se presse sur son passage. Le cri , mille fois répété , de a vive la Pologne ! « se fait seul entendre.
A l'Assemblée nationale, dans les salles de conférence et des pas perdus, dans les couloirs, l'émotion était grande. On ignorait quelle était l'importance de cette démonstration. On discutait l'inconnu. On allait jusqu'à redouter l'envahissement du palais.
Mais des mesures de précaution avaient été prises de très-bonne heure. Un peloton de la garde nationale à cheval, un bataillon de la huitième légion, le premier bataillon de la garde mobile, étaient campés dans les cours et dans les environs. Le colonel Hiugray, représentant, sur l'ordre du général commandant de prendre des dispositions préventives, s'était porté avec deux compagnies de sa légion, la dixième, à la tête du pont de la Concorde. Vers midi, le rappel battait dans les premier et deuxième arrondissements.
Au milieu de ces préoccupations la séance est ouverte, à une heure précise. M. Monlalembert monte à la tribune et dépose sur le bureau une pétition du
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club des ouvriers de la Fraternité en faveur de la Pologne. M. L^cupin en remet une au nom du club de la garde nationale.
Tandis que d'autres pétitions sont également présentées, la colonne, grossie dans sa marche, arrive sur la place de la Madeleine. Dix délégués s'en détachent et sont reçus sur le pont par deux commissaires de police et par M. Hingray, qui va prévenir M. Vavin, membre depuis longues années du Comité polonais. M. \'avin les conduit dans la salle des Pas-Perdus, oii, entouré de quelques représentants, il écoute avec sympathie leurs chaleureuses paroles. Il s'empresse de porter leurs pétitions à la tribune, et demande à développer quelques considérations; mais les exigences du règlement s'y opposent.
M. Vavin retourne vers les délégués, et rejoint avec eux la colonne stationnée sur la place de la Madeleine. L'un d'eux, M. Buchetde Gublize, rend compte de la mission et reçoit d'unanimes ajiplaudissements. M. Vavin parle à son tour : il dit combien il est heureux et honoré d'avoir été choisi pour être l'organe d'une cause aussi populaire; il remercie les pétitionnaires, dont la manifestation sera d'autant plus utile qu'elle s'est accomplie avec un calme parfait et digne de cette grande cause.
La colonne satisfaite se disperse. Il était deux heures.
Dans cette journée, l'ordre eût été complet, si, vers midi, l'apparition de tambours, battant le rappel, n'avait excité des individus attroupés sur la place de
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la Madeleine, qui se précipitèrent à leur poursuite, et, les rejoignant dans la rue de la Ferme-des-Mathurins et dans les rues adjacentes, firent surgir un conflit, sans gravité d'ailleurs. Deux caisses crevées et quelques clameurs !
Dans les première et deuxième légions, ce rappel réclamé par la questure, au moment où, le cortège s'avanrant, on pouvait craindre qu'il tentât de pénétrer dans l'Assemblée, semblait justifié parla menace d'un péril réel; et cependant il souleva non-seulement l'indignation et la colère des journaux ultra-révolutionnaires, irritation bien naturelle chez eux, mais encore, chose grave et illogique, le blâme de la presse modérée.
« Nous dénonçons » dit Le Représentant du Peuple ^ a la première légion de la garde nationale comme perturbatrice de l'ordre et du repos public. Ses feintes terreurs, ses paniques simulées, ses brusques sorties en armes ne font que jeter le trouble et la confusion dans la cité... »
La Commune de Paris : « La patrie est- elle en danger, l'Assemblée nationale est-elle menacée, pour qu'aujourd'hui une partie de la population parisienne ait été effrayée par un rappel précipité? Ne sera-t-il plus permis, deux moi^ et demi après la révolution de Février, d'aller porter paisiblement une pétition eu faveur de riiéroïque Pologne? Le chef qui a com-
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mandé le rappel doil être puni pour un fait inqualifiable. »
La Réforme : « Quelle est donc cette rage de rappel (]ui possède certains gros bonnets de la garde nationale... ? »
Suivant Le National : « Rien ne justifiait une pareille mesure. On ne saurait trop blâmer la pensée qui a inspiré cette convocation intempestive. »
La Patrie : « L'attitude des groupes réunis sur les boulevards et sur la place de la Madeleine était loin de justifier cette mesure, qui, au lieu de calmer l'agitation, devait au contraire l'exciter et l'accroître. »
Par ce concert de protestations , on s'explique les difficultés que rencontrèrent plus tard le Gouvernement et le président de l'Assemblée à faire battre le rappel.