IV
banques départementales. — Besoins du Trésor : remèdes proposés : coatiscation et vente des biens de la famille d'Orléans; rappel du illiard distribué aux émigrés; emprunt, volontaire ou forcé; papieronnaie; Banque d'État; vente des forets de l'État; anticipation des ttes futures ; banqueroute ; impôt, sur le revenu ou sur le capital,
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l'approuvent; impôt de quarante-cinq centimes sur les contributions directes; bénéfice d'exemption au profit des contribuables pauvres; instructions réitérées relatives à ce dé{>,rèvement. — Crédit de 60 mdllons ouvert sur les quarante-cinq centmies, pour subventionner les Comptoirs d'escompte : salut des villes et des campagnes. — Approbation générale de cet impôt. — Il sauve la France.
Cette agitation perpétuelle, ce trouble des esprits, trouble sans cesse alimenté par les passions, ces complots , ces conclusions , ces discussions de clubs et de places publiques, ces audacieuses démonstrations, réagissaient à l'instant même sur des finances déjà en péril , et précipitaient le pays vers la catastrophe prédite. Ce fut au milieu de ce chaos, et pour combattre un passé désastreux , un présent impossible et un avenir menaçant, que M. Garnier-Pagès, secondé par M. Duclerc, prit possession (le 7 mars) du ministère des finances.
L'état du Trésor public, tel qu'il a été étabU, constaté, était en résumé celui-ci :
Le budget de 1847 s'élevait à 1 7 12 millions, et devait laisser un déficit de 257 millions ;
Le budget de 1848 présentait, sur les dépenses ordinaires, un découvert de 76 millions et de \ 69 millions sur l'extraordinaire, ensemble 243 millions;
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Cinq cent (juatorzc inilliuns reslaicnl à dt-ponscr au I" janvier IHiS, pour les travaux publics; mais la dépense réelle, supérieure auv prcv isious, devait aljsorher exclusivement raniorlissemenf jus([u'en I800, et même jusqu'en I80I);
Les bons du Trésor montaient a 31 S millions, et les dépôts aux Caisses d'épargne à 355 millions ;
L'eniprunt de 250 millions, sur lecpiel 82 millions avaient été perçus, devait être abandonné;
Enfin la dette flottante, exigible, ofîiciellemenf reconnue, s'élevait à 960 millions, plus 170 millions pour travaux qui ne pouvaient être interrompus, en tout I 130 millions;
11 fallait pourvoir en outre non-seulement aux dépenses mensuelles , de I 40 millions , mais encore aux dépenses extraorilinaires imposées par les circonstances.
Pour satisfaire à ces dettes accumulées, pour couvrir ces dépenses urgentes, pour effectuer ces payements immédiats, on ne pouvait compter sur les impôts, ils étaient tous plus ou moins contestés; ni sur les recettes, elles étaient suspendues. Les ressources se trouvaient limitées au disponible des caisses et du portefeuille. Or le chiffre, pris au procès-verbal dressé, suivant l'usage, à l'entrée du nouveau ministre, était réduit à 1 07 millions en numéraire au Trésor et à la Banque, plus 50 millions de valeurs en portefeuille, valeurs fort incertaines. (Les souscripteurs des traites de douanes
et des billets pour la vente des bois réclamaient un délai
de pavement.)
De'^ces 107 millions en espèces, 73 millions étaient irrévocablement afl'ectés au payement du semestre commencé le G mars, el réduisaient le disponible à
34 millions.
Trente-quatre millions! voilà l'effectif net du Trésor
le 7 mars!
Que l'on compare l'exiguïté de cette somme avec les immenses et impérieux besoins du passif; que l'on se transporte, en pleine crise, dans le cabinet du ministre; que l'on rassemble toutes les pièces contradictoires, toutes les preuves; que l'on scrute patiemment, une à une, les voies fatalement ouvertes aux dépenses et au déficit; que l'on suppute les recettes et leur aléat, et l'on sentira ce que l'honneur de la patrie peut causer de tressaillements et d'effroi.
La Bourse restait fermée. Le jour de sa réouverture devait inévitablement dévoiler la chute du crédit public. Aussi, dans l'anxiété de ce désastre, quelques-uns conseillaient-ils d'ajourner encore, craignant qu'une baisse excessive vînt accroître la panique (jui gagnait les esprits les plus solides. Mais éloigner la difticulté n'était pas la résoudre. On ne pouvait d'ailleurs interdire plus longtemps le marché aux détenteurs des fonds publics, forcés de vendre afin de pourvoir à leurs engagements. Le G, le ministre des finances donna l'ordre d'ouver-
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fure. Le lendemain, la Bourse lui rciicluc aux all'aii-es.
Le o p. 100, jouissance du '22 mars, ferme, le uieicredi 23 février à I 10 fr. 10 c., ouvrit à '.>7 IV. -iO c, et ferma à 80 fr. Le 8, il descendit à 7') fr.
Le 3 p. 100, fermé à 73 fr., ouvrit à 1)8 fr., e( ferma à 50 fr. Le 8, il tomba à 47 fr.
Les fonds publics étaient donc dépréciés, le .') p. 100 de il fr., moins le coupon, le 3 p. 100 de 20 fr.
Les actes financiers de la République s'étaient bornés jusqu'alors à déclarer le maintien provisoire des impôts et des recettes, l'acquit de l'emprunt grec, le payement anticipé du semestre, le respect des contrats et la résolution de liquider les dettes de la monarchie. Le Gouvernement provisoire n'avait donc pu détruire la confiance : il avait tout employé pour la conquérir.
Mais la révélation du péril éclatait à tous les yeux; les dernières discussions des Chambres avaient éclairé le pays; chacun voyait la situation léguée par la monarchie, et touchait du doigt la vérité; l'abîme depuis si longtemps creusé se découvrait; l'effroi était universel.
Le Gouvernement ne fit rien pour arrêter les cours dans leur baisse. Il ne devait rien faire. Le soutien factice des prix eût été insensé. Une quantité considérable de rentes était dans les mains des étrangers ; à elle seule, la Russie possédait les 50 millions vendus par la Banque. Des sacrifices, impossibles d'ailleurs au Trésor, eussent
été en majeure partie faits au profit clés étrangers désireux de réaliser. D'autre part, la baisse attirait les petits capitaux : ils allaient s'emparer des rentes flottantes que la nécessité portait à la Bourse. C'était préparer au prédit public un avenir assuré, par un éparpillement à l'infini des fonds de l'Etat; c'était ce qu'on a appelé depuis démocratiser la rente. — Les faits ont prouvé que les prévisions du ministre étaient fondées.
Le Gouvernement laissa donc les choses suivre leur pente naturelle. Il ne voulut induire personne en erreur. Le ministre des finances prévint les agents de change qu'il n'interviendrait en aucune manière dans les opérations de la Bourse.
Dès le premier jour de la reprise des affaires, la place fut frappée de stupeur par la suspension de la Caisse du commerce et de V industrie, ancienne maison J. Lallitte, et par les liquidations des maisons Ganneron et Baudon, moins compromises. Ces établissements d'escompte entraînaient avec eux bon nombre d'industriels et de commerçants; d'autres maisons de banque étaient également menacées; la faillite planait sur tous; chacun tremblait pour son honneur. A ce premier mouvement de terreur succéda bientôt l'énergie exaspérée que donne aux gens de cœur la volonté de ne point périr. Une première réunion (7 mars) eut lieu passage Montesquieu, une seconde à la Bourse, où l'on décida de réclamer du Gouvernement provisoire une souveraine mesure de salut.
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Le lendemain , une députalion se forme en cortège et se met en marche ; les hommes les plus considérables de la han([ue, du commerce, de l'industrie, s'avancent les premiers. L'animation est des plus vives. Ce sont des murmures de frayeur, des emportements de colère, des sommations, des menaces. C'est presque une émeute, l'émeute de rjionneur au désespoir! Le tumulte est tel, que le bruit se répand d'un nouveau danger pour le Gouvernement provisoire, et que les élèves des Écoles accourent pour le défendre à l'Holel de ville.
Quelle est donc cette souveraine mesure de salut si violemment invoquée? Rien moins que la prorogation à trois mois de toutes les échéances ! et cette demande est appuyée par des membres du Tribunal de commerce! et ces hommes, dont l'intelligence n'est audessous d'aucune conception , dont le caractère s'est placé si haut dans plus d'une entreprise, ne voient pas que cette prorogation générale est la banqueroute universelle !
A l'Hôtel de ville, le ministre des finances, secondé par M. Pagnerre et par quelques-uns de ses collègues, et, au ministère des finances, le sous-secrétaire d'État, reçoivent les députations avec une sympathie sincère, mais avec fermeté. Ils cherchent à dessiller les yeux. Ils représentent les conséquences funestes de la mesure
demandée : la perte de la Banque, la raine du Trésor, l'arrèL de toutes les recettes, l'éclat prochain de la catastrophe terrible, impitoyable. Finalement, sourds à toutes les obsessions, ils refusent la prorogation au delà des dix jours accordés par les décrets des 26, 28 février, et 3 mars.
Avertis de ce qui se passe, saisis d'effroi, le gouverneur et les sous-gouverneurs de la Banque accourent |)Our conjurer le ministre de ne point se laisser ébranler et de les soustraire au malheur d'une liquidation forcée. Mais déjà le péril était détourné.
Cependant la violence de l'agitation croît en raison de la violence de la crise. A mesure qu'ils voient leurs voisins emportés par le courant, ceux (jui résistent, épuisant tous les sentiments, tentent auprès du ministre des démarches désespérées.
Une dernière députation de grands industriels et de banquiers escompteurs, qui ont continué bravement, ceux-ci de fournir au petit commerce les secours de leur crédit, ceux-là d'occuper le plus grand nombre possible d'ouvriers, borne sa réclamation à une prorogation de quinze jours. Le devoir parle : le ministre, douloureusement ému, refuse. Mais il offre son intervention auprès de la Bantiue pour en obtenir toutes facilités et concessions favorables à leur liquidation.
Cette offre fut acceptée; et une commission nommée sur-le-champ, composée de MM. Dethomas, Gaillard,
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Ciisiii-Lo.irondrc, l'avio-Hlondcl, Leliideiix, fonmila les dcniaïKk's. I.a Haïujiie concéda tout ce (iiii [)uuvail ùlic raison nablt'inent conccdt'.
I.a j)rorogafion p;énérale des échéances n'élail pas la seule mesure sollicitée. On exigeait du (jouverneiueiil des secours directs, en argent, pour les maisons de lianque, les grandes usines, les chemins de fer, les exi)loilations des mines, les fournisseurs de l'État.
Chaque ville envoyait sa députation : Marseille, Bordeaux, Rouen, Nantes, Lyon, le Havre, Mulhouse, etc., assiégeaient de leurs doléances, de leurs terreurs, le ministère des finances, le cabinet de chacun des ministres, la salle même des délibérations du Gouvernement provisoire. 3Iême langage, mêmes exclamations : « La faim va décimer les ouvriers et les jeter dans les excès les plus atroces. Notre ville va être saccagée; noire département, livré à l'anarchie, à la guerre civile ! Secourez-nous ou craignez les plus affreux désastres ! » Ces gémissements étaient arrachés par la nécessité; chaque députation, ne calculant que la somme partielle qu'elle demandait et croyant la concession possible, insistait avec la ténacité du désespoir. 3Iais le Gouvernement , qui additionnait toutes ces demandes d'argent, voyait avec évidence qu'un milliard ne pouvaity suffire. L'État lui-même devait plus d'un milliard; et il avait net 34- millions î
Ces moyens repoussés comme dangereux, incomplets et impraticables , il fallait aux maux de la situation des remèdes francs, décisifs.
Les embarras des commerçants provenaient de deux causes principales : l'encombrement des portefeuilles et celui des magasins.
La négociation du papier et l'écoulement des marchandises étaient donc la solution vraie.
Il y fut pourvu par la double création des Comptoirs nationaux d'escompte et des Magasins généraux.
La création des Comptoirs d'escompte était la plus urgente ; ce fut, le 7 mars, le premier acte du ministre. Il arrêta les bases principales de cette institution de crédit, après les avoir élaborées avec MM. Duclerc et Pagnerre, et soumises à ses collègues. Puis il appela à en délibérer des hommes spéciaux, dont les lumières étaient à la hauteur des circonstances.
De leur côté, délégués d'une réunion de négociants, MM. Pinard, banquier, et Boissaye, négociant en tissus, venaient au ministère réclamer pour la capitale cette organisation puissante. Ils furent adjoints à la commission qui tenait séance dans les salons du ministre et sous sa présidence. Cette commission se trouva ainsi composée : MM. E. Duclerc, A. Marrast, Pagnerre,