CHAPITRE SEPTIEME
Les journaux napoléoniens se multipliant chaque jour, le ministre de l’intérieur fut invité à fournir le tableau exact de toutes les feuilles qui paraissaient.
Après ces préliminaires, vint la délibération sur les résolutions à prendre à la suite des incidents de la fin de la séance. Devait-on recourir au projet définitif du Gouvernement sur le bannissement de Louis-Napoléon Bonaparte? Devait-on en présenter un nouveau ? Fallait-il en laisser l’initiative à l’Assemblée ? Quel que fût le mode ou la forme, il était certain que l’Assemblée voulait se prononcer définitivement contre Louis Bonaparte.
La délibération s’étant prolongée fort avant dans la nuit, le conseil fut ajourné au lendemain.
Le lendemain, le conseil reprit la discussion.
La nécessité de mettre enfin un terme à une situation devenue intolérable était évidente ; on apprenait que les représentants, en grande majorité, étaient prêts à se concerter avec le Gouvernement sur les mesures à arrêter pour l’expulsion d’un homme qui se posait en prétendant; on examinait les diverses mesures proposées, lorsqu’un incident nouveau vint suspendre la décision, et appeler les membres du Gouvernement à l’Assemblée.
A l’ouverture de la séance, le président avait pris la parole : « J’invite l’Assemblée au silence. J’ai à lui faire une communication. (Ah ! ah !)
COMMISSION EXÉCUTIVE
a Une nouvelle lettre du citoyen Bonaparte m’a été apportée à midi et demi. J’ai pris toute les précautions nécessaires pour m’assurer de la sincérité de cette lettre; elle émane bien du citoyen Louis-Napoléon Bonaparte.
« De plus, elle ne m’était pas venue par la poste, mais bien apportée par une personne qui me déclarait que le citoyeu Louis Bonaparte lui avait remis cette lettre pour moi, à Londres, hier soir : j’ai fait signer à cette personne son nom ; et j’ai recueilli d’elle immédiatement des indications que je dois donner à l'Assemblée...
« Cette lettre a été remise après midi, à Londres, à M. Frédéric Briffault, homme de lettres, domicilié à Londres depuis plusieurs années, résidant aujourd’hui à Paris, hôtel de Hollande, rue de la Paix.
« Ce citoyen, parti hier, à huit heures et demie du soir, du pont de Londres pour Douvres, de Douvres, vers onze heures, par le paquebot-poste, arrivé à une heure du malin a Boulogne, parti de Boulogne à trois heures cinquante minutes du matin, est arrivé à Paris à dix heures trois quarts, et à la présidence à midi et demi.
« Voici maintenant le texte de cette lettre :
i Londres, 15 juin 1848.
« Monsieur le Président,
« J’étais ûer d'avoir été élu représentant, du peuple à Paris et dans trois autres départements. Cetait à mes
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yeux une ample réparation pour trente années d’exil et six ans de captivité. Mais les soupçons injurieux qu’a fait naître mon élection, mais les troubles dont elle a été le prétexte, mais l’hostilité du Pouvoir exécutif, m’imposent le devoir de refuser un honneur qu'on croit avoir été obtenu par l’intrigue.
« Je désire l’ordre et le maintien d’une République sage, grande, intelligente ; et puisque involontairement je favorise le désordre, je dépose, non sans de vifs regrets, ma démission entre vos mains.
« Bientôt, j’espère, le calme renaîtra et me permettra de rentrer en France comme le plus simple des citoyens, mais aussi comme un des plus dévoués an repos et à la prospérité de son pays.
« Recevez, monsieur le Président, l’assurance de mes sentiments les plus distingués.
a Louis-Napoléon Bonaparte. »
« Je vais soumettre à l’Assemblée une simple observation .
« L’admission n’avait pas été prononcée d’une manière définitive, en ce sens que l’élection avait été seulement validée et que l’ajournement do l’admission avait eu lieu jusqu’à preuve de l’âge et de la nationalité. Néanmoins, je crois qu’il est de mon devoir de transmettre purement et simplement cette lettre, qui implique une démission absolue, au citoyen ministre de l’intérieur, afin qu’il avise conformément au décret de l’Assemblée.