CHAPITRE PREMIER. 3b
divine; les conservateurs, amis exclusifs de la sécurité, qu’ils isolent dans l’immobilité du pouvoir, quel qu’il soit; les monarchistes constitutionnels, forts du droit électoral limité et de leur maxime : «Le roi règne et ne gouverne pas, » tous voulaient, mais appuyé sur des bases différentes, un Gouvernement fort.
Les hommes dévoués sincèrement à la liberté étaient rares. Être libéral , c’était provoquer la raillerie. Parmi les sectaires, Proudhon était le seul ; mais, dépassant le but, il avait émis ce principe: « Pas de Gouvernement, » qu’il exprimait violemment par le mot : Àn-archie.
Cette habitude dégradante de la tutelle gouvernementale était tellement enracinée dans l’âme publique, que chacun attendait du pouvoir la direction, la solution de sa vie. Le chef de l’Etat, roi ou empereur, dans son insatiable soif de despotisme, avait assumé toutes les responsabilités. Si, méconnaissant à dessein dans les événements heureux le résultat des efforts de tous ou du hasard des saisons, il s’en était attribué le mérite et le bénéfice, aux jours de l’insuccès, des crises du travail ou des mauvaises récoltes, il entendait monter jusqu’à lui les accusations et les plaintes. S’il s’était réservé le droit entier de disposer des emplois et des fonctions, il était incessamment tenu assiégé par une tourbe cupide et rarement satisfaite.
Héritier révolutionnaire de cette tradition monarchique, le Gouvernement provisoire l’avait transmise à la Commission exécutive, sans avoir eu le temps de la rompre. Ce fut une de ses premières luttes. Vers ello
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s’éleva un cri, une sommation d’avoir à fournir le remède immédiat à toutes les souffrances. Les commerçants et les industriels exigeaient d’elle des prêts qui eussent dépassé un milliard, et lui imputaient à faute la non -reprise des affaires; les ouvriers lui réclamaient, comme leur droit, l’augmentation des salaires et la réduction des heures de travail.
C’était encore à elle qu’était réservé le fardeau des dettes de la monarchie et la responsabilité des sacrifices à obtenir de la France, pour les payer, alin de ne point subir le déshonneur de la banqueroute.
Elue depuis quelquesjours à peine, on lui criait avec amertume et colère : Vous ne gouvernez pas! gouvernez donc !
Le Gouvernement provisoire avait reconnu tous les droits des citoyens, sans exception; l’Assemblée nationale était réunie ; cen’étaitplusàla Commission exécutive qu’appartenait l’élaboration des institutions constitutionnelles de la République; elle ne pouvait que présenter les lois pratiques de réforme et d’application immédiate. iNousl’avonsvuedemanderaux ministres une série de projets à présenter à l’Assemblée constituante.
Voici le programme de ces projets, extraits du procès-verbal de la séance — 23 mai — de la Commission exécutive :
« Le ministre du commerce et de l’agriculture annonce qu’il a fait mettre à l’étude les projets de loi suivants, qu’il soumettra très-prochainement au Coneil :