‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 66 sur 243 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

réflexion aux amertumes violentes de la réaction. Permettez-moi de vous le dire, hommes politiques, ceci est une grande faute politique, et pourtant je ne m’y connais pas ; mais cela sauterait aux yeux d'un enfant.

a La Commission exécutive se disculpe par un seul mot, clair comme le jour et simple comme la vérité : elle a cru ne pas devoir entraver l'action de la justice.

a Elle a bien fait de le croire. Elle ne le pouvait pas, elle ne le devait pas. Quand même l’action de Injustice lui eût semblé irréfléchie, elle n’avait pas le droit de la paralyser. L’Assemblée nationale a seule ce droit suprême de juger comme elle l’a fait. Evidemment il y a de la part de la réaction une grande mauvaise foi à exiger que la Commission exécutive eût une opinion faite d’avance sur la valeur des soupçons de lajustice : les magistrats eux-mêmes qui obéissent à ces soupçons sur l’ordre de leur conscience, ont-ils un jugement d’avance d’une manière absolue? Ils demandent à l’Assemblée l’autorisation de s’éclairer davantage et croient ne pouvoir le faire sans une mise en prévention. L’Assemblée fait deux choses à la fois : elle prononce sur l’inviolabilité de ses membres, et en même temps elle s’éclaire durant le débat sur la gravité des charges de l’accusation. »

Après avoir dit que le fait le plus grave, qui avait pu tromper tout le monde , était la prétendue présence de Louis Blanc à l’Hôtel-de- Ville, « affirmée par de lâches et misérables témoignages , » George Sand ajoute : « Mais M. Marrast, maire de Paris, qui, induit en

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erreur, en avait parlé à la tribune, avait, après une enquête, acquis la preuve que ce fait était faux et calomnieux, et était venu le déclarer à l’Assemblée.

« Le ministre de la justice avait donc pu, comme représentant, sous l’impression de cette soudaine lumière, s’apercevoir que la religion du procureur général avait été surprise par ces fausses rumeurs, qui avaient, sans aucun doute, trompé M. le procureur général et M. le procureur de la République.

«... Quant à la Commission exécutive, il aurait fait beau voir qu’elle s’opposât à l’action de la justice! et que MM. Portalis et Landrin, persistant dans leur conviction , eussent donné leur démission avant d’agir ! quels cris n'eussent pas jeté les journaux ennemis et même les nôtres ! — Louis Blanc eût été condamné sans être entendu par toutes les opinions peut-être ; et l’Assemblée nationale elle-même n’eût-elle pas été indignée de voir l’autorité du pouvoir exécutif se substituer à la sienne pour trancher à priori et à l’insu de l'Assemblée une question de cette nature et de cette importance ! C’est pour le coup qu’on lui eût reproché, d’une part, sa faiblesse coupable envers un ancien collègue ; de l’autre, la prétention d’usurper des pouvoirs illimités , une initiative politique au droit suprême de l’Assemblée ; on eût été jusqu’à dire que la Commission exécutive faisait partie du grand complot, car rien ne coûte à une opposition systématique, toujours décidée à blâmer, quelque parti que prenne le pouvoir.

« J’ai la certitude que MM. Portalis et Landrin ont porté dans leur conduite une parfaite intégrité, et j’ai

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