‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 65 sur 243 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

l’Assemblée et que l’Assemblée prononce. Voilà le sentiment qui nous a animés. » (Très-bien ! très-bien !)

L’ordre du jour pur et simple fut aussitôt prononcé.

Le procureur général, le procureur de la République, le ministre de la justice et M. Jules Favre envoyèrent successivement à la Commission exécutive leur démission, qui fut acceptée.

M. Bethmont fut nommé — 7 juin — garde des sceaux.

Cette demande en autorisation de poursuites contre M. Louis Blanc avait vivement émotionné le public. Pour rendre compte de ces impressions, je dois laisser la parole à l’un des rédacteurs de La Vraie République, à Georges Sand :

« Au citoyen Thoré. — Mon cher collaborateur, a Vous savez l’affection que je porte à Louis Blanc, l’estime que j’ai pour son caractère et pour son talent, les sympathies que m’inspirent ses idées, qui sont les miennes à beaucoup d’égards. Je n’ai pas vu Louis Blanc depuis un mois, peut-être plus ; je n’ai pas reçu de lettre de lui ; je n’ai su ni directement ni indirectement ce qu’il pensait delà manifestation du 15 mai ; mais je le sais d’une manière aussi certaine que si je l’avais vu tous les jours, et que si je ne l’avais pas quitté d’un instant. Je le sais parce que l’honneur d'un homme comme lui est la plus sûre de toutes les garanties. Louis Blanc a toujours été contraire,

énergiquement, absolument contraire à l’idée de la violation de l’Assemblée nationale, et le mot par lequel il a expliqué cet acte « La violation par le peuple du principe de sa propre souveraineté » est chez lui un principe d’une sévérité inflexible.

a Je ne puis donc pas être suspect de partialité pour ceux que l’on supposerait hostiles à Louis Blanc dans une tentative de mise en prévention, et c’est pour cela que je défendrai, avec la plus complète impartialité, l’impartialité complète du Gouvernement dans cette affaire délicate.

« En ce qui concerne la Commission exécutive, je ne puis pas dire que j’aie des données personnelles sur ses sentiments dans cette affaire. Je n’en ai pas, et je n’en ai aucun besoin. Il me semble impossible que les hommes qui la composent descendent à des sentiments indignes de leur caractère, et il me paraîtrait inconvenant de les disculper à cet égard. Mais je juge le fait par lui-même; et si je tiens à dire mon jugement, contrairement à mon habitude, quand il s’agit d’un fait purement politique, c’est que dans aucun des journaux que j’ai eus entre les mains depuis trois jours, je n’ai trouvé une appréciation sage, calme et même vraisemblable de ce fait. Les journaux de la réaction ont pris occasion d’un désaccord apparent entre le pouvoir et la justice, pour jeter les hauts cris et pour accabler d’injures cette Commission exécutive, objet de tant de convoitises ambitieuses de la part de la réaction. Les journaux de notre opinion n’ont pas fait beaucoup mieux. Ils ont uni leurs blâmes sans

Page 1