CHAPITRE QUATRIÈME
Élection* à refaire. — Les Membres de la Commission exécutive optent pour Paris. — Rapports du Préfet de police.— Le Ministre des travaux publics au club des Ateliers nationaux. — Menaces d'émeute; elles avortent devant les mesures préventives prises par la Commission exécutive. — Agitations continuelles; rapports du Ministre de l’intérieur; aveu de M. Ferrère sur ses menées bonapartistes. —Grand nombre et variétés des candidats aux élections : MM. Caugsidiére, Pierre Leroux, Raspail, Thoré, Lagrange, Gabet, Proudhou, Émile de Girardin, Victor Hugo, le prince de Joinville, Tbiers ; Louis-Napoléon Bonaparte, scs agents, leurs menées, influence de son nom. — Scrutin des élections de Paris. — Émotion ; mesures du Gouvernement contre toute éventualité; loi contre lea attroupements; exécution de la loi; arrestations.
Nouvel élément de troubles et de discorde, l’agitation légale et parlementaire des réélections tenait en émoi Paris et plusieurs départements.
Le nombre des représentants à nommer, par suite d’options, de démissions ou d’annulations, était de trenteneuf, dont onze à Paris. Les collèges étaient convoqués pour le 4 juin.
Les cinq membres de la Commission exécutive, jaloux de conserver sur la capitale une influence plus intime, avaient de commun accord opté pour Paris. Us brisaient ainsi, avec regret, mais dans l’intérêt
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général, les liens électoraux qui les unissaient depuis de longues années aux départements qu’ils représentaient.
La lice était ouverte. Plus de deux cents candidats, à Paris, allaient s’y précipiter.
Depuis le ‘24 février, les habitudes si promptement contractées de discuter sur les places publiques, sur les boulevards, aux coins des rues, sous la pluie, au soleil, s’enracinaient fortement et se multipliaient. On avait décoré ces attroupements de la juste qualification de clubs en plein vent. De telles habitudes facilitaient trop bien les moyens de propagande des agitateurs; aussi s’efforçaient-ils de les entretenir : dès le matin jusqu’à la pleine nuit, on les voyait circuler, se presser, pérorer, crier dans les groupes, attirant la foule par les excentricités de leur langage. La plupart s’abritaient sous la blouse des prolétaires, parodiaient les manières et le ton de l’ouvrier, se conciliant par ce déguisement la créance et la confiance populaire ; ils se lamentaient sur leur fausse misère, y puisaient mille prétextes de maudire le Gouvernement et la République, et d’otl'rir comme remède assuré, les uns la monarchie légitime, les autres le bonapartisme, ceux-ci le socialisme épuré, ceux-là l’orléanisme.
Fidèle au plan que j’ai énoncé, de puiser tous mes documents dans les pièces officielles, je crois bon de donner les rapports même rédigés par le préfet de