‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 86 sur 243 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

n’étaient nommés qu’à la pluralité des voix et par une minorité. Le nombre des abstentions était considérable ; il s’élevait aux deux cinquièmes des inscrits.

La réaction avait obtenu M. Thiers ; Ips républicains, M. Goudchaud ; les socialistes, MM. Pierre Leroux, Lagrange et Proudhon ; les bonapartistes, mêlés de socialistes, Louis-Napoléon Bonaparte ; l'armée, M. Changarnier; la poésie, M. Victor Hugo ; les souvenirs du banquet du 24 février, M. Boissel.

La presse interpréta diversement ce résultat, chaque journal suivant ses tendances. Mais l’induction vraie, à en tirer sans crainte d’erreur, c’est que , favorisés par l’intensité toujours croissante des passions, les partis extrêmes étaient fatalement appelés à dominer, et les modérés à s’affaiblir, à s’éteindre. La Révolution et la Contre-Révolution se trouvant sous le régime de la liberté absolue, face à face, en contact perpétuel, envoyaient au combat leurs plus ardents lutteurs. Des deux côtés, l’animosité était égale. La violence de l’attaque excitait les colères de la défense. Sons l’exaltation des haines apparaissaient les hostilités implacables , prochaines, dont on pressentait déjà le premier choc.

Comme symptôme manifeste de ces mouvements, de ces impulsions inverses, il suffisait de comparer ces dernières élections avec celles du mois d’avril. Les socialistes, qui n’avaient pu alors pénétrer dans l’Assemblée, y entraient escortés de nombreux suffrages ; M. Thiers, qui avait échoué partout, était nommé par cinq départements : la Seine , la Seine-Inférieure , l’Orne, la Mayenne et la Gironde; Louis Bonaparte

COMMISSION EXÉCUTIVE

était élu dans la Seine, l’Yonne, l’Aube et la Charente- Inférieure.

A peine publié, le résultat du scrutin fut connu de tout Paris. Il y produisit une commotion intense. Des troubles paraissaient imminents. La Commission exécutive résolut d’ajouter encore à ses énergiques mesures de prévention et de répression, prises le 6 et le 7, et tint un conseil spécial à quatres heures, dans un des bureaux de l’Assemblée.

Étaient présents : « les citoyens Arago, Garnier- Pagès, Marie, Lamartine, Ledru-Rollin , Pagnerre, secrétaire ;

« Les maires des 5' et 6* arrondissements ;

« Les généraux Cavaignac, Fouché, Bedeau , Clément Thomas ;

« Le ministre de l’intérieur, le préfet de police ;

a Le président de l’Assemblée, Sénard;

a Barthélemy Saint-Hilaire, représentant.

« Les ordres sont donnés pour que ce soir à huit heures se réunissent, dans les bureaux de la Douane, des corps de la garde nationale, trois bataillons de ligne, deux bataillons de garde mobile et un escadron de cavalerie. Ces forces destinées à dissiper les rassemblements seront dirigées, sous la direction des autorités civiles, par le général Dupouey, commandant la place. Elles seront commandées demain, s’il est encore nécessaire, parle général Clément Thomas. »

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