CHAPITRE QUATRIÈME
Les prévisions du Gouvernement n’étaient que trop justifiées :
« Le soir, à dix heures et demie, disent les rapports, les troupes, cavalerie et infanterie, se sont portées sur les lieux occupés par les rassemblements, porte Saint- Denis, porte Saint-Martin et boulevards contigus ; les dragons sont arrivés par le boulevard Bonne-Nouvelle, au trot, le sabre nu, en criant : « Vive le peuple ! » Les sommations ont été faites, et les émeutiers se sont dispersés en criant : « Vive Barbés! » La garde nationale et la troupe de ligne ont énergiquement secondé l’action de la cavalerie. Elles ont été accueillies par des sifflets : cependant on n’a aucune collision à regretter. — Une quarantaine de personnes ont été arrêtées. »
a Le 9, dans le courant de la journée, le rassemblement de la porte Saint-Denis a été peu considérable. Il se composait, à une heure et demie, d’une centaine d’individus en blouse, à tournures effrayantes. Un individu de ce groupe disait à un agent : Il faut que celap.... avant lundi.
a Un autre : Nous attendons les gardes nationaux ; il faut en finir.
« Sur la place de l’Hôtel-de- Ville, il n’y avait, à six heures du soir, qu’un seul rassemblement; on y a souvent parlé du citoyen Napoléon.
o Ces paroles ont été entendues : « Nous le tenons maintenant, et certes on ne le renverra pas. »
« On commence fort, à la Bourse, à se préoccuper de la nomination de Louis Bonaparte et des chances
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qu’il peut avoir d’être porté à la tête des affaires. Beaucoup de personnes prétendent que l’Assemblée refuserait de l'admetlre, en lui objectant qu’il avait accepté le titre de citoyen suisse.
a Lorsque la troupe est arrivée, une bande de pcrturba'eurs a pris la direction du boulevard Montmartre en criant : vive Barbés ! Ces perturbateurs, véritables enfants pour la plupart, se portaient à la demeure du citoyen Thiers. Ils ont été accueillis à coups île canne par les promeneurs et dispersés en partie. — La garde nationale a dispersé les groupes devant la grille de l'hôtel de M. Thiers
« Il est arrivé à la préfecture de police 104 individus qui avaient été arrêtés, soit à la porte Saint- Denis, soit sur d’autres points des boulevards. En fouillant ces individus, plusieurs ont été trouvés munis de couteaux de marchands de vin, quelques-uns armés de pistolets. i>
Le plan des perturbateurs se dessinait de plus en plus nettement. Ils voulaient fatiguer, épuiser la garde nationale par les alertes, par les appels incessants, les veilles, les troubles, et pousser à la dissolution de la République par l’anarchie. Se faisant un jeu de la répression, leur détestable manœuvre était d’autant plus facile qu’elle était favorisée par l'affluence des curieux, qui ne reculaient ni devant les avis multipliés, ni devant les hasards do l’émeute. Le Gouvernement