‹ Histoire de la révolution de 1860 en Sicile (volume 2)Chapitre 36 sur 36 · III. — Etat des Deux-Siciles en Mars · texte numérisé non relu

III. — Etat des Deux-Siciles en Mars

Palerrae, le 6 avril 1861.

« Les choses vont de mal en pis; l'anarchie avec les vols et les assassinats qui l'accompagnent, se moque du nouveau gouvernement libérateur : les faits qui se sont passés dans le mois dernier, sont de leur nature tragiques et sauvages. La S^^-Marguérite, le 9 mars, a été un jour d'extermination ; une bande de 80 assassins a mis la ville à feu et à sang, et 54 personnes y ont été massacrées. Le même jour, dans la plaine des Colli, ont été trouvés tués sur la voie publique, deux fils dumalheureux OnofriodeNaples.Le même jour encore Girgenti a eu ses septembriseurs dans toute la force du mot. Quelques gens du peuple armés ont assailli le château ; ils en ont arraché 36 personnes, qu'on y avait renfermées comme suspectes de bourbonisme, les ont traînées devant l'évêché et les ont massacrées à coups de fusil. Cette orgie aété du goûtdes cannibales descommunes voisinesdecette province, et pendant 8 jours ce fut une épouvantable succession de rapines et de meurtres. Le 11 du même mois, près de Resuttana, entre Caltanissetta et Cefalii, deux bandes, se disputant le butin, se sont battues avec acharnement pendant trois heures, et ont laissé 14 cadavres sur le lieu du combat. Le même jour aux Colli, contrée située à quelques milles de Palerme, un certain Pietro Innusa a été massacré dans sa propre maison, et les meurtriers s'en sont allés triomphalement en carrosse, encore tout couverts du sang de cet infortuné. Le 13, un mouvement anarchique s'est produit à Palerme, et a fait 30 victimes, tant morts que blessés. Le 16, dans la campagne de Palerme, en plein jour, une bande d'assassins a mis à mort les cinq frères De Caro sur leurs propres terres. Le soir du même jour, à 9 milles de Palerme, il s'est commis des excès de la plus brutale férocité; plus de 16 personnes ont été assommées et le carnage

a duré toute la nuit. La campagne de Brancaccio et de Ciaculli, dans les environs de Palerme, a été aussi le théâtre de scènes horribles; on y a égorgé la garde-civique, tué le curé, incendié l'église paroissiale et les maisons d'alentour; et cependant les agents de la questure de Palerme n'osent pas s'y rendre pour ramener dans l'ordre ces malheureuses contrées. La province de Catane, qui avait été tranquille jusque-là, est maintenant en proie à toute sorte de méfaits, de vols et d'homicides; au cœur même de Catane, la terreur et la consternation régnent en permanence. A Mascalucia, commune de la province Catanaise, on a renouvelé, le 13 mars, les affreux crimes de Bronte et mis à mort les familles les plus distinguées de la ville; il y a efi révolution dans le sens du communisme; des murs y ont été renversés et des terres partagées ; on menaçait ou on frappait de mort les opposants. Pareilles scènes se sont répétées le jour suivant à Aci de S*-Antoine, à Paternô, au Riposto, etc., où des familles de propriétaires ont été assassinées. En un mot, nous sommes dans la plus mauvaise période de la révolution française. »

i%.ppeiiclîee au Cliapître XXXVII,

1 . Dépêche de Lord J, Russell à Sir James Hudson sur la valeur à accorder au mffrage universel de l'Italie méridionale et des provinces du Saint-Siège,

Affaires étrangères, 21 janv. 1861.

« Monsieur, je n'ai fait aucune communication officielle des c( décrets que vous m'avez expédiés concernant l'annexion de « Naples, de la Sicile, de l'Ombrie et des Marches, non plus à « la Sardaigne, mais au royaume d'Italie. En vérité, les votes « par sufifrage universel qui ont eu lieu dans ces pays paraisse sent de peu de valeur au gouvernement de S. M. Ces votes « ne sont plus qu'une formalité succédant à des actes d'insurrec- « lion populaire ou d'heureuse invasion ou à des négociations « terminées; ces votes ne suivent pas le libre exercice de la « volonté de la nation, au nom de laquelle ils sont donnés. Du « reste, si, dans les délibérations relatives à ce fait, les repré- « sentants des divers Etats italiens, qui devront se rassembler « le 18 février, constituent ces Etats en un seul, sous la forme « d'une monarchie constitutionnelle, une nouvelle question « se présentera, etc. »

La dépêche énumère ensuite les conditions auxquelles le gouvernement anglais reconnaîtrait le royaume d'Italie, à savoir : qu'il soit conforme aux vœux des populations, qu'il soit capable de sauvegarder l'ordre public, de maintenir des relations amicales avec les autres puissances. Elle se termine

en rappelant au gouvernement de Turin la dépêche du 51 août, qui lui imposait de ne pas faire la guerre à rAutriche.

IF. Adresse du comité des affaires étrangères de Sheffield à Lord J, Russell, pour désapprouver la reconnaissance du royaume d'Italie par le ministère P aimer ston-Russell.

Sheffield, 17 avril 186i.

tt Milord,

« Ce comité a vu avec indignation et avec douleur que vous « ayez reconnu Victor-Emmanuel roi d'Italie. Le comitécompare « cette conduite à celle que suivit en 1848-49, lord Palmerston « qui, remplissant alors vos fonctions présentes, refusa de re- « connaître la nation hongroise, quoique le gouvernement de « celle-ci fût d'un caractère bien supérieur au gouvernement « de Victor-Emmanuel. Lord Palmerston récusa toute autre « autorité que celle de l'Autriche. On approuva en conséquence «t la résolution prise par la Russie de s'unir aux forces de l'Au- « triche pour comprimer la Hongrie.

« Le comité proteste hautement contre cet acte de votre Ex- « cellence. Il est écrit: «Maudit est celui qui passe les confins « de son voisin. » Victor-Emmanuel a commis ce crime et le « comité proteste ne pas vouloir en être complice.

« Une copie de cette protestation sera envoyée au roi de Naples et au marquis d'Azeglio. »

« IsAAC Jronside, président.

Table des Chapitres,

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