‹ Histoire de la révolution de 1860 en Sicile (volume 2)Chapitre 35 sur 36 · II. — Caractère de la révolution d'Angleterre en · texte numérisé non relu

II. — Caractère de la révolution d'Angleterre en

Notre intention n'est pas d'entreprendre ici une dissertation historique sur le vrai caractère de la révolution d'Angleterre en 1688; nous voulons seulement indiquer quelques faits qui justifient ce que nous avons dit au chap. XXX de ce volume.

« Quoique Jacques II eût, dès le commencement de son règne, levé des impôts sans l'autorisation préalable du parlement, ce n'est pas cette façon d'agir qui lui créa un parti d'opposition dans les Chambres; celles-ci donnèrent même raison aux remontrances du roi, et volèrent de nouvelles taxes pour augmenter le revenu public, et satisfaire ainsi aux besoins de la couronne. Elles accueillirent ensuite avec de bruyants applaudissementslediscours de leur souverain, et lui donnèrent tous les secours qu'exigeait la lutte avec les ennemis, lesquels, commandés par Argyle et par Monmouth, tentaient de le précipiter du trône. Le parti Whig, il est vrai, était l'ennemi mortel des Stuarts,àcause de leur origine et de leurs principes catholiques, et sa haine s'étendait à Jacques II qui, à peine devenu roi, avait publiquement professé sa foi, et se montrait enclin à favoriser le culte catholique, en le délivrant des lois qui gênaient sa liberté et arrêtaient ses progrès.

« Les Whigs attendaient cependant une occasion pour former un parti d'opposition, et ils trouvèrent cette occasion à la seconde session parlementaire, dans la proposition que fit le roi d'abolir le Test. C était là une question essentiellement religieuse;

mais suivant les principes inspirés par le protestantisme aux Chambres anglaises, elle se liait au système des libertés nationales, parce que le protestantisme avait fait regarder l'Eglise catholique comme une entrave à la liberté. Le parlement vit donc dans l'abolition du Test un danger pour le protestantisme et conséquemment pour les franchises publiques. Les Whigs se saisirent de cette arme pour entraîner même les Tories dans l'opposition et conspirèrent le renversement de cette dynastie. A l'effet d'exciter le zèle des protestants, ils firent courir le Isruit que Jacques II se proposait de détruire l'Eglise anglicane dans tout le royaume, et l'excessive et imprudente confiance du roi ne fournit que trop matière à de telles insinuations. Sourd, en effet, aux avis de modération que lui donnaient les plus sages personnages, et jusqu'au Souverain-Pontife, Jacques II poursuivit, sans retenue ni patience, son projet d'amener une parfaite égalité entre les catholiques et les anglicans. Outre les dispenses partielles du serment du Test qu'il pouvait légalement accorder, il s'entoura exclusivement de catholiques et en remplit ses conseils; il congédia Rochester qui, tout protestant qu'il était, faisait, par son intégrité, le principal appui de son gouvernement; il fit proscrire dans les églises la liberté de conscience et conduire à la Tour ou devant les tribunaux, les évêquesanglicans qui refusaient de se soumettre; il reçut, avec une excessive solennité, le nonce du Pape, etc. Puis, dans son vif désir d'obtenir du parlement une loi qui abolît le Test (loi, sans laquelle ses bienfaits envers l'Eglise catholique manqueraient toujours de stabilité), il prononça la dissolution des Chambres, espérant que de nouvelles élections lui donneraient des députés plus dociles à ses vues. Il entreprit un voyage à travers le royaume, afin d'inspirer aux électeurs des sentiments de liberté religieuse, et déclara ouvertement que la liste des candidats du gouvernement promettait des hommes disposés à révoquer facte du Test.

Une conduite plus habile et plus réservée aurait peut-être réussi à procurer aux catholiques leur complète émancipation, sans fournir à l'excitation protestante des éléments nouveaux et à la puissance du parti Whig une occasion favorable : mais Jacques II pécha par trop de zèle, et retarda ainsi de 140 ans, l'émancipation des catholiques. Les Whigs tramèrent avec le prince d'Orange la ruine des Stuarts, vers laquelle ce prince ambitieux avait dès longtemps tourné ses pensées. Les artifices de l'hypocrisie et de la trahison furent les voies qu'il employa dans son entente avec les chefs de la conspiration anglaise, et à cette fin il leur envoya Dyckvelt, puis, à deux reprises, Zubeistein, sous des titres spécieux et avec des missions fictives.

Pour avoir le concours des protestants, il s'efforça de donner à son invasion une couleur religieuse. Aux sollicitations que lui envoyaient les Whigs d'Angleterre, par l'intermédiaire de Dyckvelt, il répondit que « si Jacques s'aventurait, avec l'ap- « pui d'un parlement serviie, à révoquer l'acte du Test, il s'uni- « rait à eux et leur prêterait la force de ses armes pour la dé- « fense de leur commune religion. »

Il inculqua la même chose dans la lettre de Fagel, écrite sous son inspiration; il alluma ensuite jusqu'à la frénésie le zèle des protestants hollandais contre les procédés du roi Jacques, en faveur du catholicisme. Dans un libelle que le prince fît publier en Hollande, il affecta de traiter Jacques d'usurpateur, parce que ce souverain était catholique et défenseur du papisme. Enfin le Mémorial de Burnet et les deux déclarations adressées par Guillaume d'Orange aux Anglais et aux Ecossais, lorsqu'il accomplissait l'invasion projetée, ne manquèrent pas de montrer dans cette révolution politique une cause importante pour les protestants.

Quand il eut réussi à occuper le royaume d'Angleterre, la convention des membres du parlement réunis déclara, après plusieurs débats orageux, que la fuite du roi Jacques avait laissé

le trône vacant, qu'on devait procéder à rélection d'un autre souverain, « l'expérience ayant prouvé qu'il était nuisible « à un Etat protestant d'être gouverné par un prince papiste « (a popish prince) (i). Dans une autre séance, les Whigs dominant cette discussion, comme toutes les précédentes, statuèrent, en opposition aux principes de la Haute-Cour^ que même le fils de Jacques et toute la dynastie seraient exclus du trône d'Angleterre, par la raison fondamentale qu'ils persévéreraient dans leur profession de foi catholique (2). Enfin, le 6*7^ des droits présenté au nouveau roi Guillaume III, statua l'exclusion du trône de quiconque embrasserait la religion catholique ou épouserait une personne faisant partie de cette communion (3). Ces faits brièvement rappelés, comme ils peuvent l'être dans une note, suffisent à éclaircir quel fut le vrai caractère de la révolution de i 688.

Les écrivains protestants ont beau s'évertuer à démontrer que cette révolution a été le triomphe des principes constitutionnels sur l'absolutisme du pouvoir; ils sont forcés, lorsqu'ils en viennent à examiner la conduite de Jacques II, d'avouer que ce roi ne fut point tyrannique, ni coupable, mais dangereux pour la liberté de l'Eglise protestante, à raison du zèle excessif dont il était animé pour le catholicisme (4). Franchement et, l'histoire en main, convenons que le caractère du mouvement de 1688 en Angleterre, fut bien plus religieux que politique.

(1) Hallara. The conslitutionnel Histonj of England,\o]. 111, c. WV. London, 185-2, pag. 12, 9.

(2) lbid.,op. c 1. c. p. 152 à 134.

(5) Ibid. c. XV, p. 72, 142.

(i) Hume. Hist. of Emjland, vol. VIII, c. LXXI, p. 289 seqq. London, I82o. — Hallam, op. c. 1. c. c. XIV p. lU seqq. Macaiilay, malgré ses déclamations enthousiastes sur les principes de la réforme, n'a pu, en cette question, s'écarter de la roule •suivie par Hume et par Hallam. V. en particulier le !!« vol. de son ouvrage : The hist of Englandfrom the accession of James the second. London, 1830.

Appendice aii Cliapître XXXI.

Mémorandum adressé par la France, le 25 septembre 1860, aux conférences de Varsovie, au sujet d'une attaque du Piémont contre la Vénétie.

1« « Dans le cas où l'Autriche serait attaquée en Vénétie, la France est résolue à ne donner aucun appui au Piémont.

« Pour que cet engagement catégorique conserve jusqu'à la fin une valeur obligatoire, il est présupposé que les puissances allemandes se renfermeront dans une attitude d'abstention.

« ^"^ Il est convenu que l'état de choses qui a été le motif déterminant de la dernière guerre, ne saurait être rétabli.

« La garantie contre le retour de cette situation serait le maintien des bases convenues à Villafranca et stipulées à Zurich. La cession de la Lombardie ne pourrait par conséquent pas être mise en question, et l'Italie serait constituée en système fédératif et national, sous la sauve-garde du droit européen.

« 5" Toutes les questions relatives aux circonscriptions territoriales des divers Etats de l'Italie et à l'établissement des pouvoirs destinés à les gouverner, seront envisagées dans un congrès, sous le double aspect des droits des souverains actuellement dépossédés et des concessions nécessaires pouj* assurer la stabilité du nouvel ordre de choses.

« A° Lors même que le Piémont viendrait à perdre les acquisitions qu'il a faites en dehors des stipulations de Villafranca et de Zurich, le traité par lequel il a cédé la Savoie et le comté de Nice à la France, ne serait l'objet d'aucune discussion

au congrès ; et la France serait considérée comme ayant satisfait à ses engagements, en réitérant Toffre de se substituer, en ce qui concerne la neutralisation d'une partie de la Savoie, aux obligations de la Sardaigne, telles qu'elles résultent de l'article 92 de l'acte de Vienne. Les droits et les devoirs de la neutralisation éventuelle de ce territoire seraient déterminés par une convention conclue directement entre la France et la Suisse, et soumis aux puissances, garantes de la neutralité helvétique.

appendice slvl eliapître X^^XIII*

Lettrée des officiers royaux de la colonne des Abruzzes au général de Sonnaz,

Oricolo, 22 février 1861.

« Monsieur le commandant, Sa Majesté le Roi, notre glorieux souverain, pour éviter de répandre du sang que les circonstances actuelles rendraient inutile, m'a ordonné d'abandonner les Abruzzes et de quitter Oricolo : j'exécute cet ordre avec peine; car les hommes courageux que je commande auraient désiré montrer au moins encore une fois à vos soldats de quelle manière ilsentendentvenger la cause de leur souverain légitime. Demain, à l'aurore, vous les auriez trouvés prêts à prendre l'offensive et résolus à combattre jusqu'à la dernière extrémité. Pour moi, il est certainement pénible de devoir leur faire évacuer la position dans laquelle ils s'étaient placés pour défendre le territoire de leur prince, qui est devenu l'objet des sympathies de l'Europe civilisée. Mais ils ne perdent pas l'espoir de reprendre leurs armes; ils savent que le jour de la vérité et delà justice n'est pas loin, et que Dieu réserve cette gloire à ceux qui combattent en son nom. Nous courrons alors en foule sur le champ de bataille, pour vous rejeter dans l'abîme d'impiété d'où vous êtes sortis. Vous trouverez ci-dessous les noms et les signatures des généreux officiers, qui, pendant deux mois, au milieu de privations et de sacrifices rares dans l'histoire militaire, ont combattu toujours victorieusement dans les Abruzzes,

UÉVOLUT, DE SICILE. T. 11. 18

contre les supplices et la tyrannie des Piémontais. Comparez ces noms avec les noms de ceux qui dans toutes les voies de la révolution, nous accusent calomnieusement de toute sorte de massacres et de mille actes de brigandage, et attendez le jugement de la postérité.

« Comte DE COATOUDON,

« commandant en chef de la colonne.

« CiccARELLi, colonel.

« RoccHETTi, colonel.

« GuERRiERi, major.

« PiccoLO, capitaine.

« Amoroso, capitaine.

« Pusco, capitaine.

« Saracelli, capitaine.

« Caracciolo, lieutenant adjudant major.

« Setenaus, lieutenant.

« Folletet, lieutenant.

« LuMLEY, WooDYEAR (Guillaume), lieute-

« nant d'état-major.

« LuMLEY, WooDYEAR (Henri), lieutenant.

« DE MoNTGERMOT, sous-licutenant.

« Leguitton, sous-lieutenant.

« LuMLEY, WooDYEAR (Etienne), sous-lieu-

« tenant.

« De ViLLERS DE l'Isle (Adam), sous-lieute-

« nant. »

i%ppeiicliee au eliapître XXXIV.

I. — Lettre de V empereur Napoléon III au roi de Naples, remise à Sa Majesté, le 11 décembre 1860, par le vice-amiral Barbier de Tinan,

« Je n'ai point écrit depuis quelque temps à Votre Majesté, parce que je désirais voir si les événements prendraient un caractère suffisamment clair et précis pour me permettre d'exprimer, en connaissance de cause, mon opinion à Votre 3fajesté.

« Lorsque l'injuste agression du Piémont vint en aide à la révolution dans vos Etats, et vous força de vous retirer à Gaëte, je résolus d'empêcher le blocus, afin de donner à Votre Majesté une preuve de ma sympathie, et d'éviter à l'Europe l'affligeant spectacle d'une lutte à outrance entre deux souverains alliés, lutte, dans laquelle le droit et la justice étaient pour celui qui devait succomber. — Mais tout en laissant, au moyen de ma flotte, la mer libre à V. M., il ne pouvait entrer dans ma politique d'intervenir dans la querelle. — Ainsi l'amiral de Tinan a reçu l'ordre d'observer la plus stricte neutralité entre les deux adversaires. Les incidents de la guerre compliquent la situation de ma flotte à Gaëte, souvent elle est sur le point d'agir contre les Piémontais, dont les attaques menacent sa sécurité; quelquefois elle est obligée, afin de maintenir sa neutralité, d'empêcher les vaisseaux de V. M. d'exercer de justes représailles contre les vaisseaux piémontais; cette situation ne peut durer indéfiniment; le mieux serait, je crois, dans l'intérêt bien entendu de V. M., qu'elle se retirât avec les honneurs de la guerre, car

elle sera forcée de le faire; la catastrophe est inévitable. — Vous avez fait preuve d'une louable fermeté tant qu'il y avait pour vous chance de remonter sur le trône. Votre devoir était de soutenir votre droit par les armes; mais aujourd'hui, je le dis avec regret, le sang qui coule est inutilement versé, votre devoir comme homme et comme souverain est d'en arrêter l'effusion. Je ne sais ce que l'avenir peut réserver à V. M., mais je suis persuadé que l'Italie et l'Europe regarderont comme parfaite l'énergie que vous avez déployée et la décision que vous allez prendre pour éviter les grands malheurs qui affligent aujourd'hui votre peuple.

« Je vous prie de croire que le langage que je tiens à V. M. m'est dicté par le plus grand désintéressement entre les deux partis et par le regret que je ressentirais si les circonstances, devenues plus graves, ne me permettaient plus de maintenir ma flotte dans une position où la stricte neutralité deviendrait impossible.

« Je prie Votre Majesté, etc.

« Napoléon. »

îf . Réponse de S. M. le Roi à la lettre de V empereur Napoléon.

« La lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire et que l'amiral de Tinan m'a remise, me place, je dois l'avouer, dans le plus grand embarras. Ma ferme intention était de résister et de sauvegarder mon honneur au prix des plus grands sacrifices, si les circonstances m'empêchaient de sauver mes Etats contre une injuste agression. Mais les conseils affectueux que me donne V. M. et la perspective du retrait de votre flotte m'impressionnent et me font hésiter. Dans cette situation V. 31. ne sera ni surprise ni offensée si je prends le temps de réfléchir avant d'adopter une résolution définitive.

« Bien que je susse que la flotte française ne devait pas indéfiniment demeurer dans ce golfe, mes informations officielles, et les assurances particulières qui m'avaient été données, me faisaient espérer la prolongation de son séjour ou du moins la présence du pavillon français sur un vaisseau de la marine impériale. Appréciant les motifs qui guident V. M. et connaissant votre efficace sympathie, je ne puis que déplorer le rappel d'une flotte qui laisse la mer libre à mes ennemis et aggrave considérr.j)K'ment ma situation. 11 me sera nécessaire, afin de savoir, s'il sera possible, sans cet appui, de faire une longue résistance, d'examiner avec la plus grande attention quelles sont mes ressources. Ce que je désire sincèrement, c'est d'éviter deux écueils sur lesquels ma barque peut sombrer ou l'éclat de mon nom être terni : la témérité et la faiblesse. Vous savez, Sire, que les rois qui abandonnent leur trône y remontent difticilement, à moins que les rayons de la gloire aient doré leurs infortunes et leur chute. Je sais qu'après l'ivresse d'un triomphe, dû plutôt à la pusillanimité ou à la trahison de mes généraux qu'à la puissance des ravisseurs de mon royaume, ceux-ci trouveront d'immenses difficultés pour amener mes sujets à adopter des idées qui répugnent également à leurs intérêts et à leurs traditions.

« Les difficultés devenant de plus en plus grandes en Europe, votre haute capacité et l'autorité dont jouit Votre Majesté me font espérer que le jour n'est pas loin où les principes de la loi, du devoir et de la justice cesseront d'être foulés aux pieds par le Piémont. Si ces espérances sont des rêves, il est un point du moins qui ne souffre pas de discussion, c'est qu'en combattant pour mon droit, en succombant avec courage, en tombant avec honneur, je serai digne du nom que je porte, et je laisserai un exemple au prince qui me succédera. Je suis ici roi en principe, mais général de fait. Je n'ai plus d'Etats; je possède seulement une forteresse et une armée fidèle. Dois-je

abandonner, en vue de dangers personnels, par crainte de l'effusion du sang, que j'ai cherché à éviter à tout prix, une armée qui peut maintenir l'honneur de son drapeau et une forteresse, pour la défense de laquelle mes aïeux ont fait tant d'efforts, la considérant comme le dernier boulevard de la monarchie?

« Votre Majesté, qui est un excellent juge en semblable matière, peut décider, mieux que personne, si, en me retirant sans m'être assuré de l'insuffisance de mes ressources, j'aurai accompli mon devoir comme soldat. Je puis mourir, je puis être fait prisonnier. Cela est vrai. Mais les princes doivent savoir mourir quand il le faut, et François P*" a été prisonnier. Il ne défendait point , comme je le fais, un royaume et un peuple, et malgré cela, ses contemporains et l'histoire ont raconté combien il a exposé sa personne et comment il a supporté ses souffrances dans la captivité. Ce n'est point une exaltation passagère qui m'inspire un tel langage; il est le résultat d'une longue réflexion, et Votre Majesté, qui est homme de résolution, d'intelligence et de courage, comprendra mieux que qui que ce soit les sentiments qui m'animent. Je dois donc lutter contre le courant de mes idées et de mes sentiments, avant de changer de résolution. Permettez-moi de prendre le temps de réfléchir, et si en même temps, malgré mes désirs et mes espérances, et j'ose le dire, mes prières, les intérêts et la politique de V. M. vous forcent à retirer votre flotte, je le regretterai, sans doute, mais je rendrai toujours justice aux motifs qui vous guident, et pardessus tout, je conserverai profondément gravée dans mon cœur la preuve desympathieque vous m'avez donnée et le souvenir du service que vous m'avez rendu en m'assurant pendant un si long temps la liberté des mers, dans des circonstances où nulle puissance de l'Europe ne pouvait venir à mon secours. Et si je dois succomber par suite du départ de votre flotte, je prierai sincèrement Dieu pour que V. M. n'en ait point de regret, et pour qu'au lieu d'un allié reconnaissant et fidèle vous ne ren-

contriez point une révolution hostile et un souverain ingrat.

« Quelle que soit ma décision dans des circonstances aussi graves, mon désir sera d'en donner connaissance à V. M., et je saisis cette occasion d'exprimer une fois de plus à V. M. ma reconnaissance pour votre appui, vos conseils, et surtout, pour l'intérêt qu'il vous a plu de me témoigner.

« Je prie Votre Majesté, etc.

« François II. »

III. — Lettre du roi François II au prince de Santa-Lucia, duc de Ripaldo (M. Bermudez de Castro), ministre d'Espagne, — (Autographe.)

a Mon cher Prince,

« J'achève de lire avec surprise que certains journaux de l'opposition de votre pays vous accusent de m'avoir donné à Naples des conseils absolutistes, en employant l'influence de votre amitié, à favoriser la cause d'une aveugle résistance. Il faut être bien peu au courant des événements pour vous faire une semblable imputation. Dès le moment de mon avènement au trône, je me suis plu à vous rendre cette justice : vous m'avez conseillé avec l'invincible constance que peut donner seulement une loyale conviction, les grandes réformes administratives et politiques qui devaient réorganiser et fortifier mon gouvernement.

« Lorsque vous me conjuriez d'aller en Sicile prévenir par des mesures prudentes les bouleversements que vous découvriez à l'horizon; lorsque vous m'exposiez la nécessité d'effacer le passé par une amnistie complète et la convenance d'accorder des institutions représentatives à mes peuples; lorsque vous me parliez de grands travaux matériels à faire, de l'administration, de la magistrature, de l'armée à réorganiser, vous savez si je recevais vos idées avec plaisir, et nous avons passé bien des

heures ensemble à combiner les moyens de les mettre à exécution.

« Mais vous connaissez aussi l'épouvantable réseau de trahisons payées par la Sardaigne, qui entourait ma jeunesse et exploitait mon inexpérience, versant autour de moi la méfiance, et suscitant toutes sortes d'obstacles pour retarder la réalisation de ces judicieuses mesures. Vous n'ignorez pas par quelles fausses révélations, par quelles dépêches falsifiées, par quel concert d'iniquités et de mensonges on m'a fait renoncer à mon voyage de Palerme, à mes plans d'opérations à Messine et en Calabre, à ma campagne à Salerne, où m'attendaient avec impatience mes fidèles et malheureuses troupes, qui se sont couvertes de gloire près du Volturne et à Gaëte.

« C'est une triste histoire, mais vous y avez joué un rôle qui vous honore et qui honore votre pays. Si vous vous êtes montré à Naples homme d'Etat, prévoyant et ferme, je vous ai trouvé aussi homme de cœur à l'heure des grandes crises, et, croyez-le, mon cher prince, je n'oublierai jamais la généreuse amitié que vous m'avez montrée pendant les cinq mois de dangers et de privations que vous avez passés auprès de moi à Gaëte.

« Je vous autorise à faire de cette lettre l'usage que vous jugerez convenable, et croyez toujours à la sincère affection et à l'amitié de votre

« François de Bourbon.

« Rome, le 14 avril 1861. »

Appendice au Cliapître XXXVI.

!. — Circulaire du ministre Casella aux agents diplomatiques des Deux-Siciles, après la chute de Gaëte.

« Monsieur,

« Les raisons qui ont amené la capitulation de Gaëte ont été en partie politiques, en partie militaires. Parmi les raisons politiques, il faut placer l'hostilité systématique de l'Angleterre, la résolution hautement manifestée par l'empereur des Français, de maintenir le principe de non-intervention, enfin l'inaction des autres puissances, toutes choses qui ne laissaient aucun espoir d'un prompt secours. — Quant à la question militaire, la place avait horriblement souffert du bombardement prolongé; le typhus décimait la garnison, l'artillerie ennemie était supérieure à celle de la place; deux brèches avaient été ouvertes par l'explosion des poudrières (explosion à laquelle la trahison n'avait pas été étrangère), et en même temps que les moyens d'attaque, dont disposaientles assiégeants, augmentaient dans une proportion considérable, les ressources de la place diminuaient tous les jours.

« C'est dans ces circonstances, lorsque la défense n'aurait pu être prolongée que de quelques jours et au prix des plus grands sacrifices, que le Roi a cru devoir agir plutôt comme souverain et comme père que comme général, en épargnant les dernières horreurs du siège à des troupes prêtes à répandre jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour l'accomplissement de leur devoir de sujets et de soldats. — Mais les faits qui, de la part

des Piémontais, ont accompagné les négociations, ont un caractère qu'il importe de signaler.

« Le général Cialdini a refusé de suspendre les hostilités durant les négociations. Pendant trois jours, il a couvert la place de bombes et d'obus. Toutes les conditions étaient déjà arrêtées; il ne manquait plus, pour que la capitulation fût accomplie, que la transcription du texte de ce long document et les formalités de la signature, et les batteries piémontaises répandaient encore la mort dans Gaëte, et l'explosion d'une autre poudrière ensevelissait sous les décombres officiers et soldats.

« Veuillez agréer, etc.

« Casella. »

IF. — Lord J. Riissellau chevalier Fortunato, agent diplomatique des DeuX'Siciles, à Londres.

Foreign-Office, 20 février 18G1.

« Monsieur,

« La nouvelle reçue en ce royaume de la capitulation de Gaëte et du départ de S. M. le roi François II et de la reine, son épouse, des dernières possessions qui lui restaient de son royaume, m'impose l'obligation de vous faire savoir que dans l'état de choses actuel vous ne pouvez être plus longtemps accrédité à cette cour, comme envoyé du gouvernement du roi des Deux-Siciles.

« Je ne veux pas, en cette occasion, m'étendre en plaintes inutiles sur la catastrophe qui a ruiné la dynastie des Bourbons dans le royaume des Deux-Siciles. Le gouvernement a eu d'ancienne date la prévision, et il a maintefois averti non-seulement le roi François II; mais son prédécesseur immédiat des dangers où leur politique les conduisait. Je ne finirai cependant pas mes relations officielles avec vous sans vous prier de recevoir l'assurance de mon estime personnelle; vous y avez droit

par la manière dont vous avez traité ici les affaires qui se sont présentées clans le cours rie votre mission. « Je suis, etc.

a J. RUSSELL. »

Réponse du chevalier Fortunato à Lord J. Russeli.

115, Piccadilly, Londres, le 22 février 1861. « ^lilord, « J'ai reçu avec vif regret, mais sans surprise, la note en date du 20, par laquelle vous me faites l'honneur de m'informer que Sa Majesté le Roi, mon auguste souverain, ayant quitté ses Etats, à la suite de la chute de Gaëte, je ne pouvais être plus longtemps accrédité près cette cour comme le représentant de Sa Majesté Sicilienne. Je dis sans surprise, Milord, parce qu'il était facile depuis longtemps de prévoir cette résolution du gouvernement britannique; d'un côté, par le manque de sympathie, de bon vouloir, et j'ajouterai de générosité, dont il a fait preuve envers la cause du Roi, et que j'ai eu le profond regret de constater de plus en plus tous les jours, lorsque son appui lui aurait été des plus efïicaces; et d'un autre côté, par les puissants encouragements donnés au mouvement italien, encouragements de toute sorte qui, en aidant la révolution, ne pouvaient que paralyser les généreux efforts et le noble et héroïque courage, avec lesquels le roi a défendu jusqu'au bout les droits de ses peuples et de sa couronne. C'est à cet appui moral du gouvernement britannique, que l'Italie doit en grande partie, de l'aveu même de votre Excellence, d'être aujourd'hui presque entièrement soumise à la domination du roi de Piémont. Il reste seulement à voir si l'unité désirée pourra jamais s'accomplir et se consolider, et si l'Angleterre, dont la politique paraît avoir en vue de faire de. l'Italie une puissante alliée, par la reconnaissance que celle-ci

lui devrait, n'aura pas à l'avenir sujet de le regretter, en la trouvant un jour l'alliée d'une puissance rivale.

c( Votre Excellence cependant a bien voulu, en maintes occasions, exprimer ses regrets sur la catastrophe finale qui amènerait la chute de la dynastie ; mais elle en fait retomber toute la faute sur le gouvernement du Roi.

« Permettez-moi, Milord, la dernière fois que j'ai l'honneur de m'adresser officiellement à Votre Excellence, de rétablir, dans l'intérêt de la justice et de la vérité, l'exactitude des faits et des circonstances qui ont déterminé les déplorables événements dont l'Italie a été le théâtre.

« Le jeune roi, dès son avènement au trône, n'a eu d'autres pensées et d'autre but que le bien et la prospérité de ses sujets, et certes, on a été bien injuste envers lui de ne pas lui tenir compte des difficultés immenses, qui certainement n'étaient pas son œuvre, au milieu desquelles il s'est soudainement trouvé et contre lesquelles il a eu à lutter. Et ici, Milord, je ne saurais m'empêcher de repousser hautement toutes les accusations et les nombreuses calomnies, auxquelles le Roi a été en butte en Angleterre dès le commencement de son règne, et dont même des fonctionnaires publics n'ont pas craint de se faire les échos complaisants, en ajoutant aux récits de la presse l'autorité de leur nom.

0 S'il y avait des fautes dans l'administration intérieure du royaume et des abus regrettables dans l'action de la police, il n'était pas juste cependant d'en faire remonter la responsabilité jusqu'au Roi, qui malheureusement a été lui-même la victime de sa confiance dans les traîtres, ou les lâches qui l'entouraient, et qui, étant gagnés à la cause de la Sardaigne, avaient intérêt à lui cacher la vérité. Et d'ailleurs le rétablissement de la constitution, un gouvernement libéral que l'opinion publique avait désigné au Roi, et l'offre même d'une alliance avec le Piémont, que l'ambition sans bornes de cet-Etat et ses projets bien

arrêtés d'agrandissement, lui ont fait repousser sous mille prétextes, n*étaient-ce pas là des garanties suffisantes pour l'avenir?

« Les populations des Deux-Siciles ont-elles vraiment à se féliciter du règne nouveau, auquel on veut les soumettre par la force, contrairementàleurs traditions et à leurs intérêts ?Na-t-on pas occupé militairement tout le royaume? Ne fusille-t-on pas sommairement de nombreux sujets fidèles à leur roi, sous le prétexte qu'ils sont des brigands? N'emprisonne-t-on pas par centaines les gens qui se prononcent de manière ou d'autre contre l'annexion, ou en faveur de leur souverain légitime? Et les visites domiciliaires et la loi des suspects, contre laquelle on a tant crié sous le gouvernement du Roi, ne sont-elles pas plus que jamais à l'ordre du jour? Et tout cela, Milord, au nom de la liberté et de l'Italie une et régénérée!

« Ce ne sont pas les sujets du Roi, ce n'est pas le mécontentement que son gouvernement a pu susciter parmi eux, ce sont les efforts simultanés et audacieux des révolutionnaires de tous les pays, les menées déloyales du Piémont, et enfin l'agression inouïe de son armée, sans motifs ni déclaration de guerre, accomplie par la plus flagrante violation du prétendu principe de non-intervention, qui ont amené cette pénible catastrophe.

« Quoi qu'il advienne, si les passions politiques de nos jours empêchent de juger avec calme et avec justice la révolution, qui vient de s'accomplir dans le midi de l'Italie, le jugement de l'histoire n'en sera pas moins sévère et impartial sur les moyens perfides qu'on n'a pas craint d'employer pour y parvenir, et sur la moralité de ses principaux fauteurs.

« Avant de terminer, je sens le devoir, Milord, de vous exprimer ma vive reconnaissance pour ce que votre lettre contient deflatteur à mon adresse, et pour toute la bienveillance que vous avez bien voulu me témoigner dans les relations officielles que j'ai eu l'honneur d'entretenir avec Votre Excellence.

« Je saisis, etc. C. Fortunato. »

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