AUX LECTEURS
Nous ne méconnaissons pas la difficulté de l'œuvre que nous avons entreprise, en voulant publier l'histoire d'événements qui n'ont pas encore eu leur dernier développement, et la publier dans un temps où les passions sont encore frémissantes et avant l'entière production de tous les documents propres à nous initier plus avant aux desseins les plus cachés et aux menées les plus secrètes de la révolution. Nous savons, sans nous faire la moindre illusion à cet égard, que notre livre heurtera des opinions et des préjugés, devenus l'objet de vils applaudissements et des sympathies d'un grand nombre; nous nous attendons à recevoir le blâme et l'injure d'un parti dont la puissance prévaut encore au sein de la Péninsule. Notre intention toutefois n'a pas été d'offrir à nos lecteurs un travail complet d'histoire contemporaine, mais de faire entendre hautement et librement le langage de la vérité et de la justice, en faisant de bonne foi et avec tous les documents qu'il nous a été
possible de réunir, le récit des faits qui, altérés et défigurés par la dissimulation ou par le mensonge, ont pris un aspect et revêtu de formes tout à fait différentes de leur physionomie véritable. Nous n'avons pas mis la main à la plume pour défendre un parti, pour faire l'apologie d'un système, pour réhabiliter dans l'opinion tel ou tel personnage; nous n'avons pas agi non plus par motif de haine ou de vengeance, ni par besoin de dénigrer des hommes en réputation de valeur, de patriotisme ou de sagesse politique; notre voie est celle de la justice, notre drapeau celui de la vérité: les injures et les reproches de quiconque se fait le bouclier du mensonge et l'appui de l'illégalité, ne sauraient nous émouvoir, ni étouffer le cri de notre conscience, ni nous faire dévier du chemin qu'elle nous a tracé ; insultes et outrages tomberont avec le mensonge et l'injustice; mais le droit et la vérité subsisteront et, glorieusement revendiqués par l'histoire, ils seront transmis comme un précieux dépôt aux générations futures.
Assurément, les études historiques, remises depuis un certain nombre d'années dans les voies de la droiture et de l'impartialité, ont reconquis l'estime publique en faveur d'hommes et d'institutions qui, depuis des siècles, avaient été en butte au dénigrement et à la calomnie. Les études historiques, bien qu'en général peu estimées ou méprisées par les ignorants et redoutées des méchants, avaient inauguré en histoire une époque nouvelle, caractérisée par le vrai savoir et fécondée par les plus bellqs traditions. Mais
la révolution, continuant de marcher dans ses voies, se mit à faire tous ses efforts pour arrêter ce progrès équitable et conforme à la raison; ne pouvant supprimer les documents ni rejeter dans l'ombre d'éclatantes révélations destinées à la réhabilitation de personnes et d'institutions trop longtemps calomniées, elle s'efforça de pervertir les principes et les idées pour altérer les jugements sur les hommes et sur les choses. C'est pourquoi elle se mit à forger un vocabulaire spécial prêtant de nouvelles significations à des mots qui jusqu'alorsavaient exprimé les principes les plus justes et les plus vénérés, ou plutôt, revêtant de noblesse et d'éclat des maximes jadis l'objet de V honneur universelle. L'ambition dominatrice fut appelée rectification de frontières; l'œuvre de la conquête la plus éhontée reçut le nom d'annexion par voie de suffrage populaire; l'agrandissement territorial devint une nécessité géographique ; les traités, qui sont les anneaux de la grande famille des nations, furent présentés comme les chaînes et les entraves de la tyrannie, l'équilibre des Etats comme une invention du despotisme, le code des lois internationales, comme un art d'opprimer les peuples, qui devra céder aux grands principes de l'équité naturelle. De la nationalité on fit le droit que possède un parti de détruire lois, gouvernements et dynasties, d'humilier, d'avilir de riches et splendides royaumes jusqu'alors indépendants, et cela par la fraude, par la trahison, par la corruption et par le poignard: l'emploi de tels moyens destinés à l'asservissement de la patrie à un futur tyran, c'est
du patriotisme. Et quant à la liberté, l'éternel objet de l'amour des peuples qui en tout temps virent dans ses traits je ne sais quoi de céleste, elle s'est transformée aujourd'hui en génie du mal affranchi de toute entrave, abandonné à ses malfaisantes inspirations, autorisé à tout bouleverser, à tout abattre, pour soumettre les nations à un parti de despotes qui leur imposeraient violemment leurs pensées : les ennemis de cette nouvelle Mégère, baptisée du saint nom de liberté, on les désigne à la haine, à l'outrage, à la persécution, on les condamne à l'exil, il faut les emprisonner, les fusiller, les poignarder.
Dans un tel système d'idées, quel rang pouvait occuper la religion, sinon le rang d'une superstition populaire; quels titres les catholiques pouvaient-ils obtenir autres que ceux d'obscurantistes, de rétrogrades, de cléricaux, d'ultramontains, d'amis de la servitude autrichienne, d'ennemis de la liberté et de l'indépendance? Conséquemment, les biens de l'Eglise ne pouvaient être que des fonds de l'Etat, destinés à payer les dettes et les largesses de la révolution; les religieux traités comme gens de main-morte, seraient déclarés incapables de toute action sociale, exposés à l'exil, à l'emprisonnement, condamnés à vivre d'herbes seulement (i) ou à mourir de faim, au gré d'un gouverneur ou d'un ministre. Que fallait-il entendre par clergé? Un tas d'insectes venimeux, corrupteurs des grands principes hu-
0) Les religieuses de Pérouse, de l'aveu même des journaux révolutionnaires, furent réduites a cet état de détresse extrême.
manitaires, ennemis de toute liberté, ministres du despotisme, gens détestables qu'il faut à tout prix, ou asservir ou exterminer. Et par évêques? Les bâillons du pouvoir civil, les soutiens du vieux parti rétrograde, les promoteurs de l'avilissement des peuples, des dignitaires néfastes qu'il est urgent de dompter, en les dépouillantde toute influence de fortune ou d'autorité, et en les réduisant à la condition d'employés de l'Etat. Et par Souverain Pontife? Le comble de tous les maux; car nous ne pourrions résumer autrement l'infinie multitude des mensonges, des calomnies, des outrages, des reproches dont la révolution a chargé le Vicaire de Jésus-Christ.
Il est vrai que les maximes funestes et les principes calomnieux, propagés par la révolution, avaient été, même de nos jours, démasqués dans plusieurs ouvrages, dus à la plume des plus illustres écrivains, dans les pays les plus cultivés de l'Europe. Mais la révolution, toujours ennemie de toute culture et de toute civilisation, d'une part couvrit de mépris et d'oubli ces lumineux travaux, et d'autre part habituâtes esprits à une légèreté prodigieuse; puis elle exalta les esprits jusqu'au fanatisme par l'usage de mots sonores et d'éblouissantes images. Ainsi fortifiée de la faiblesse des hommesde notretemps, ellelesdomina commesesesclaveset les força à marcher sur ses pas dans les chemins les plus ruineux et jusqu'au terme de ses plus détestables entreprises.
Cette mission de propagande corruptrice a été confiée à la presse qui, vendue aux volontés et aux caprices de la ré-
Yolution, est devenue le plus fidèle interprète de ses idées et l'écho le plus retentissant de son langage. Et ceci ne doit pas s'entendre uniquement de la Péninsule italienne, où cette école de corruption et de mensonge s'est principalement intronisée aujourd'hui ; mais de tous les pays de l'Europe, et même de la lointaine Amérique, où la révolution a ses organes dociles et obéissants, à qui chaque jour elle donne ses mots d'ordre. Le Times,\e Daily-News en Angleterre, le SièelCy VOpinio7i Nationale en France, Vlndépendance en Belgique, et d'autres feuilles de même nature dans le reste de l'Europe, ne sont que de vils porte-voix de la révolution et ils ne reçoivent pas d'ailleurs la pensée et la parole que de ses chefs et de ses centres principaux. De là l'empire et la force que le parti révolutionnaire semble avoir acquis sur l'opinion publique, dont ces journaux se proclamaient les représentants, quand ils n'étaient que les photographiesd'un même modèle. De là, non-seulement la rapide et large diffusion de certaines maximes et de certains principes pervers, propagés avec la rapidité de l'éclair; mais, ce qui est plus surprenant pour qui n'en sait pas le mystère, la prodigieuse ressemblance de certains journaux européens dans leurs appréciations et l'identité des mensonges, des suppositions, des calomnies, des fraudes, des déclamations, des griefs, des plaintes que nous leur avons entendu et leur entendons reproduire jusqu'au dégoût, sous les mêmes formes et avec les mêmes phrases traduites et réchauffées en toute langue et à toute destination. Nous n'aurions cer-
tainement pas besoin d'accumuler ici à ce propos des preuves et des éclaircissements, quand les faits sont devenus manifestes comme la lumière du jour. La révolution imposa aux organes de son bord de déclamer contre la tyrannie des gouvernements italiens et surtout contre celle du roi de Naples et du Souverain Pontife: et les journaux vomirent à l'envi contre le roi de Naples et le Souverain Pontife les plus impudentes calomnies, les plus absurdes mensonges. Mais quel est donc jusqu'à présent celui des journaux très-libéraux qui a élevé la voix pour réclamer contre la tyrannie et la cruauté du nouveau gouvernement d'Italie? Quel est plutôt celui qui n'en a pas fait de ridicules apologies? La révolution imposa d'abasourdir le monde de lamentables descriptions des massacres imaginaires de Pérouse et des quelques personnes fusillées à Palerme, après les mouvements du mois d'avril dernier; et les journaux répétèrent avec la fidélité de l'écho: Meurtres, massacres de Pérouse et de Palerme. Mais laquelle de ces feuilles si humanitaires proféra un seul cri de pitié contre la barbarie avec laquelle les soldats de Sardaigne égorgent, comme de vils troupeaux, les populations napolitaines, brûlent leurs villes et leurs villages, et répandent partout la désolation et la terreur? Mais quoi I de cette affreuse barbarie on a pris la défense, on en a fait un mérite à ses auteurs! Ce fut la révolution qui décréta l'apothéose de Garibaldi et ordonna de raconter ses entreprises comme celles d'un nouvel Hercule, accomplissant des travaux impossibles et pouvant
écrire son nec plus ultra: et le journalisme ne faillit point à sa tâche et Garibaldi prit place dans le calendrier des héros et des dieux : (héros de commande et dieux de paganisme!) Mais laquelle de tant de feuilles vouées à cette étrange déification, a fait mention des immenses sommes expédiées de Turin et par les comités d'Angleterre, pour solder les traîtres qui lui livrèrent sans combat la Sicile et Naples? Ce fut la révolution qui enjoignit à la presse de crier à tout rompre sur le bombardement de Palerme (que cependant la même révolution avait prescrit au général Lanza) : mais lequel parmi ces journaux vendus, trouva une seule parole de réprobation pour les cruels bombardements d'Ancône, de Mola, de Capoue et surtout de Gaëte, effectués par les Piémontais? Ensuite le mot d'ordre de la révolution fut de calomnier le Gouvernement français pour le maintien de sa flotteà Gaëte, et de se plaindre àgrand fracasquele royaume de Naples et toute l'Italie ne pourraient jamais s'organiser, tant que les vaisseaux de la France empêcheraient le blocus de ce port. Gaëte tombé, la révolution tourna ses regards vers Rome; le motd'ordre fut d'affirmer qu'aussi longtemps que Rome resterait sous le pouvoir du Pape et que François II neserait pasforcé de quitterla Péninsule, les affaires italiennes ne recevraient pas leur solution; delà ces histoires de réactions, organisées et payées à Rome par le Pape et par les cardinaux ou par François 11; de bandes armées, dirigées par eux sur leroyaumede Naples; de sommes d'argent expédiées de cette capitale et surprises à mi-che-
min ; et autres lieux communs dont l'usage immodéré a rendu impossible, même à la révolution, l'art de trouver encore de nouveaux mensonges. Si Rome était jamais tombée au pouvoir du Piémont, la presse révolutionnaire appliquerait le système à la Vénétie, à la Dalmalie et à l'Istrie que les Autrichiens occupent; ces pays une fois réduits sous la domination sarde, toutes les forces de la presse dite avancée, se réuniraient pourla destruction (du catholicisme, comme le comble de la régénération italienne et le dernier mot de la révolution.
C'est d'après le même procédé que l'on dispensa le blâme et la louange, qu'on traîna dans la boue et qu'on porta aux nues la réputation d'une quantité de personnages, qu'on falsifia les faits les plus clairs pour vanter les œuvres du parti; qu'on voulut flétrir du nom de brigands et d'assassins les braves qui, dans les Abruzzes,dans la Terre de Labour, dans la Basilicate et dans les Calabres, s'exposèrent aux baïonnettes des nouveaux Druses Européens, pour la défense de leur princeet pour la cause de leur indépendance; qu'on accabla à son tour le peuple de Naples des qualifications de stupide, de corrompu, de sauvage, d'incapable de liberté, d'eff'éminé, de superstitieux, etc. etc., parce qu'il réclamait son autonomie et ses souverains; au contraire, on inscrivit dans le catalogue des héros et l'on entoura d'une auréole les traîtres, les usurpateursetjusqu'aux meurtriers, pour avoir coopéré, par toutes les ressources du crime, à l'asservissement des contrées de l'Italie.
Qui ne voit à cela, combien est malheureux l'état présent de la société dans laquelle a prévalu cette école d'iniquité et de mensonge, et combien terrible est pour l'Italie un temps où les principes d'ordre sont foulés aux pieds, la souveraineté du but hautement professée ainsi que l'honnêteté des moyens qui y conduisent; un temps où la marche de l'Etat est soumise aux passions les plus effrénées, que surexcite la haine la plus profonde contre le Pontificat et contre l'Eglise? Une société qui s'avance hors de la lumière de ces astres bienfaisants, guides providentiels des Etats, s'avance vers un abîme épouvantable dont ne la sauvera certainement pas le progrès matériel, si rapide et si étendu qu'il puisse être. La démagogie, libre d'entraves, détruira tout reste d'autorité que défendraient seules les baïonnettes et enveloppera la société d'un tourbillon de maux indicibles. L'Amérique semble toucher à ce fatal moment, et peut-être l'Italie n'en est paséloignée. (Keller, Discours de Mai-Juin.)
Certes, nous désirons les progrès sociaux; mais nous les voudrions animés par des principes et des vertus qui en forment l'élément vital. Nous désirons aussi les progrès matériels; mais nous les voudrions tempérés et conduits par le progrès moral, sans lequel il n'y a que ruine pour les nations. Nous ne sommes pas contraires au principe général des nationalités ; mais nous le voudrions fondé sur les bases de l'ordre et de la justice, sans lequel tout bien public, quelque brillante qu'en soit la surface, ne pourra avoir qu'une malheureuse et courte durée. Nous aimons l'unité
de l'Italie; mais celle qui protège les droits des princes et des peuples et qui respecte la souveraineté temporelle des Papes; nous sommes de chauds partisans delà grandeur et des gloires de la Péninsule; mais de celles qu'inspirent les principes religieux et traditionnels qui ont toujours été pour elle des astres bienfaisants. Nous approuvons les libertés données aux peuples; mais les libertés modérées qui ont leur contrepoids dans une forte et sage autorité et qui s'harmonisent avec les droits de toutes les classes de la société. Voilà le programme de nos convictions. Mais nous abhorrons, au contraire, une révolution formée par la trahison, par la fraude, par l'ambition, par l'iniquité et nous avons la douleur de voir que tel est le mouvement qui agite aujourd'hui l'Italie et l'Europe. Nous avons en horreur une révolution qui a pour but de décatholiser l'Italie, pour l'entraîner ensuite plus facilement dans les voies du plus honteux rationalisme. Or, en entreprenant le pénible travail que nous mettons au jour, nous nous sommes justement proposé de donner raison à ces principes importants, en prenant occasion pour cela du récit que nous allons faire des péripéties de la révolution italienne qui dure encore.
Assurément, quoique notre ouvrage soit avant tout l'histoire de la révolution de Sicile, nous n'avons pas pu envisager celte révolution comme un fait partiel, isolé et distinct des grands événements de la Péninsule et de l'Europe : parce qu'elle se lie intimement d'une part au mouvement commencé dans l'Italie septentrionale, comme elle se lie de
l'autre aux changements politiques des provinces méridionales; il nous a donc été impossible d'exposer la révolution sicilienne sans rechercher en même temps les diverses causes qui l'ont produite, et sans considérer les événements qui la suivirent. En faisant l'histoire de la révolution de 1860 en Sicile, nous devions retracer, dans ses parties les plus vitales, l'histoire du mouvement italien dont elle est comme un anneau dans la grande chaîne des bouleversemeuls de la Péninsule. — Ceci soit dit pour l'explication de notre titre et à la fois de notre plan. Cependant, comme nous voulions signaler le caractère propre et spécial des mouvements de Sicile, altéré par le parti unitaire de Sardaigne et de la révolution en général, nous avons fait précéder notre récit d'une esquisse rapide des conditions religieuses et civiles de l'île dans la période de 1848 à 1860. — Après quoi nous avons écrit l'histoire de la révolution de cette île, des réformes politiques du royaume de Naples, des tentatives d'alliance entre ce royaume et le Piémont, de l'occupation garibaldienne des provinces de Naples, des invasions des Piémontais dans les Etats du Pape et dans les Deux-Siciles, du plébiscite populaire, des réactions qui l'ont suivi, du siège et de la chute de Gaëte, de l'ouverture du parlement italien jusqu'au décret de l'unité de l'Italie sous le sceptre du roi de Sardaigne. Là nous nous sommes arrêté comme au terme de la première période do la révolution italienne,à laquelle nous avons limiténotre travail. En racontant ces événements et ces catastro|)hes, nous
n'avons pas laissé de parler de la diplomatie européenn(», considérée dans ses rapports avec la révolution d'Italie et avec les annexions effectuées par le Piémont; et nous n'avons pas manqué non plus de traiter des questions les plus importantes de nos jours concernant la souveraineté temporelle des Papes et la réorganisation de la Péninsule. Dans ce dessein, nous n'avons épargné ni peine ni fatigue pour donner à notre œuvre toute la solidité et toute la perfection dont nous étions capable; nous avons, par exemple, recueilli le plus de documents que nous avons pu pour en éclaircir et en appuyer notre récit et nos raisonnements. En ce qui regarde la Sicile, nous avons été en grande partie témoin oculaire de ce que nous rapportons ; où nous n'avons pas été nous-même, nous avons utilisé les souvenirs de personnes dont la véracité ne nous est point suspecte. — Quant aux faits qui se sont passés au-delà du détroit, nous les avons tirés, autant que possible, des documents officiels confrontés avec les articles des journaux les plus accrédités, avec les correspondances les plus sûres. Nous voulions, avant tout, être exact et bien informé. A propos des journaux, nous ferons remarquer que maintefois nous avons préféré citer les feuilles au service de la révolution, les feuilles surtout de l'Angleterre, et plus encore que tout autre le Times, qui, en sa qualité d'admirateur fanatique des faits et gestes de la révolution, ne sera pas accusé d'exagération dans ce qu'il rapporte de défavorable au parti. Nous n'avons pas peu profité non plus des corrcs-
pondances sur les affaires d'Italie présentées aux Chambres d'Angleterre et de France, et de celles qui ont été publiées dans la suite par la presse de toutes les couleurs. Ces documents et pièces justificatives, officiels ou non officiels, nous nous sommes quelquefois contenté de les citer avec les indications voulues; les plus importants nous les avons ou intercalés dans le courant du récit, ou renvoyés à la fin du volume.
Quel que soit le jugement que le public portera sur notre histoire, nous sommes persuadé d'avoir fait, en la publiant, chose utile aux peuples d'Italie. Les faits que nous y exposons pourront être éclaircis, confirmés par de nouveaux documents, rectifiés même en quelques détails; ils ne seront point contredits ni démentis dans leur substance. Ils fourniront cependant une grande leçon aux Italiens et dessilleront les yeux à bien des gens, en faisant connaître par quelles voies la révolution a marché, avec le projet de transformer la Péninsule en pays protestant, d'y noyer la foi dans les intérêts matériels et d'y étouffer le sentiment religieux.
Oh! si nos compatriotes savaient ce que c'est qu'un pays protestant au point de vue moral, s'ils savaient tout ce que souffre un cœur catholique en parcourant les villes de ces malheureuses contrées où le torrent de la réforme renversa les autels, abattit les croix, dispersa les saintes images, détruisit tout rite sacramentel et toute cérémonie ecclésiastique, anéantit les lois les plus fondamentales de l'Eglise,
en réduisit les ministres à la condition de fonctionnaires publics, asservit la religion à l'arbitre d'un prince ou d'une princesse sans consécration ni juridiction, et plongea les esprits dans le ténébreux enfer du rationalisme et de l'incrédulité! Si les Italiens pouvaient contempler ce triste spectacle, il n'en faudrait pas davantage pour leur faire maudire le jour où ils ont plié sous le joug de la révolution. S'il restait un peu de foi dans le cœur des Italiens, s'ils brûlent encore d'un sincère amour de la patrie, il devrait leur suffire de savoir que la révolution sape les fondements des croyances du catholicisme et fait crouler en même temps le temple de la religion et l'édilice de la liberté» pour que toute âme généreuse se sentît animée d'un saint zèle et se levât indignée contre cette race d'imposteurs qui, sous le prétexte de remèdes salutaires, nous apportent le plus mortel poison.
Sans aucun doute, aux yeux de tout homme honnête et sincère partisan des intérêts et des gloires de la patrie italienne, cette terre infortunée ne peut apparaître aujourd'hui sous un autre aspect qu'entourée de vils flatteurs qui, par toute sorte de caresses et d'appâts mensongers, brûlent de lui arracher du front l'illustre diadème de la foi, de souiller son royal manteau des hontes les plus ignominieuses, pour l'accoutumer, elle si tendre et si généreuse, aux scènes horribles du meurtre, du pillage et de l'incendie, pour étouffer ses nobles instincts et la jeter en proie aux pas*sions abominables de l'orgueil, de l'ambition, de la volupté,
de la haine et de la vengeance. Quel est donc celui des enfants de l'Italie qui, devant ce tableau réel et véritable de son état présent, ne l'avertirait pas que ceux qui l'enivrent de flatteuses paroles, sont ses ennemis, ses traîtres et ses bourreaux? Qui pourrait, en ces tristes conjonctures, ne pas se lever pour défendre ritalie, pour la délivrer de l'oppression où elle gémit et pour la remettre dans les voies de liberté et de grandeur? Ce mouvement que la révolution appelle par mépris réactionnaire est le mouvement régénérateur de l'Italie.
Par ce travail nous ne voulons que faire écho au cri généreux des peuples d'Italie et leur montrer le droit chemin de la liberté et de l'honneur. Serait-ce un crime à nous qui avons eu notre berceau en Italie? Et mériterions-nous d'être compté parmi les ennemis de notre patrie? Ah! nous avons la conscience d'aimer du fond du cœur cette noble terre si rudement éprouvée et rien ne nous est plus cher que la gloire dont elle est digne. Cette tendresse de patriotisme est en nous profonde et ardente, mais nos forces n'y répondent qu'imparfaitement.
Avertissement.
La traduction de ce livre était à peine commencée, que nous recevions la nouvelle de la mort du comte Camille de Cavour. Nous ne pouvions assurément pas prévoir l'événement, quand nous écrivions ces pages : en plus d'un endroit nous parlions de ce ministre comme d'un homme vivant et en pleine possession du pouvoir. — Il n'en résultera dans notre histoire que de légères et insignifiantes modifications dont notre traducteur a bien voulu se charger. Le nom de M. de Cavour, quoique mort, n'en représente pas moins un parti et un gouvernement dont il fut le chef et l'arbitre pendant plusieurs années et auquel il a laissé son système politique en héritage. Nous ne l'avons du reste, envisagé que sous ce rapport.
Dieu a jugé l'homme qui a tant bouleversé et corrompu l'Italie, l'homme qui a fait tant de mal à l'Eglise et qui lui préparait de plus rudes épreuves. Nous aimons à espérer qu'à l'heure suprême des désenchantements terrestres, il a reconnu et déploré la perversité de ses plans et que le souverain Juge les couvrira du voile de sa miséricorde; nous aimons à espérer que le coup terrible qui l'a abattu aura été pour lui un bienfait de
la Providence et qu'un vrai repentir aura changé l'esprit et les désirs du mourant. Dieu l'a jugé et il est défendu à nos regards de pénétrer dans les conseils de l'éternelle sagesse.
Mais l'homme public, celui qui a présidé aux destinées des peuples pour leur malheur, appartientà l'histoire, et le rôle qu'il joua sur la scène politique est dans le domaine de nos appréciations.