‹ Histoire de la révolution de 1860 en SicileChapitre 22 sur 25 · Chapitre XXI · texte numérisé non relu

Chapitre XXI

ETAT DE NAPLES AU MOMENT DE L INVASION DES CALADRES. — PROTES- TATION ET DÉPART DE FRANÇOIS II. — ENTRÉE DE GARIBALDI DANS LA CAPITALE DU ROYAUME.

Le roi François II, depuis le moment où Garibaldi mit le pied dans les Calabres, ne se dissimula pas que l'œuvre de la trahison allait se consommer entièrement. Il ne laissa pas cependant d'agir en ces extrémités, comme il convenait à un prince légitime dans la pleine possession de ses droits. Le 20 août, il décrétait la prorogation des collèges électoraux jusqu'au 30 septembre, et de l'ouverture du parlement jusqu'au 20 octobre. Le lendemain, il protestait, en face de l'Europe, contre les actes d'usurpation commis par Garibaldi en Sicile au détriment de sa souveraineté, et il déclarait ne vouloir reconnaître aucune des conséquences qui suivraient les mesures adoptées dans l'île (i). D'autre part, il concentrait entre Capoue et Gaëte, un corps de troupes qui lui étaient restées les plus fidèles; il formait un camp à Salerne, sous le commandement des généraux Bosco et Barbalonga; il en établissait un troisièmeà Avellino,pourenfermer comme dans un cercle de fer la capitale du royaume. Les soldats n'avaient pas perdu leur courage et paraissaient résolus à se sacritier pour leur souverain, ainsi qu'ils le

(1) V. Celte protestation de François II dans l'Appendice de ce chapitre.

firent en réalité àCapoue et à Gaëte. Mais les sociétés secrètes et l'or du Piémont avaient acheté un grand nombre d'officiers qui avilissaient aux yeux de l'Europe l'armée napolitaine. Le général Pianelli, qui déployait ces jourslà une très-grande activité, donnait des ordres et disposait les troupes de façon à les rendre incapables d'opposer une résistance sérieuse (i). Liborio Piomano, ministre de l'intérieur, se rendait le 22 aot^it, travesti en Garibaldien, à bord du yacht d'Alexandre Dumas, pour y avoir avec lui ei avec Pouget et Muratori un long entretien, destiné à arrêter les moyens qui consommeraient plus vite leur perfidie; puis il cherchait un asile auprès de l'amiral anglais, résolu qu'il était de se jeter dans le parti de l'insurrection, si François II n'avait quitté Naples dans 3 jours (2). Tels étaient les ministres qui devaient l'epousser la révolution et soutenir la monarchie des Bourbons.

La capitale cependant n'offrait plus aucune ai)parence d'ordre. L'état de siège, promulgué pour y maintenir la tranquillité, n'était point observé; lesjournauxgaribaldiens y étaient publiés avec une effronterie sans pareille; on répandait solennellement le portrait du dictateur ; la garde nationale, qui se composait en grande partie d'annexionistes, insistait pour le licenciement des bataillons Bavarois, suivant la proposition de Pianelli et de Liborio : elle protestait qu'elle ne souffrirait pas que, par la faute de ces étrangers, la ville de Naples fût arrosée de sangnational ; elle ajoutait qu'à cette condition seule, elle ferait son devoir

(U Garibaliii était à Naples lorsque les colonnes de Harbalonga occupaient encore les hauteurs de Salernc.

(2) V. les lettres de Pouget et de Mnrntori que nous avons citées plus haut d'après \ huUpeudente de Naples du ôl déc. 1860.

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et garantirait l'ordre public. Plusieurs officiers, surtout de la marine, demandaient leur congé et donnaient leur démission; les employés du gouvernement étaient changés par centaines; tout enfin respirait désordre et confusion. Pourtant, au milieu de cet imbroglio général, loOO bersaglieri piémontais ayant débarqué pour appuyer la révolte, la garde royale les reçut avec un feu si vif qu'elle les obligea de se rembarquer. Cavour cependant ne restait pas inactif; il avait expédié déjà, sur des vaisseaux de la flotte sarde, 3000 hommes, tout prêts à débarquer, pour assurer le triomphe de la révolution sur laquelle il avait si souvent déclaré n'avoir aucune espèce d'influence.

Cependant le jeune monarque qui voyait tout en dissolution et en ruines autour de son trône, ne s'abandonna pas lui-même, et ses sentiments restèrent supérieurs à sa destinée. Il avait supporté avec fermeté d'âme, l'abandon de ses propres parents (\m s'étaient jetés du côté de ses ennemis; il avait noblement repoussé la lâche proposition ([ue lui avait faite le comte de Syracuse, de renoncer au trône et de délier ses sujets du serment de fidélité, comme avait fait la duchesse de Parme (i) ; i)uis, ayant convo([ué ses généraux, il rejetait de même le conseil d'abandonner la capitale, et se rangeait à l'avis de Bosco, qui l'exhortait à demeurer ferme à Naples et à se mettre à la tête de ses troupes; toutefois il assurait au corps diplomatique et aux chefs de la garde nationale qu'il n'ordonnerait jamais un

(I) La lettre «Jii comte Ue Syracuse publiée dans tous les journaux est datée du 24 août. Elle porte le cachet de cette ignoble hypocrisie qui caractérise la politique de Cavour. Ainsi, le comte de Syracuse mettait le comble aux trahisons et aux scandales, dont l'afïligeant spectacle désolait depuis si longtemps le royaume des Deux- Siciles; mais Dieu le frappa de sa main vengeresse et l'appela devant son tribunal pour rendre compte de ses forfaits.

bombardement général de la ville, mais seulement sur les points où se serait engagé le combat (i). Mais ses ministres, soit parce qu'ils voyaient l'œuvre de leurs trahisons accomplie, soit parce qu'ils jugeaient inutile tout ce qu'ils pourraient faire pour prévenir l'écroulement de la monarchie, déposèrent leurs portefeuilles. Le commandeur de Martino lui-même, en l'honnêteté duquel le jeune roi avait mis sa confiance, vint ces jours-là lui offrir la démission de son ministère. Ce dernier coup émut profondément l'âme du monarque, et dans son angoisse il répondit : « Vous m'abandonnez donc tous? » L'accent pénétrant de cette question alla droit au cœur du loyal ministre qui ne trouva pas un seul mot pour insister.

A mesure cependant que le danger de l'Etat paraissait plus imminent, l'indignation des troupes restées fidèles croissait à proportion; le souverain prévoyait donc de quels terribles combats sa belle capitale serait le théâtre, des scènes de sang et d'extermination s'offraient à son esprit; il contemplait d'un regard épouvanté les massacres et les atrocités, dont une soldatesque sans frein et un peuple en révolte allaient, dans leur fureur, désoler la ville, que les étrangers ont appelée le paradis terrestre; à cette vue, le bon roi décidait de tout sacrifier plutôt que de voir ces scènes d'horreur désoler sa ville natale. Le o et le 6 il convoqua ses ministres et ses généraux et, sur l'avis de la majorité, il résolut d'abandonner Naples, En conséquence, à l'exception de 4000 hommes laissés à la garde de la capitale, il ordonnait à toutes ses troupes de marcher du côté de Capoue. C'est là, sur les bords du Volturne, qu'il se propo-

(1) Ce détail est officiel. V. le ilocuiiient n» 2 clans l'appendice de ce chapitre, à la fin du volume.

sait d'écraser l'hydre révolutionnaire pour retourner ensuite dans sa capitale et doter son peuple d'institutions vraiment libérales et civilisatrices. Avant de partir, il publiait la protestation suivante qu'il fit signer par son ministre.

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