‹ Histoire de la Révolution de 1870-71Chapitre 35 sur 59 · LE COMBAT · texte numérisé non relu

LE COMBAT

La lecture de ces simples lignes, tombant brusquement comme un coup de tonnerre sur Paris, produisit aussitôt, chez certains, une exaspération violente. On

ne pouvait croire à une aussi épouvantable nouvelle. Gomme elle était imprévue, on la déclarait controuvée. Le maréchal Bazaine, auquel la France avait confié sa destinée, et qui commandait en ce moment la seule armée aguerrie qui restât à la patrie, ce Bazaine, que les rares extraits des journaux étrangers parvenant aux assiégés à travers les lignes prussiennes, représentaient comme livrant sous Metz de gigantesques combats, était-il donc tombé si bas qu'il complotât avec l'ennemi, devenu quelque chose comme son allié, la perte même de la nation et de son honneur? Il y eut dans Paris comme une explosion de sentiment de justice révolté, outragé. On cria à la calomnie, et, d'un mouvement spontané, quelques-uns allèrent jusqu'à s'en prendre au journal du calomm'ateur. On brûla publiquement sur le boulevard les numéros du Combat, et une note du Journal officiel dénonça le lendemain, maladroitement, Félix Pyat comme une sorte d'agent de l'étranger. La vérité est qu'après avoir débuté par apporter à la Défense nationale l'appui de son talent heurté, bizarre, mais vigoureux, Félix Pyat tombait dans des exagérations dangereuses. Sa souscription pour un fusil d'honneur offert à celui qui tuerait le roi de Prusse rappelait d'un peu trop près son toast fameux à une balle. Ce sont là de ces choses qu'on fait le fusil à la main, dans la loyale mêlée, mais qu'on ne dit pas. Le gouvernement n'en était pas moins essentiellement maladroit en écrivant la note 011 Bazaine était appelé le glorieux et oîi, en parlant du journal de M. Félix Pyat, M. Jules Favre disait : qu'il était (( le Combat des Prussiens contre la France. » C'était donner beau jeu à Félix Pyat, le jour où Paris apprendrait que la nouvelle donnée par lui était vraie.

M. Félix Pyat répliqua en publiant, en tête de son numéro du lendemain, 29 octobre (daté du 30), les lignes suivantes :

« C'est le citoyen Flourens qui m'a dénoncé, pour le

salut du peuple {salus populi, selon sa propre expression), le plan Bazaine, et qui m'a dit le tenir directement du citoyen Rochefort, membre du gouvernement provisoire de la Défense nationale.

« FÉLIX PTAT. E>

Et Gustave Flourens apportait bientôt, à son tour, son témoignage:

29 octobre 1870.

« Mon cher Pyat,

« Le salut du peuple exige, en effet, qu'une pareille nouvelle soit immédiatement connue de tous, et ce serait honte et trahison que de la cacher un moment.

« C'est au gouvernement de la Défense nationale à établir que cette déplorable nouvelle est inexacte.

« Quant à moi, je n'ai à prouver ni qu'elle est fausse, ni qu'elle est vraie.

« Je maintiens seulem ent la tenir d'un citoyen attaché au gouvernement de la défense nationale, et j'affirme que ce citoyen n'est pas le citoyen Henri Rochefort, que Je n'ai pas vu depuis plusieurs jours.

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