‹ Histoire de la Révolution de 1870-71Chapitre 42 sur 59 · LE CRIME DE BAZEILLES LETTRE DU GÉNÉRAL VON DER TANN · texte numérisé non relu

LE CRIME DE BAZEILLES LETTRE DU GÉNÉRAL VON DER TANN

VAllegemeine Zeitung (Augsbourg) a publié la lettre suivante écrite par le général bavarois von der Tann au sujet de l'incendie de Bazeilles :

Les troupes du \" corps d'armée bavaroise et la 8* division d'infanterie prussienne ont été accusées dans les journaux, — notamment dans le Times du 15 septembre 1870, par la publication d'une lettre du duc de Fitz-James, datée du 12 septembre, — d'avoir agi, dans le combat de Bazeilles, le l^' septembre, avec une injustifiable cruauté envers les habitants dudit lieu.

Les Bavarois et les Prussiens, a-t-on dit, pour punir ces habitants d'avoir pris part à la défense, auraient brûlé le village; des gardes nationaux de l'endroit seraient tombés en grande partie dans la lutte ; la population, s'étant réfugiée dans les caves, y aurait été brûlée tout entière, femmes et enfants.

Des 2.000 habitants, 300 à peine auraient survécu, lesquels racontaient que les Bavarois avaient repoussé des familles entières dans les flammes et fusillé des femmes qui cherchaient à s'enfuir.

Pour ne pas opposer de simples affirmations à des accusations de cette sorte, et pour pouvoir prouver leur fausseté par des pièces authentiques, je n'ai pas répondu pendant la guerre ; mais après la conclusion de la paix, j'ai pu, par l'entremise du commissaire civil allemand, obtenir des autorités françaises, nommément de M. Bellomet, maire de Bazeilles, un rapport détaillé et nominatif sur tous les habitants de cette localité qui ont été victimes des combats des 31 août et 1^' septembre.

D'après ce rapport officiel, le nombre total des morts, blessés ou gens disparus, parmi la population de Bazeilles, est de 33, sur lesquels ont été brûlés ou étoufi'és : 2 femmes alitées, 3 hommes et 3 enfants; pendant les deux jours de combat, ont été tués, blessés ou ont disparu ; 4 femme et 30 hommes, entout 39 personnes.

La plus grande partie du village devint la proie des flammes par suite de la cannonade dirigée sur ce point des deux côtés pendant deux jours, et du meurtrier combat de rues et de maisons soutenu six heures durant contre le 12° corps français, notamment contre la division d'infanterie de marine, combat dans lequel mon corps perdit 2.000 hommes tués ou blessés.

Ces chiffres parlent; je puis m'épargner des paroles de rectification, et je me bornerai à exprimer le vœu que tous ceux qui, en écoutant des exagérations explicables par l'effroi du moment, se sont laissé entraîner à d'injustes accusations, prouvent leurs sympathies aux malheureux habitants de Bazeilles par de généreux secours, car le maire, M. Bellomet, ajoute à son rapport que, depuis la bataille, sur 2.048 habitants, 140 à 150 sont morts de maladie, par suite de dénùment et de misère.

Nancy, le 20 juin 1871.

Baron von der Tann.

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