‹ Histoire de la Révolution de 1870-71Chapitre 43 sur 59 · REPONSE BE M. L ABBE DOMENECH · texte numérisé non relu

REPONSE BE M. L ABBE DOMENECH

Paris, le 21 juillet 1871.

Monsieur le directeur.

Le général von der Tann a publié dans VAllegemeine Zeitung (d'Augsbourg) une lettre reproduite par plusieurs journaux, et dont il est du devoir, dans l'intérêt de la vérité historique, de relever l'inexactitude et même la mauvaise foi.

M. le commandant Lambert, chargé le 31 août au soir, par le général de Vassoigne, d'occuper Bazeilles et de mettre ce village en état de défense, se prépare à réfuter la lettre du géaéral von der Tann, dans laquelle on lit le passage suivant:

« La plus grande partie devint la proie des ilammes, par suite de la canonnade dirigée sur ce point des deux côtés pendant deux jours, et du meurtrier combat de rues et de maisons soutenu six heures durant contre le 12° corps d'armée française, notamment contre la division d'infanterie de iiiarine, combat dans lequel mon corps perdit 2.000 hommes tués ou blessés. »

Le matin, à quatre heures vingt, le commandant Lambert fut attaqué par l'ennemi, qui, pendant toute la nuit, avait passé la Meuse sur deux ponts de bateaux.

Après avoir défendu le village, maison par maison, le commandant Lambert fut pris dans la dernière, quand il n'eut plus de cartouches pour prolonger la défense.

M. von der Tann ne récusera pas le témoignage de ce commandant, qui lui fut amené, devant le prince royal de Saxe, le i^' septembre, à trois heures du soir, et dont il n'a certes oublié ni Je souvenir, ni ce que lui avait coûté l'héroïsme de cet officier et de ses braves soldats.

Le commandant Lambert, n'oubliant pas que nous avons encore bien des prisonniers en Allemagne qui sont plus que jamais maltraités, depuis qu'ils n'ont plus leurs officiers pour les défendre, attend leur délivrance pour publier un récit des atrocités commises à Bazeilles par les Bavarois, et pour dévoiler l'astuce et le mensonge qui régnent dans toute la lettre du général von der Tann.

En attendant cette publication, et sans faire aucun cas des complaisances plus ou moins volontaires de M. Bellomet, maire de Bazeilles, comme des assertions du commissaire allemand, je me contenterai de prier M. vun der Tann de parcourir VIllustrirte Kriegs-Chronick (Chronique illustrée de la guerre), imprimée à Leipzig : il y trouvera, page 173, un dessin allemand représentant une vue de Bazeilles et quantité d'habitants attachés et fusillés dans les rues. Dans une autre livraison de ce journal, il verra des Bavarois poursuivant des femmes et des enfants et les tuant comme des bêtes fauves. En outre, je le prierai d'aller à l'hôpital d'Ingolstadt: il y trouvera un officier Bavarois devenu fou à la suite des horreurs qu'il a vu commettre à Bazeilles par ses compagnons d'armes.

Non-seulement je maintiens tout ce que je dis dans mon Uistoirc delà campagne de 1870-71, relativement à l'incendie de Bazeilles et aux pertes énormes subies par les Bavarois dans ce village, mais je puis affirmer que le général von der Tann sait pertinemment que sa lettre est un chef-d'œuvre de duplicité. En effet, n'est-ce point lui, son état-major, la musique et un bataillon de la garde royale qui formaient le cortège des officiers que j'ai enterrés à Bazeilles? N'ont-ils pas tous vu comme moi, en traversant les rues de ce village, les Bavarois mettre le feu, dans la matinée du 2 septembre, à la mairie, aux usines et aux maisons qui n'étaient point encore brûlées? N'ont-ils pas tous vu comme moi, dans cette même matinée, les groupes d'hommes, de femmes et de soldats qu'on allait fusiller du côté de la Meuse e* de Remilly ?

Dans la quatrième édition que je prépare de mon livre, j'espère citer les noms des seize soldats de l'infanterie de marine qui ont été fusillés avec le lieutenant Vatrin et le sous-lieutenant Chevalier, qui s'étaient rendus après avoir épuisé leurs munitions et ne pouvant plus se battre.

Je citerai bien d'autres assassinats de ce genre, et si le général tâche de se laver les mains de tout le sang répandu en dehors des lois de la guei're, je lui dirai :

« Général, mettez des gants, car le sang restera sur vos mains, comme il reste sur votre conscience, si vous en avez une. w

EMMANUEL DOMENECH,

Aumônier de la 2^ ambulance, 12e corps d'armée.

REPONSE d'un ARDENNAIS AU GENERAL VON DER TANN

Monsieur,

Vous savez qu'après l'incendie de Ba^ieilles, des souscriptions furent organisées au mois de septembre par M. de Fitz-James et quelques généreux Anglais. Peut-être vous souviendrezvous aussi que ces mêmes souscriptions furent interdites par vous ou par vos subordonnés ? Voici, du reste, à l'appui de ce fait, une pièce officielle émanant de l'état-major prussien, pièce qui fut affichée dans la ville de Sedan. On y verra en même temps que Bazeilles fut détruit, non par les obus, mai? par suite d'une sentence exécutée en vertu des droits de la guerre.

m Sedan, 29 septembre 1870.

« J'ai appris qu'à la Croix-d'Or et dans d'autres hitels, on fait coi\er l'affiche ci-jointe pour quêter en faveur des pauvres de Bazeilles :

« Subscritions are respectfully solicited in and of destitude inhabitants of Bazeilles.

V. Je vois dans cet acte un blâme et une fausse interprétation

de la SENTENCE EXÉCUTÉE CONTRE CE VILLAGE EN VERTU DES DROITS DE LA GUERRE.

« Cela ne peut être toléré, surtout de la part d'étrangers qui se permettent de juger la manière d'agir des troupes allemandes et qui, en outre, font fabriquer encore aujourd'hui des armes et des munitions contre nous.

« Que ces grippe-sous (groschen-putzer) agissent dans leur pays comme ils 1 entendent; je crois qu'il est dans notre intérêt d'arrêter ces messieurs et de les renvoyer chez eux.

« RICHARD GŒLCH. >»

« Le commissaire de police veillera à ce qu'aucune souscription ne soit faite dans la ville sans l'autorisation de M. le commandant de la place. Les pièces ci-jointes devront être renvoyées de suite avec une attestation de M. le commissaire de police constatant qu'il en a été pris connaissance.

u Sedan, 29 septembre 1871.

« Le commissaire civil,

« STRENGE. »

Cette pièce officielle contient, comme vous voyez, généra! von der Tann, un démenti assez catégorique à vos allégations.

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