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Outre le profond resseatiment qu'il gardait contre GranveJle depuis le procès de Quictet, Simon Reoard était plus jaloux que tout autre du pouvoir exercé par cdui qu'il considérait comme ^son plus grand ennemi. Il faisait remonter son mécontentement jusqu'au roi qui, à son départ des Pays-Bas, ne l'y avait laissé <|ue comme simple conseiller d'État, taindis qu'il s'attendait à voir ;ees longs services mieux rédompensés. Excités par cet esprit entreprenant, et plein de ressources , les principaux seigneurs épousèrent sa querelle et subirent plus d'une fois son influence dans leur lutta contre le puissant cardinal.
L'état de gène, dans lequel se trouvait ta plus grande partie de la noblesse, ne la prédisposait que trop à la désaffection et à des arrière-pensées défavorables au maintien de l'ordre de choses établi par Philippe II. Pour soutenir leur dignité, égaler la pompe castillanne et suivre leur souverain dans ses voyages incessants et ses expéditions lointaines, les grands seigneurs et la plupart des nobles des Pays-Bas s'étaient jetés, pendant le règne de Cbar4e8*Quint, dans des dépenses énormes qui avaient considérablement amoindri leurs revenus. Se souvenant de la splendeur que leurs pères avaient déployée sous les anciens princes de la maison de Bourgogne, ils n'avaient point voulu que les grands d'Espagne, considérés par eux comme des rivaux, les éclipsassent par la magnificence des habits et des armes, la quantité des serviteurs et des suivants, le nombre et l'équipage des clievaux. Ils avaient soutenu une lutte d'honneur, quoique, en général, ils fussent moins riches que les Espagnols ' .
' L'aml^assadear vénitioo, Mariuo Gavalli, exposait en 4554 que les seigneurs' des Pays-Bas dépefisaient tout leur revenu et même davantage, de sorte quMlssr trouvaient ioi^ours dans la gône et obligés de prendre de Target ^ usjufe de^ oiarcbands d'Anvers, qui étaient autorisés à leur prêter à 42 p. o/o par an. Ce goût pour la dépense était ancien. Déjà, en 4506, UD autre ambassadeur de Venise s'exprimait en ces termes : « Les sei-
Les hAtels des principaux seigneurs des Pays-Bas étaient constamment ouverts à la noblesse inférieure, dans laquelle ils recrutaient leurs clients. Le prince d'Orange menait à sa suite des . comtes, des barons et beaucoup d'autres gentilshommes d'Allemagne; il défrayait les ambassadeurs étrangers et voyageait avec un luxe inouï. Aussi confessa-t-il à la reine douairière de Hongrie, avant le départ de celle-ci pour l'Espagne, que ses dettes s'élevaient à 800,000 florins. Sa dépense s'accrut encore « pour gagner crédit et gens , » selon Granvelle : en 4563, ce dernier avertissait le roi que Guillaume de Nassau devait pour le moins 900,000 florins en capital '• La même année, le comte Louis de Nassau, dressant à Dillenbourg le bilan de sa maison par rapport à ses possessions d'Allemagne, trouvait qu'elle devait 300,000 florins de Francfort; il mandait à son frère que plusieurs de leurs gens, ayant entièrement perdu confiance en eux, voulaient les quitter; enfin que, s'ils avaient encore attendu deux ans pour mettre ordre à leurs affaires, le gouffre "se serait tant élargi qu'il aurait fallu peut-être un demi-siècle pour le combler \ Dans son Apologie, Guillaume de Nassau prétendit que ses dettes provenaient « des grandes dépenses faictes tant pour le service de Tempereur que du roy. ^ 11 convient de tenir compte de cette déclaration ainsi que de l'insuffisance constatée des émoluments qui étaient alloués au prince d'Orange, soit comme général, soit comme ambassadeur. La plupart des autres seigneurs luttaient également contre de graves embarras. Le comte d'Ëgmont se plaignait d'avoir des milliers de florins de
gneurs vivent magnifiquement daiis leurs maisons et dépensent plus qu'ils u*ont de rentes. Cest surtout le boire et le manger qui leur coûtent, car ils tiennent table ouverte pour les gentiisbommes du prince. •
» Strada, lib. n. — Correspondance de Philippe II, 1. 1*', passim. — Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VII, p. 54.
' Archives de la maison d'Orange-Nassau, 1. 1", p. U9.
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dettes '. La situation pécuniaire du comte de Homes était encore moins satisfaisante. Déjà, en i5Si, Georges d*Autnche, évéquc de Liège, avait autorisé ce seigneur à engager le comté de Horncs pour une somme assez considérable. Il avait, disait-il plus tard, sacrifié sa fortune au service du roi et du pays ; et, pour subvenir aux dépenses nécessitées par les fonctions dont il était chargé, il n'avait pas seulement dépensé ses revenus, mais avait été obligé de vendre de son bien patrimonial pour plus de trois cent mille écus '. Quant aux simples gentilshommes, soit par le luxe qu'ils voulaient déployer à l'imitation des grands, soit par les emplois gratuits qu'ils avaient acceptés pendant la guerre, ils se trouvaient presque tous dans la situation la plus critique. Aussi la nouvelle du départ du roi avait-elle excité un sourd mécontentement parmi cette noblesse endettée. L'absence du souverain devait priver les gentilshommes des avantages dont ils avaient joui sous le gouvernement de lempereur, lorsque la noblesse belge avait le premier titre aux faveurs de Charles- Quint. Qu'allaient-ils devenir sous une administration, qu'ils supposaient leur être hostile? Leurs revenus étaient consumés d'avance par les intérêts qu'ils devaient aux marchands. Ceuxci, devenus les compagnons des nobles, faisaient aussi des dé-
» Correspondance de Philippe H, t. I", p. 332.
' ViLLEHFAGNE, Reckerchcs sur l'ancienne principauté de Liège, t. Ur^ p. 489 ; La déduction de Vinnocence de messire Philippe^ baron de Montmorency, comte de Homes, franc seigneur de Weert, etc., (4 vol. petit in-8^, imprimé au mois de septembre 4568), p. 6 ; et Supplément à Strada, t. I, p. 472, et t. II, p. 505. Dans une requête au roi du 20 novembre 4566, lo comte exposait que non-seulement il avait vendu et engagé do son bien pour plus de 300,000 écus, mais quMl venait d'être contraint de vendre une partie de sa vaisselle. 11 ajoutait , dans sa Défense personnelle, que , vers cette époque, son crédit était tellement abaissé qu*il n'aurait pu trouver, en tout Anvers, cent écus à intérêt.
penses énormes pour égaler et même surpasser ceux qui étaient à la fois leurs clients et leurs protecteurs ; les seigneurs fréqiien* taient les banquets et les maisons des marchands, parce que c'était par leur entremise qulls obtenaient l'argent nécessaire à leurs dépenses $ ils manifestaient, du reste, leur gratitude en favorisant l'intrusion dips marchands dans la gestion des finances publiques. Pour recouvrer leur première dignité, \^ plupart des nobles eussent désiré un changement dans l'administration géné^ raie ; ils cherchaient un moyen de s'affranchir de l'autorité de la justice pour ne pas être forcés de payer leurs dettes ; enfin, ils attendaient le moindre signal d'une sédition, prêts à se jeter en foule de c6té ou d'autre, selon que l'espérance ou le désespoir leur conseillerait de prendre parti '.
Les dangers, qui résultaient de cette situation critique de la noblesse, n'avaient point échappé à la perspicacité de Granvelle. Il déclarait à Philippe II que, s'il avait fallu deux millions pour libérer les nobles, il lui aurait conseillé de les donn^, n'eût été la crainte qu'ils continuassent leurs énormes dépenses. Dans la dernière caoïpagoe, les seigneurs avaient acheté des simples soldats, les prisonniers de marque pour en tirer des rançons plus fortes ; ces captures avaient effectivement rapporté plus de deux millions, qui, malheureusement, n'avaient été qu'un stimulant pour des dépenses nouvelles et plus considérables. Cependant Philippe IL avait eu égard aux services que la haute noblesse des Pays-Bas lui avait rendus dans la guerre contre la France. Avant son départ, il avait accordé au comte d'Egmont une promesse de mercède delSO,000 écus \ au prince d'Orange, une de 40,000 . au maquis de Berghes, au seigneur de Glayon, au comte de
I Grotius, Annales et hiêtoriœ de f^btis belgicis, l\\>, 1. — Fdtrausd un Mémoire de GiAiiVBixfi sur les sources et causes des troubles des Pays- Bas dans les Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. I, p. 37.