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thie que lear séjour soulevait, les vétérans de Charles-Quint se conduisirent avec brutalité. Ils obligèrent les fermiers à se mettre à leur disposition pour charrier leurs bagages et leurs concubines ' et, sur toute leur route, il se firent largement traiter aux dépens de leurs hôtes. Ces faits ayant été portés à la connaissance de la gouvernante, elle enjoignit à don Juan de Mendoça et à Julian Romero, lieutenants des princes d'Orange et de Gavre sur la dite infanterie espagnole, de veiller à ce que celle-ci, pendant son séjour en Zélande, se comportât honnêtement et sans fouler les manants et autres habitants de cette province. Adolphe de Bourgogne, seigneur de Wacken, grand bailli de Gand, gouverneur de Zélande et vice-^amiral de la mer de Flandre ', fut chaîné de la direction supérieure de tout ce qui se rattachait à l'embarquement.
Vers le 40 octobre, les soldats espagnols furent réunis dans nie de Walcheren. Ceux de Mendoça se comportaient assez bien ; mais il n'en était pas de même des quatre enseignes du capitaine Julian Romero, arrivées les dernières ; on les accusait d'enlever le bétail et même d'avoir tué une femme enceinte. Du reste, les uns et les autres refusaient de partir s'ils n'étaient payés. Le 16 octobre, la gouvernante écrivit au S' de Wacken qu'elle avait envoyé en Zélande le trésorier de guerre avec l'argent nécessaire* pou r faire aux soldats la paye du mois ; elle désirait qu'ils s'embarquassent ensuite dès que le temps serait favorable ^ Mais ce départ tant désiré allait être encore ajourné par une circonstance imprévue.
Informé du caractère et de la gravité des événements qui se
t « Cette soldatesque était chargée de femmes et d*cnfants, à la mode de leur nation en ce temps-là. • Vander Vynckt, t. I, p. H3.
' 11 descendait d'Antoine de Bourgogne, l*un des nombreux fils naturels de Philippe le Bon.
• Doeumenis historiques (Archives du royaume), t. X!.— On y trouve toute la correspondance relative au séjour et au départ des troupes espagnoles.
359 LBS PAYS-BAS SOUS PHIf^IPPE II.
passaient en France, Philippe revint sur sa première résolution et se décida à soutenir les Guises contre leurs adversaires. Il en était vivement pressé, disaitril, par l'ambassadeur de France qui aurait même voulu savoir sur quelles forces son maître pouvait compter ; il lui avait répondu qu'il était disposé à donner assistance de tout son pouvoir, même jusqu'à y employer sa personne. Avant de spécifier néanmoins l'assistance qu'il prêterait à François II, il demandait l'avis de la duchesse de Parme, mais en l'avertissant de sa main, au bas de la dépêche, qu'il doutait si sa réponse pourrait lui parvenir à temps, à cause des instances de Tambas- .sadeur français. Dès que les lettres du roi eurent été déchiffrées, la duchesse les communiqua au conseil d'État. L'ayisdu conseil fut contraire à toute intervention et surtout à une prolongation du séjour des troupes espagnoles dans les Pays-Bas. Après avoir cherché à mettre le roi en garde contre l'ambition française, qui avait toujours poursuivi la ruine de la maison d'Autriche, soit en l'attaquant ouvertement, soit en cherchant à rafiaiblir par les graves embarras et les dépenses excessives qu'elle lui occasionnait, la duchesse résumait en ces termes lavis de ses conseillers* « On ne peut engager V. H. à dégarnir la frontière sous couleur « de religion, car ce serait mettre celle-ci en péril dans les Pays- « Bas ; ce serait irriter les Allemands qui pourraient envahir « ces provinces. V. M. a d'ailleurs besoin de l'assistance des « états , et ceux-ci ne consentiront point que l'argent accordé «i pour l'entretien de l'infanterie préposée à la garde des frontières «( soit détourné de sa destination, surtout pour aider le roi de « France. Enfin , il semble impossible de subvenir à l'entretien te des Espagnols dans les Pays-Bas jusqu'à ce qu'il plaise au roi « de France de les employer, car l'hiver va survenir, il n*y aura « plus moyen de les embarquer, et les états persistent dans le dé- K sir de les voir s'éloigner, conformément à la promesse royale. » Cette lettre, datée de Bruxelles le 7 octobre , se croisa avec une
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dépêche signée par Philippe 11 le 5, et dans laquelle il prévenait la duchesse de Parme qoB, se rendant aux sollicitations pressantes et réitérées de Tambassadeur de France^ il avait décidé que, au besoin, il assisterait François II de trois mille hommes des Pays-Bas et d'un certain nombre de gens d'armes ; qu'il destinait au même usage les soldats espagnols , moins encore pour com-^ plaire à Tambassadeur français, que pour parer à des éventualités qui pourraient menacer les Vays-Bas, Il ordonnait, en consé* qucnce, à la gouvernante de retarder encore le départ de ces bandes , jusqu'à ce que les troubles de France eussent cessé. Il s'engageait à tenir alors sa promesse antérieure. Il recommandait aussi à la régente et à ses ministres de bien expliquer aux opposants le motif de ce retard et qu'il fallait faire de nécessité vertu ; il promettait enfin d'envoyer les fonds nécessaires pour acquitter tout ce qui serait àt aux Espagnols lors de leur embarquement '. La gouvernante, qui voyait des difficultés insurmontables dans le retour des Espagnols de la Zélande, communiqua d'abord l'ordre du roi à la Consulte '. Granvelle, partageant l'avis de la régente, était également convaincu que Ton ne pourrait lutter plus longtemps contre l'obstination des états ; la nation voyant dans le séjour des soldats espagnols une menace contre sa liberté, les retenir plus longtemps ce serait , disait-il , mettre les Pays* Bas dans un danger manifeste de soulèvement. Telles furent du moins les convictions qu'il exprimait alors à Gonçalo Ferez, tan* dis que, au mois de mars précédent , il manifestait à Philippe II la peine bien profonde que lui causait le départ de l'infanterie espagnole, cause d'allégresse générale pour les Belg&s '. Après
> Documents hiêtoriques, (Archives du royaume) t. XI. ' Strada, lib. III.
■ Archives de ta maison d'Orange-Nassav, t. I, p. 64.— Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VI. p. 24.
â60 LES PAYS-BAS SOCS PHILfPPE II.
avoir pris l'avis de la Consulte, la gouvernante communiqua Tordre du roi au conseil d'État, le 25 octobre, dans une séance à laquelle assistaient le prince d'Orange, Tévéque d'Arras, le seigneur de Berlay mont , le S' de Glayon et le . président Viglius. Tous furent d'avis que le départ des Espagnols était indispensable et urgent. Granvelle opina avec le plus de force et exprima hautement la pensée que la défense des Pays-Bas devait être confiée au patriotisme des nationaux ' . Du reste , il s'empressa d'écrire au roi , le 28 octobre, qu'on avait tenté toutes les voies humainement possibles pour conserver les troupes espagnoles ; mais enfin qu'il ne voyait plus nul expédient ni moyen par lequel , sans mettre les Pays-Bas en péril manifeste de révolte subite, on pût différa leur départ, si la saison le permettait. Il ajoutait que les princes d'Orange et de Gavre déclaraient hautement que quand même ils auraient la meilleure volonté du monde de servir le roi en cette affaire, en gardant encore le commandement des Espagnols, ils n'oseraient Tentreprendre pour le cas où ces troupes reviendraient de Zélande ; et que, dans ce cas aussi, la première chose que feraient les villes fortes serait de- fermer leurs portes et de désobéir à la gouvernante '. Ces raisons fuirent également développées dans une lettre particulière de la duchesse de Parme, qui s'était fermement ralliée à l'avis du conseil d'État ^ Elle n'ignorait point que les assemblées provinciales étaient bien décidées à ne point voter de nouveaux subsides avant que le départ des soldats étrangers se fût effectué. Elle savait aussi que les Zélandais, furieux des désordres commis par les Espagnols, avaient déclaré qu'ils ne répareraient pas leurs digues et se lais-
' Voir le procès-verbal de cette séance, dans la Collection de$ documents inédits, t. I«r, p. 33.
' Correspondance de PhiUppe II, t. I, pp. 492 et 493. ' Strada, lib. III.
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seraient engloutir par i*Océan si les bandes étrangères sortaient des vaisseaux où elles avalent été embarquées '.
Le 29 novembre, don Juan de Mendoça et Julian Romero, partis d'Anvers avec l'état-major, vinrent rejoindre leurs soldats. Le BOy la gouvernante donna itérativement aux deux capitaines l'ordre formel de partir et de profiter du vent favorable v Les vaisseaux qui emportaient les vieilles bandes de €harIes-Quint s'éloignèrent enfin d'un pays qui les rejetait et se dirigèrent vers les royaumes de Naples et de Sicile.
Philippe II, très-contrarié d'une mesure qui lui était en quelque sorte arrachée ', veilla à ce que le départ des troupes espagnoles ne servît à étendre l'autorité de la noblesse des Pays-
1 Ces appréhensions étaient confirmées par Granvelle dans une nouvelle dépèche qu*U adressa au roi le 26 novembre 4560. • Le départ prochain des troupes espagnoles, disait-il en substance, devient de plus en plus nécessaire. Une collision a eu lieu dernièrement à Flessingue entre elles et les habitants, et, si elle n'eût été comprimée à temps par la prudence des chefs, elle aurait pu devenir le signal d*un soulèvement universel. Encore une fois, ces troupes ne peuvent demeurer davantage ; elles sont en nombre insuffisant pour maintenir Tordre si quelqu'un voulait le troubler, et d'ailleurs les populations les repoussent d'une voix unanime. >> Paffiers d'État du cardinal de Granvelie, t. VI, p. 206. — Fotr aussi, dans les Archives de la maison d* Orange-Nassau, t. l«r, p. 235 et suiv., une lettre écrite par Granvelle au secrétaire Bave, le 48 avril 4564. il y explique toute sa conduite en cette circonstance ; et, pour donner une nouvelle preuve qu*il n'avait jamais voulu soumettre les Pays-Bas aux Espagnols, il rappelait que lors du siège de Metz, sous Charles-Quint, il s*opposa au {MTQjet d'entretenir douze miUe soldats de cette nation dans les provinces belges.
' Documents historiques (Archives du royaume), t. XI.
' 11 écrivait à Granvelle, le 27 septembre 4560, que le départ des troupes espagnoles le contrariait, surtout parce que, selon ses prévisions, il deviendrait le signal de plus grands désordres en matière de religion. Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t, VI, p. 450.
36â LES PAYS*BAS SOUS PHILIPPE li.
Bas; la gouvernante reçut l'ordre d'empêcher que les grands n'eussent le commandement effectif de l'infanterie nationale. Alors, sous prétexte de réorganiser la milice, Marguerite de Parme remit en vigueur une ancienne coutume que Ton observait dans les Pays* Bas, durant l'administration de la reine Marie de Hongrie, Elle se réserva exclusivement la nomination des capitaines, sans vouloir admettre aucune présentation, s'imaginant qu'elle tiendrait plus aisément dans l'obéissance les cheCs de la milice quand ilsdépen^ draient d'elle seule. D'autre part, comme la chaîne de mestre de camp était ordinairement exercée par des nobles, elle la supprima et subordonna hiérarchiquement les capitaines des compagnies aux gouverneurs des villes, qui dépendaient du pouvoir royal, libre de les maintenir ou de les révoquer. Ces mesures, quoique blessantes pour la noblesse , ne devaient point altérer sensiblement son influence militaire. Il eût fallu, pour atteindre ce but, remplacer les bandes espagnoles par d'autres troupes étrangères ^
Mais l'attention se portait alors sur Térection des nouveaux êvéchés. Plus que le séjour des troupes espagnoles , l'exécution delabulledePaullV, bien qu'elle offrit des avantages incontestables, devait émouvoir les esprits, augmenter les divisions, et contribuer à fortifier un antagonisme, qui avait pris racine depuis le changement de règne.
En recevant en Zélande les bulles d'érection des nouveaux évéchés , Philippe II s'empressa d'ordonner la mise à exécution do cette grave mesure et chargea de ce soin l'évéque d'Ârras, Viglius, Philippe Nigri de Bologne, doyen de l'église de Ste-Gudule à Bruxelles, Pierre Gurtius, curé de l'église de St-Pierre à Louvain, et le protonotaire François Sonnius, qui avait été à Rome le confident du roi.
Donnant une grande extension aux plans formés sous le règne
1 Stuada, lib. m.