LIVRE VII
Tudor et Elisabeth. — Genève sous Calvio ; caractère inexoraMe de ce réformaleur. — Philippe II, à mn avènement, confirme les édits de son père contre Thèrésie et ordonne de les exécuter rigoureusement. — Rc- I)ugnance manifestée par quelques seigneurs principaux. ~ Changement dans les dispositions des esprits. — Influence croissante des nouvelles doctrines religieuses.— Philippe II ne tient pas compte de ces changements profonds. — Causes particulières des progrès irrésistibles des nouvelles doctrines dans les Pays-Bas.— Premières manifestât ions des religionnaires à Tournai et à Valenciennes , en 4564 et en 4563; conduite du marquis de Berghes et du baron de Montigny. — Premier prêche t«nu dans la West -Flandre en 4562. — Réunions de sectaires dans le bois de Linthout, près de Bruxelles. — Philippe 11 oppose les jésuites aux missionnaires de Genève. — Espionnage organisé dans les Pays-Bas, — Plus de dix-huit mille réfugiés en Angleterre
Pendant que Charles-Quint et François I"' se disputaient la suprématie politique de rOccidenl, la Réformation, préparée par les novateurs du xv« siècle et proclamée par Martin Luther, commençait à ébranler le monde chrétien. Plus prévoyant que Léon X, qui n'avait vu qu'une querelle de moines dans les thèses redoutables soutenues par le professeur de Wittemberg contre les dominicains chargés de la propagation des indulgences, Charles-Quint signala son avènement au trône impérial par une manifestation éclatante contre les opinions nouvelles. Luther, cité devant la diète de Worms, fut déclaré criminel endurci et mis au ban de l'Empire. Mats Charles, en respectant scrupuleusement le sauf-conduit qu'il avait accordé au chef de la Réformation, donna le temps à l'électeur de Saxe de le mettre à l'abri de toute violence el de rendre vaines les mesures prises par la diète.
Lorsque trente-sept ans après, Charles-Quint, retiré au nin-
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nastère de Yuste, constatait rinsuccès de la lutte si longue qu il avait dû soutenir contre les adhérents du moine de Wittemberg, lorsqu'il considérait que la réforme, déjà dominante dans plusieurs États, faisait chaque jour encore de nouveaux progrès, il regretta amèrement que sa prévoyance eût été complètement déjouée en 1524. Sa douleur, son amertume étaient extrêmes; il alla jusqu'à se reprocher d'avoir été observateur religieux de sa parole. «Je commis une faute, disait-il, en ne faisant pas tuer Luther ; je pensai, à tort, que je remédierais à l'hérésie par (Fautres moyens • . »
Ces moyens étaient des édits terribles contre les sectateurs de Luther. Paralysées en Allemagne par l'appui que des princes puissants donnaient aux nouvelles doctrines, les mesures sévères de Charles-Quint eurent des conséquences tout autres dans les Pays-Bas où la même résistance ne leur fut pas opposée. Il importe de remonter jusqu'à l'origine de ces mesures répressives, car elles expliquent la marche suivie plus tard par Philippe II dans l'extirpation de l'hérésie.
La diète de Worms s'était tenue au mois de janvier 1521. Le 8 mai fut promulgué, dans les Pays-Bas, le premier placard contre les doctrines luthériennes. Cet édit défendait strictement de publier aucun livre qui ferait mention de l'Écriture sainte, ou qui contiendrait l'explication de quelque passage de la Bible, s;ins en avoir l'autorisation de l'autorité compétente. Des peines sévères étaient comminées contre ceux qui enfreindraient cette défense ou qui partageraient les erreurs de Maiiin Luther.
Pour les châtier plus promptement et plus sûrement, l'empereur eut recours à des moyens extraordinaires et nouveaux. Jusqu'alors les souverains des Pays-Bas n'avaient point institué
' Ces regrets ont été rapportés par fray Martin de Anpulo, prieur du monastère de Yiisle. Voir ci-dessus p. 98.
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des inquisiteurs de la foi ni publié des mandements spéciaux concernant la religion : si Ton jugeait nécessaire de procéder contre des hérétiques, on avait recours aux inquisiteurs de Paris pour les provinces de langue française ou wallonne, et à ceux de Cologne pour les provinces de langue flamande * . Or, Charles- Quint délégua expressément François Vander Huist, conseiller au conseil de Brabant, pour rechercher tous ceux qui seraient infectés du venin de l'hérésie et les châtier, ainsi que lui-même en personne pourrait le faire. Plein pouvoir lui fut donné pour citer, arrêter et emprisonner les hérétiques; faire saisir et inventorier leurs biens; procéder contre eux par inquisition, par dénonciation, et même par la torture, Taffranchissant au besoin de Tobservation des f3rmes ordinaires. Le délégué de Charles-Quint avait également le droit de bannir à perpétuité, ou à temps, soit de toutes, soit de quelques-unes des provinces des Pays-Bas ; de prononcer, lorsqu'il y aurait Heu, la confiscation de corps et de biens ; enfin, de faire exécuter ses sentences qui seraient sans appel et définitives, après qu'il se serait concerté avec le président du grand conseil de Halines. De son côté-, le pape Adrien VI étendit encore les pouvoirs du commissaire spécial de Charles- Quint en le nommant à son tour, quoique laïc, inquisiteur général dans le duché de Brabant, les comtés de Flandre, de Hollande, de Zélande, de Hainaut et d'Artois, ainsi que dans tous les auties lieux de la Basse-Allemagne qui se trouvaient soumis à la domination de l'empereur. Les membres du clergé, les dignitaires ecclésiastiques eux-mêmes , jusqu'au rang d'évêquo exclusivement, pouvaient être poursuivis et condamnés par lui; mais s'il s'agissait de prononcer leur dégradation, il devait réclamer la coopération d'un évéquc cl de deux abbés ou prieurs. Le papo déclarait expressément qu'il riPHtendait pas que crUo commis-
' Mémorial ([o lîorpEnrs, U* partie, rbap. IX.
sion portât le moindre préjudice aux droits qu'avaient les évéques d'exercer eux-mêmes l'inquisition contre l'hérésie dans leurs diocèses respectifs '.
Ce fut dans l'ordre, auquel il avait appartenu , que Luther trouva en Belgique ses premiers adhérents. Enflammés par les écrits du professeur de Wittemberg, les augustins d'Anvers protestèrent à leur tour contre l'abus qui était fait des indulgences dans cette ville même. Elles avaient été affermées à des marchands italiens, el ceux-ci, pour réaliser de plus grands bénéfices, avaient recours aux prédicateurs les plus éloquents. Scandalisés de cet abus , jaloux peut-être aussi de la préférence donnée à d'autres, excités enfin par l'exemple des augustins d'Allemagne, ceux d'Anvers s'élevèrent vivement contre le trafic des indulgences, et leurs prédications hardies attirèrent un telle afflueace de monde dans leur église qu'ils furent obligés d'établir des galeries supérieures, afin de placer les auditeurs qui ne pouvaient trouver place dans la nef. Cependant le gouvernement ne tarda point à s'émouvoir et à faire exécuter les placards. Les augustins d'Anvers, convaincus d'avoir lu les écrits de Luther et de les avoir approuvés, furent chassés de leur couvent, et les plus compromis arrêtés et emprisonnés. Quelques-uns cependant ne tardèrent point à se rétracter. C'est ainsi que le prieur abjura ses opinions luthériennes, le 9 février 4523, au jubé de l'église de Ste-Gudule, en présence du nonce du pape, du chancelier de Brabant, de Tévêque suflragant de Cambrai, de l'ofiBcial et de plusieurs autres témoins. Mais trois autres augustins, Henri Vocs, Jean Van Essche et Lambert Thoren , ayant persisté dans
1 Gacuard , introduction à la Correspondance de Philippe II , t. W, p. cviii. — Dans son Histoire de la Réfomialion des Pays-Bas , Gérard firandt nous apprend que Vander Huist eut pour collègue un carme nommé Nicolas Van Egmout. Celui-ci était, suivant Erasme, un fou entre les mains duquel on avait mis one épée.
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leurs convictions, furent condamnés à être dégradés et livrés au bras séculier. Le 4 «'■^ juillet 4523, Voes et Van E»^che furent brûlés vifs sur la grand'place à Bruxelles, en présence de tous les religieux de cette ville, carmes, récollets, dominicains. Lorsqu'on les conduisit au supplice, ilsdirent à haute voix qu'ils souffraient en qualité de chrétiens, et après qu'on les eut attachés au poteau et qu'on eut allumé le feu, ils récitèrent le symbole des apôtres et chantèrent le Te Deum alternativement, jusqu'à ce que les flammes leur ôtassent l'usage de la voix. Lambert Thoren avait disparu ; les uns aasurent qu1l fut exécuté secrètement dans son cachot, les autres qu'il abjura et se retira dans un monastère. Un de ses anciens confrères , qui avait quitté son couvent pour adopter les nouvelles doctrines, fut condamné par le large conseil (ireedenraed) d'Anvers à être mis vivant dans un sac et jeté dans l'Escaut. Pour rendre plus effrayante encore la punition infligée aux augustins d'Anvers, le gouvernement fit abattre et raser leur monastère sur l'emplacement duquel on éleva plus tard l'église paroissiale de St-André '.
Mais ces châtiments n'eurent point pour effet de ralentir les progrès des nouvelles doctrines. Le luthéranisme proscrit vit au contraire augmenter rapidement le nombre de sc^ sectateurs; et plus on multiplia les supplices, plus vive devint l'ardeur des nouveaux prosélytes. Non-seulement on voyait les monastères désertés par les religieux des deux sexes , paiticulièrement en Hollande et en Zélande, mais encore on pouvait constater que la doctrine luthérienne trouvait ses adhérents les plus zélés dans les classes savantes. On citait , parmi les propagateurs de l'hérésie, le secrétaire de la ville d'Anvers, Corneille Grapheus,
1 Histoire des Pays-Bas, d'Ev. de METkREN, fol. II ; Correspondance de Philippe il, t. Il, p. LU ; Histoire de Bruxelles, i, l'r, p. 335 ; Brandt, Histoire de la Bé formation, etc.
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qui fut puni par la confiscation de ses biens et une dégradation infamante; Martin Dorpius, professeur de théologie à Tuniversité de Louvain ; Corneille Honias, jurisconsulte renommé, conseiller à la cour de Hollande» et beaucoup d'autres. La répression était cependant prompte et souvent terrible. Vers 4524, un homme, nommé Nicolas, monta sur le màt d'un navire dans le port d'Anvers et y prêcha l'hérésie : dénoncé et livré aux magistrats, il fut cousu dans un sac et jeté à la rivière. Un autre épisode excita une sensation immense en Hollande, où le sang n'avait pas encore coulé pour les nouvelles doctrines. f.a victime de l'inquisition fut Jean de Backer, de Woerden , qui n'avait pas vingt-sept ans accomplis ; prêtre catholique, il avait, disaient ses juges, violé doublement ses serments en se mariant et en prêchant l'hérésio. Aussi furent-ils sans pitié. Le 4$ septembre 4525, Jean de Backer, après avoir été dégradé sur un échafaud, fut conduit au supplice revêtu d'un habit jaune et coiffé d'un chapeau de la même couleur. En passant devant la prison, il exhorta ses compagnons d'infortune à persévérer dans leur foi, et ceux-ci lui répondirent en entonnant le Te Deum et l'hymne : O beatQ martyrum sokmnia. Lorsqu'il fut attaché au poteau, le malheureux s'écria : « 0 mort ! oii est ton aiguillon ? 0 sépulcre ! oii est ta « victoire ? La mort est engloutie par la victoire de Jésus-Christ. » Au moment où le bourreau l'étranglait, on l'entendit encore murmurer : u Seigneur Jésus ! pardonnez-leur, car ils ne savent «c ce qu'ils font, n Le feu ayant été mis ensuite au bûcher, le corps de Jean de Woerden fut réduit en cendres, que les parlisans de la nouvelle doctrine honorèrent comme celles d'un martyr. En 4527, une femme de Monikendam fut également étranglée et brâléeà la Haye. En 4528, un ancien moine augustin fut condamne à la mort dans la ville de Tournai, parce qu'il avait quitté son ordre, qu'il s'était marié et qu'il avait prêché contre l'Église romaine. L'offre lui fut faite d'inoir la viç sauve s'il dé-
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claraii que la femme qQ'il avait épousée était sa concubine ; mais ayant refusé cette déclaration, il fut brûlé vif K
Pour arrêter le mal qui provenait de l'ignorance ou de la duplicité des prédicateurs, secrètement gagnés à la nouveite doctrine, Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, avait, au mois de septembre 4526, adressé à tous les couvents une lettre circu* laire pour exhorter les moines à n'admettre dans leurs <:haires que des prédlcatenrs savants, prudents et d'une vie exemplaire, et à leur défendre de débiter des contes et des sornettes. Défense leur était faite aussi de parler de Martin Luther et de sa doctrine ainsi que des opinions des anciens hérétiques.
Maïs déjà des mesures plus graves avaient été prises ou provoquées directemerot par Charles-Quint, qui, enivré par la victoire de Pavie , ne se proposait rien moins que TextermUialion des luthériens v
La conduite violente, inhabile, puis coupable ,. du premier inquisiteur général avait frappé de discrédit une institution à laquelle Tempereur attachait une grande importance. Vandcr Huist, envoyé en Hollande, y avait excité une réprobation telle qu'il fut obligé de s'enfuir précipitamment et que Marguerite d'Autriche, pour apaiser les murmures du peuple, dut suspendre les eOels de sa commission. Convaincu ensuite d'avoir falsifié un acte relatif au différend qu'il avait avec les états de Hollande, Van der Huist fut définitivement privé de son emploi. Alors Charle&-Qulnt ordoana d'examiner s'il n'était pas préférable que les évéques, ou les conseils de justice, connussent, comme au-
> Brardt, Histoire de la Reformations passim.
• Charlcs-Ouint écrivait de Tolède, le 25 juin 4525, à son frère Ferdinand, qu'il espérait bientôt se trouver en Italie pour y prendre ses couronnes, « et, cela fait, ajoutait-il, /c m'emploierai de tout mon pouvoir u Vexiermination des luthériens. » BicnoiTz, Geschichte der Begierung Ferdinand des Ersten, t. IX, p. 5.
paravant, des erreurs de la foi. L'opinion contraire prévalut parmi la majorité des conseillers de Marguerite d'Autriche ; ils pensaient qu'un inquisiteur spécial étaiit préférable, parce qu'il serait mieux que les diocésains dans la dépendance du gouvernement. En conséquence, la régente écrivit, le 45 janvier 4524, au pape Clément VH afin qu'il nommât un inquisiteur en remplacement deVander Hulst ; elle lui désignait, comme les plus propres à ces fonctions : Olivier Buedens, prévôt de Tégiise de St-Martin à Ypres, pour la Flandre et les contrées voisines ; Nicolas Houseau, prieur des écoliers à Mons, pour le Hainaut et les provinces voisines, et Jean Goppin, doyen de l'église de St-Pierre à Louvain, pour le Brabant, la Hollande et les autres provinces. Déjà le pape avait nommé le cardinal de la Harck, évéque de Liége^ inquisiteur général pour tous les Pays-Bas ; mais sur les instances de l'empereur, il confirma les inquisiteurs spéciaux pour les provinces soumises à Charles-Quint. Le bref de Clément VII étendit les pouvoirs des inquisiteurs : il les autorisa à procéder avec ou sans le concours des ordinaires ; il soumit à leur juridiction jusqu'aux évAques et aux archevêques eux-mêmes, qu'ils pouvaient faire arrêter et emprisonner, sauf à envoyer les procès de ces dignitaires ecclésiastiques au saint>siége, qui lesdéciderait ; il leur conféra encore le pouvoir de faire exécuter leurs sentences de dégradation contre les gens d'Église par un abbé seul, à défaut de l'évéque diocésain ou de tout autre. Enfin, les inquisiteurs pouvaient aussi établir des substituts dans les provinces et leur dél^uer toute ou partie de l'autorité dont ils étaient investis'. Les uns et les autres étaient naturellement chargés de tenir la main à l'exécution d'un nouveau placard donné à Brojcelles le '24 octobre 1529, sur la proposition de la gouvernante des Pays- Bas cl de l'avis des chevaliers de la Toison-d'Or et du conseil
* Gachaad, Correspondance de Philippe il, t. 1'»-, p. cm el suiv.
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privé. Par cet édit, défense générale était faite, sans aucune exception, dlniprimer on de copier, faire imprimer ou copier, vendre ou acheter, distribuer, lire, cacher, recevoir même les ouvrages de Martin Luther, Jean Widef, Jean Huss, Marcilius de Padoue, OEcolampadius, Ulrich Zwingle, Philippe Melanchthon et autres auteurs de cette secte réprouvée et de leurs adhérents ou complices, non plus que les livres condamnés par la faculté de théologie de l'université de Louvain,ni aucun de ceux qui, depuis dix ans, avaient été imprimés ou écrits, sans déclaration des auteurs ou des imprimeurs. Il était enjoint aux détenteurs des ouvrages de cette nature de les remettre' aux magistrats de leur résidence, chargés de les jeter an feu. — Défense était faite également de peindre ou dessiner , faire peindre ou dessiner , posséder et garder des images, portraits ou figures malséantes (opprobrieuses) de Dieu, de la Vierge Marie et des Saints, ainsi que de mutiler ou effacer les représentations des objets sacrés. -»Nul, de quelque état qu'il Mt, ne pourrait non plus disputer de la sainte Écriture, même en matière douteuse, s'il n'était théologien bien renommé et approuvé par une université fameuse. —Les peines comminées contre les transgresseurs de ces défenses étaient la peine de mort par le feu pour les récidivistes ; par Tépée pour les autres coupables. Les femmes devaient être enterrées vives. Il était en outre décrété que les biens des suppliciés seraient confisqués, et leurs têtes mises pour l'exemple sur une estache.—Vonr prouver qu'il, ne voulait ni la mort ni la ruine de ses sujets, mais uniquement le iteiintien de la foi orthodoxe, l'empereur déclarait amnistiés d-avance tous ceux qui, avant le 25 novembre, avoueraient leurs erreurs aux principaux •officiers des vîiles et bourgs, sous conidttion qu'ils s'en confesseraient ensuite à leurs curés dans un délai de quinze jours et qu'ils feraient la pénitence qui leur serait imposée. Étaient exceptés les relaps qui avaient. al^ré, et ceux qui déjà étaient
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prisonniers ou en cause ; ces derniers devaient être ch&tiés adon la gravité du cas.— Défense était faite aux hôteliers de loger des hérétiques, et, s'ils les connaissaient pour tels, il leur était enjoint de les dénoncer sous peine de mort et de confiscation de leurs biens.— La même peine était décrétée contre ceux qui, atteints d'hérésie, converseraient avec d'autres de matières défendues par l'Église. «—Tous les suspects d'hérésie devaient être exclus des charges ainsi que des conseils du gouvernement, et il était défendu aux officiers du prince de les faire entrer dans les échevinages. - Pour mieux découvrir les hérétiques» on promettait la moitié de leurs biens aux dénonciateurs» pourvu qu'ils fussent confisqués et qu'ils n'excédassent pas la valeur de cent livres de gros, monnaie de Flandre ; une récompense proportionnelle était déterminée pour l'autre hypothèse» c'estp-à-dire» si les biens confisqués excédaient la somme de cent livres. ~ Enfin, il était recommandé de destituer de leurs charges et offices les officiers négligents ; et, pour que leur vigilance fAt bien constatée, on les obligeait à envoyer des rapports trimestriels à la gouvernante au sujet des poursuites qu'ils auraient ordonnées contre les fauteurs de Thérésie ^
L'édit du Si octobre 4 539 ne resta point une lettre morte. Dans le même mois» un homme nommé Guillaume et natif de ZwoU, avait été brûlé à Matines pour avoir professé le luthéranisme. En 4 530» un jeune homme de Naerden» âgé de vingt-quatre ana, subit le même supplice à la Hay»» après qu'il eut persisté à pré<cher les doctrines luthériennes» nonobstant les avertissements réitérés qui lui avaient été donnés. A la même époque Joos de Backere » chevalier» ayant été signalé à Gand comme hérétique, fat condamné à avoir la langue pereée » à faire un pèlerinage à Saint-pierre et à porter, pendant une année entière » une croix
I Vùir le texte de cet édit, dans les PtaoardM tie FUmdtt.
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rouge sur la manche droite de sa robe. Du reste, les inquisiteurs nommés eo 4524 n'avaient pas attendu la promulgation du nouveau placard pour déployer leur zèle contre les hérétiques. A cet égard, Tinquisiteur Coppin se signala particulièrement; car, en la seule anaée 45S7, plus de soixante personnes furent, pour cause de religion, traduites en justice à Bruxelles, et condamnées les unes à la mort, les autres à faire pénitence ^
Les doctrines anarchiques préchées par les anaibaptistes et les excès auxquels se portèrent ces fanatiques , allaient provoquer un redoublement de sévérité de la part de Gharle^-Quint. Le dtfSDseur de la foi catholique devait naturellement avmr à cœur d'extirper , par tous les moyens, des doctrines que les luthériens eux-mêmes qualifiaient d'horribles ; il devait se montrer impitoyable à r^ard de ceux qui se révoltaient tout à la fois et contre la société et contre l'Église. Hais avant de rappeler les mesures spéciales qui furent dirigées contre les anabaptistes, il convient d'indiquer succinctement l'appui qu'ils trouvèrent et les désordres qu'ils commirent dans les PayshBas.
Si ces provinces n'avaient pas produit Nicolas Storck et Thomas Muntzer , les premiers chefs des niveleurs du xvi^ siècle ; si Conrad Grebel et Félix Mans , qui dès 4 522 introduisirent les doctrines radicales dans la Suisse , n'appartenaient pas non plus aux rives de l'Escaut et du Zuyderzée , une large part cependant revenait à ces contrées dans la formation et les progrès des anabaptistes. David George, de Deift ; Jean Mathieu ou Hathysson, de Harlem ; enfin Jean Buchold , de Leyde, celui qui fonda le royaume de Munster, exercèrent incontestablement une influence puissante sur les masses en prenant la direction d'une propagande qui embrassait la Suisse, l'Allemagne et les Pays-Bas. D'un
* HûmERus , Mémorial , chap. IX, § 81. — Metnorieboek der stacl Gheni (iNiblié par la société des bibliophiles flamands), p. 76.
tout autre caractère que le luthéraDisme , adopté avec réflexion par une partie des classes supérieures et lettrées,. la nouvelle secte tendait principalement à enflammer les passions lies plus dangereuses de la classe infime. C'était à la cupifité, à l'ignorance et à la sensualité de la lie du peuple que s'adressaient les prédications incendiaires de David George, le verrier; de Jean Mathieu, le boulanger ; de Jean de Leyde, le tailleur.
Les anabaptistes ayant été proscrits en Suisse, plusieurs se répandirent en 4 525 dans la Basse- Allemagne, surtout en Westphalie, en Frise , en Hollande et en divers autres endroits des 'Pays-Bas. La répression ne se fit pas attendre. En 4527, Jean Waden et deux autres sectaires , condamnés à la Haye, y furent brûlés à petit feu. L'année suivante, David Geoi*ge fttt fustigé à Delft, eut la langue percée, et on le bannit en outre pour six ans. Mais ces exécutions n'arrêtèrent point les progrès de la secte : elle infecta peu è peu une grande partie des pro* vinces et des villes des Pays-Bas septentrionaux. Partout apparaissaient des prophètes pour annoncer un nouvel ordre social , fondé sur la communauté des biens et la polygamie. Telles étaient les séductions qu'ils ofiï*aient aux convoitises de la populace pour l'attirer dans leur secte. Lorsqu'ils se crurent assez nombreux , ils créèrent des officiers, distribuèrent des charges et des emplois , nommèrent des évéques , établirent des tribunaux dans des maisons particulières , et entreprirent de condamner à mort et d'exécuter ceux de leurs adhérents qu'ils jugeaient coupables. Déjà même ils commençaient à piller les églises, dans les lieux où ils. étaient les plus forts. En 4533, ils tentèrent de s'emparer d'Amsterdam , et , au commencement de l'année 4535* ils formèrent le dessein de mettre le feu, peo^tant la nuit, à la ville de Leyde. Ils entrèrent de force dans un monastère nommé OudrGloo&ter, près de Bolswaart , en Frise, chassèrent les moines, brisèrent les images, foulèrent aux pieds