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les hosties, et soutinrent un siège meurtrier contre le stat^ houder de la province.
Des recherches' sévères furent prescrites pour découvrir les auteurs de tous ces désordres. Gomme les anabaptiëtes a£Quaient principalement à Amsterdam , les recherches s'y firent avec le (dos d'exactitude, et plus d'un sectaire fut arrêté pendant la nuit. L'empereur lui-même ordonna que neuf hommes , arrêtés de la sorte et conduits à la Haye, seraient décapités , et leurs têtes mises enduite sur des pieux pour servir d'exemple. Ils furent effectivement exécutés à la Haye, et les têtes envoyées à Amsterdam pour être exposées au gibet ordinaire. Il se fit d'autres exécutions dans les villes de Hollande, où les prisons regorgèrent et où les échafauds étaient presque en permanence. En 4532, on jeta dans le lac de Harlem une femme qui avait été rebaptisée; et son mari, avec deux autres hommes, furent brûlés & la Haye. En 4535, après la découverte du complot de Leyde, quinze hommes furent décapités et cinq femmes noyées. Des exécutions eurent également lieu à Gand. Mais, selon le témoignage des écrivains les moins suspects , quelque supplice qu'on inventât pour imprimerdela terreur dans les esprits, le nombre des fanatiques croissait au lieu de diminuer. Charles-Quint s'en alarma et voulut essayer les voies de la douceur. Il ordonna, par des lettres patentes, de faire grâce à tous les anabaptistes, à condition que quinze jours après la publication de ces lettres, ils abjureraient publiquement leurs erreurs; mais, d'autre part, il prescrivait que ceux qui refuseraient d'obéir seraient punis corporellemént, suivant toute la rigueur des lois et des ordonnances publiées auparavant contre eux. Cette amnistie conditionnelle ne fit aucune impression sur l'esprit des anabaptistes; au contraire, ils en devinrent plus audacieux Alors de nouvelles exécutions eurent lieu à Amsterdam, à la Haye, à Harlem, et en diverses autres villes; tous ceux que l'on put saisir furent ou décapités, ou
pendus, ou noyés, ou roués et brûlés tout vifs. Il résulte encore du témoignage des écrivains catholiques que la plupart allaient au supplice et mouraient avec une constance, qu'on ne pouvait pas s*empécher de regarder avec admiration. Beaucoup aussi passaient d'un lieu à un autre pour« éviter le supplice; mais souvent ils étaient arrêtés au passage, et lorsqu'on leur demandait oii ils allaient, ils répondaient : v Vers le pays que Dieu nous X montrera, et où il veut nous conduire. » Le 40 mai 4535, une seconde attaque fut tentée contre Amsterdam et fiiillit réussir. Elle était dirigée par un homme aussi astucieux que vaDIant, Jean Van Geelen, nommé général des anabaptistes de Hollande par le prétendu roi de Munster. Les anabaptistes s'emparèrent de rhôiel de ville et s'y défendirent jusqu'au lendemain contre les bourgeois, qui s'étaient armés. Déjà Jean Van Geelen s'attendait à devenir maître de la cité lorsqu'on amena quelque pièces de canon, qui brisèrent les portes de la maison communale. Les sectaires furent repoussés jusqu'au fond delliAtd, puis arque* busés de tous côtés par les bourgeois qui, à l'aide d'échelles, étaient entrés par les fenêtres. Jean Van Geelen, retiré au haut de là tour, se montra aux assaillants et fut tué d'un coup de mousquet. Ceux qui tombèrent vivants entre les mains des bourgeois eurent à subir une mort plus cruelle. On les étendit sur des bancs de bouchers, on leur arracha le cœur, puis on les écartela. Jean Van Kampen, que les anabaptistes avaient établi évéque d'Amsterdam, nia, malgré la torture à laquelle il fut soumis, qu'il eût eu aucune part à la rébellion. Cependant on Tcxposa à la vue du peuple avec une mitre sur la tête; puis on lui coupa la langue, le poing et la tété, et l'on brûla son corps '. La sédition des anat>aptistes d'Amsterdam et les sauvages doc-
■ Histoire des anabaptistes, par le P. Catroi-, passhn.\ Baandt, Histoire de fa Ré formation dans les Pays-Bas,
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trines mises en pratique à Muoster par Jeaa de Leyde portèrent au comble rirritation de Cbarles^uint contre ces sectaires. On peDt dire qu'il ordonna leur extermination par l'édit général qu'il pid>)ia contre eux te iC) juin 4535, quelques jours après la prise de Munster. L'empereur établissait, comme règte, que tous les anabaptistes, leurs adhérents ou complices encourraient la fimr^ fiùcture de corps et de biens et seraient voués au dernier supplice, sans rémission. Devaient être condamnés au feu ceux qui s'olistineraient dans leurs erreurs, qui les auraient propagées, qui auraient rebaptisé, qui auraient pris le nom d'apâtres, de prophètes ou d'évéques; ne devaient pas être exempts de la mort ceux même qui, après avoir été rebaptisés ou avoir donné asile aux ^mabaptistes, auraient renoncé à leurs erreurs et manifesté un vrai repentir : mais, en ce cas, la décapitation serait réservée comme une faveur pour les hommes et le supplice de la fosse pour les femmes. Il était expressément enjoint à tous les sujets de dé* Doncer les anabaptistes, sous peine d'être punis coomie leurs complices ; te dénonciateur avait droit au tiers de la somme à provenir de la confiscation des biens des accusés. Enfin , défense était faite, sous peine de correction arbitraire, de poursuivre ou de solliciter aucune grâce, pardon ou rémission pour les anabaptistes, attendu que l'empereur déclarait ne point vouloir les recevoir en grâce ■ *
iiOrsque, en 4581, Charles^Quint eut appelé d'AUemagne sa sœur Marie d'Autriche, reine douairière de Hongrie, pour lui confier le gouvernement des Pays-Bas, il ne laissa aucun doute sur sa résolution immuable de continuer, par le fer et par le feu, l'extirpation de Thérésie. La reine, qui s'était naguère entretenue des nouvelles sectes avec son frère, avait laissé entrevoir la crainte que sa propre orthodoxie ne fût suspectée. « Si j'avais à cet
1 Voir le texte de cet édit, dans les Plac(wds de Flandre,
296 LES PAYâ*BAS SO0S PBILIPPS 11.
égard le moindre soupçon, lui écrivit l'empereuri non-seulemeot* je De vous couGeraiB poiol le gouverueiDeiit des Pi^s-Baà^ mais je De sais si je saurais ou pourrais eooore vous aimer d'un amour fraternel. » Il avait donc pleiae coafianceen elle, mais non, disait*il, eo ses serviteurs, qu'il l'engageait, au surplus, à laisser en Allemagne. « Là, poursuivait^il, on souffre et on tient pour léger ce qui parait fort grave dans les Pays-Bas et ce qu'on ne peut y souffrir ; les nouvelles doctrines n'y ont été extirpées ou contenues qu'à force de châtiments. Or, si, d'aventure, vous y ameniez des gens infectés d'hérésie et que l'on suspendit les punitions, vous auriez toute la responsabilité ^ »
Loin d'être suspendue, la répression de l'hérésie continua sans relâche, et provoqua, de 4 534 à 4 550, des édits tout aussi sévères, tout aussi cruels, que les premiers.
Les dispositions du placard du 4 4 octobre 4 529 furent d*abord confirmées par l'édit promulgué le 7 octobre 4534 , avec le con«« sentement des états généraux et de l'avis de tous les conseils des Pays-Bas '. On y ajouta la défense absolue d'écrire et d'impri-' mer, ou de faire écrire et d'imprimer aucun nouveau livre, sans en avoir obtenu des lettres de permission et en outre l'autorisa* tion de l'ordinaire, s'il s agissait de matières ecclésiastiques, » sous peine d'être mis au pilori et marqué d'un fer chaud sous u forme de croix si profondément qu'on ne pourrait plus en eflEa- M cer la marque, ou bien d'avoir un œil crevé et une main Il coupée, à la discrétion du juge, qui devait faire exécuter la « sentence sans délai et sans miséricorde. »
Un édit spécial du 47 février 4535 eut en vue les religieux apostats et fugitifs : il était ordonné de les appréhender et de
1 Cette lettre est insérée dans les Atiaiectes belgiques, p. 384 . •— Voir, RU surplus, notre Vie de Marie de Hongrie, chap. 4«'. « HopPBRVs, loc, cit., — Correspondance de PhiUppe II, t II, p. lu.
LivBE Tti (1821^1563). 997
les reconduire dans leurs olottreâ; en même temps défense était faiUs de les loger et de lés assister, sous peiné d'une amende de* deux cents ioaroius.
D'autiiés placards du IT.décenlbrè kfSU et du 30 juin 4M6 étaient destinés à empêcher, spusies peines les plus sévàres, la propagation dés livrer hectiques ou suspects, et notaipment des Bibles en langue ruigaire. Il était, de plus, établi comme règle de n'employer pour renseignement que des livres approuvés par l'université de Louvain K .
Une autre ordonnance du 9d septembre 4 5i0 commandait de publier, de six mois en six mois, les édits antérieurs concernant la répression de l'hérésie.
Enfin, un édit du SO novembre 4 549 réglait, sous forme de loi perpétuelle, la marche à suivre pour le partage des biens con* fisqués entre le prince et les vassaux ou seigneurs particuliers: En vertu de cette ordonnance, toutes les confiscations encourues pour fait d'hérésie demeuraient au prince, à moins qu'il ne s'agit de biens et fiefs appartenant à des vassaux qui exerçaient aussi le droit de confiscation. Les biais demeureraient à ces derniers, si l'hérétique était condamné par un juge ecclésiastique ou par sentence de l'inquisiteur, et mourait obstiné. Mais si la condam* nation était prononcée par des juges séculiers» les biens seraient partagés, par moitié, entre le prince et le seigneur immédiat * .
1 L^Univennté de Louvain, ajouta, en 4545, le statut suivant aux autres, qu'on avait à souscrire avant Tadmission à cette école iameuse. : « Item Juro • meeœ anmo detêatariunivena dogmata MarUni Lutheri et aHorum quom rumUbet beereticorum, qua^ue doetrinie veterie et CcOhoUcœnc Rcmanœ « Bcclesiœ advereantnr; et eequi veUe ac retinere fidem veterem ptwtactœ « Eccleeiœ, eub obedientia unius eummi pastoris Romani PorUificie. » Coneidératione $ur l'histoire de VUniversité de Louvain, par M. le recteur DE Ram, dans les BuUetine de ^académie royale de Belgique, t. XXI, p. 378.
' Voir le texte de ces édits, dans le recueil des Placarde de Flandre,
298 LES PAYS-BAS SOVS riILVPB II.
Pendant cette même période, llaquisition reçat une organisation plus stable et des pouvoirs mieux définis. Le doyen Goppin étant venu à mourir, le pape Paul III, sur la proposition de L'em» pereur et de Tuniversité de Louvain, nomma, en 4537, deux nouveaux inquisiteurs généraux pour tous les Pays-Bas, ce furent Ruard Tapper, d'Ënkhuyzen, doyen de l'église de St*Pierre à Louvain, et le chanoine Michel Drutius, professeur de runiversité et officiai de l'évéque de Liège en la même ville ■• Le prévôt de St-Martin dTpres et le prieur des écoliers de Hons étaient d'ailleurs maintenus dans leurs fonctions. En 4 545, les inquisiteurs généraux établirent des subdélégués en Artois, Brabant, Flandre, Hainaut, Hollande et Zélande. L'année suivante, Gfaarles^uint approuva une instruction détaillée, qui avait été rédigée par ses ordres poor faciliter la mission des inquisiteurs. Elle contenait les dispositions suivantes : « 4<' Les inquisiteurs et leurs subdélégués doivent visiter la province qui leur est respectivement assignée, accompagnés d'un notaire connu pour son int^rité et pour son aptitude; ils doivent s'y enquérir des hérétiques, de ceux qui sont véhémentement ou probablement suspects d'hérésie, de ceux qui possèdent ou lisent des livres condamnés, de ceux enfin qui tiennent des conventicales où l'on dispute sur la religion catholique. Ces informations doivent être rédigées en forme authentique par le notaire et gardées avec soin pour y avoir recours toutes les fois qu'on le trouvera nécessaire. 9f Les témoins entendus prêteront serment de dire la vérité, sans haine ni faveur. Ils seront interrogés sur la source des renseignements fournis par eux, et elle sera mentionnée dans la procédure, afin qne les honnêtes gens ne soient pas scandalisés.' 3"* Une dénonciation dont l'auteur demandera à rester inconnu ne pourra servir de base à la procédure. I"" Si les inquisiteurs ou leurs
I Mémorial de Uoppbrus, /oc. cit.
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sttbdélégués trouvent que , par envie ou par d'autres motiCB y. on ait accusé injustement quelqu'un, ils signaleront l'aceusateur au magistrat du lieu, ou au conseil provincial, pour en faire justice. ^ Les inquisiteurs et leurs subdélégués peuvent appeler devant eujL et interroger tous les sujets de l'empereur, quelles que soient leur qualité, leur cooditiod ou leur charge, même les bourgmestres et éohevins des villes, et les conseillers et présidents des conseils de justice. Ceux-ci sont tenus de déposer, sous peine d'être réputés fauteurs des hérétiques, et punis comme tels, conformément aux édita , s'ils sont laïques; et, s'ils sont gens d'Église, les inquisiteurs procéderont contre eux selon qu'ils le trouveront juste et équitable. G*» Les inquisiteurs feront appréhender et détenir sous bonne garde, par le juge du lieu, ou par d'autres qu'ils choisiront, ceux qui, ensuite des informations prises, et d'après la déposition de deux témoins, ou d'autres preuves légitimes, auront été reconnus hérétiques , ou contrevenant aux édite impériaux sur l'extirpation de l'hérésie. 7« Si l'accusé est ecclésiastique, ils le feront transférer dans les prisons du conseil provincial. Là, ils instruiront sa cause sommairement et sans forme de procès, selon la teneur de leur commission. Us s'adjoindront ensuite un ou plusieurs membres du conseil, ou bien en référeront au conseil lui-méne, pour rendre la sentence de condamnation ou d'absolution. En cas de refus de la part du conseil, ou de quelqu'un de ses membres, les inquisiteurs en rendront compte à la gouvernante, oii au conseil privé, qui y pourvoira. 8<* Quand les inquisiteurs, de l'avis d'un des membres du conseil provincial, prononceront la dégradation contre un eoclésiastique, et sa remise au bras séculier, le conseil, après qu'il aura été procédé à la dégradation, conformément à la commission que les inquisiteurs tiennent du saintrsîége, sera tenu de faire exécuter immédiatement leur sentence. 9* Si les inquisiteurs trouvent, par leurs informations, que quelque laïc ait contrevenu
aux édits impériaux, ils communiqueront cellee<;i à Tan des membres du oonseil de la province, sur le rapport duquel ce conseil fera arrêter le coupable, et le châtiera. 10* S*il résulte des mêmes informations que quelque laTc soit suspect d'hérésie, et qu'on ne puisse prouver qu'il ait contrevenu aux édits; alors les inquisiteurs procéderont contre lui, selon le droit, jusqu^à la seuteiice définitive, qu'ils rendront avec le concours d'un membre du conseil de la province. 4 4*" L'empereur défend à tous ses conseils, sous peine de son indignation, d'entraver, de quelque manière que ce soit, les inquisiteurs dans l'exercice de leur juridiction. 42* II fait la même défense aux évêques et à leurs ofiBciaux. Il veut toutefois que ceux-ci ne puissent être troublés par les inquisiteurs dans les procédures qu'ils auront commencées. 4 3* Dans la visite qu'ils feront de leur district, les inquisiteurs et leurs subdélégués s'informeront si les curés sont hommes de bieni purs et catholiques. S'ils trouvent des cures administrées par des mercenaires ou des vice^^urés qui, ayant été religieux, auraient quitté le froc, ils les remplaceront. 4 i* S'ils rencontrent des curés concubinaires, ou vivant d'une manière scandaleuse, ou ignorants et incapables de remplir leur charge, ils les signaleront à l'évêque et à ses offidaux, exhortant ceux-ci à les remplacer; au cas que l'évêque s'y refuse, ils en avertiront la gouvernante. 45* Ils s'enquerront aussi de la conduite des maîtres d'école et de leur enseignement ; ils provoqueront la correction et même la destitution de ceux qui leur paraîtront le mériter. 46* Ils prendront enfin les mêmes informations s^r les libraires et les imprimeurs, ainsi que sur les livres débités et imprimés par eux K »
Ces édits si rigoureux et ces instructions si minutieuses devaient avoir pour conséquence naturelle d'augmenter le nombre
* Correspotufance de Philippe II, 1. 1", p, cxv et suit.
LITRB Vil (i8â1-i»6S). 501
des victimes. Il est certain » en efifèt, que les exécutions d'hérétiques se multiplièrent dès lors, principalement dans les grandes villes.
Dans l'impossibilité oii l'on se trouve de raconter tous ces épisodes tragiques, il faut s'arrêter à quelques exemples de nature à caractériser les tendances de cette époque : l'inflexibilité de l'empereur dans une répression , qu'il considérait comme un devoir sacré ; et la fermeté inébranlable ou l'enthousiasme extraordinaire de la plupart des condamnés. En 4 5^2 , les magistrats de Limbourg firent brûler six personnes d'une seule famille, le père, la mère, deux filles et leurs maris : ils allèrent au supplice en chantant des psaumes. En 4549, un savant français, nommé Nicolas, fut condamné à Mons au supplice du feu : en entendait prononcer sa sentence, il loua Dieu, chanta un psaume et secoua la poussière de son habit ; sa fermeté ne se démentit point alors même que les flammes du bûcher commençaiet^t à l'atteindre. Ces exécutions publiques , presque toujours signalées par le courage des victimes , étaient bien loin d'intimider ceux qui se sentaient portés vers les nouvelles doctrines. Aussi les cours de justice de Hollande représentèrent-elles à la gouvernante des Pays-Bas qu'il serait quelquefois nécessaire que les hérétiques obstinés fussent exécutés secrètement , parce que cela pourrait faire une plus grande impression sur le peuple. Ce mode d'exécution fut laissé à la discrétion des magistrats et fut souvent adopté , lorsque le condamné avait eu de l'ascendant sur la classe populaire. Du reste , rien ne ralentissait la vigilance des inquisiteurs. P(Kir mieux découvrir les hpmmes audacieux qui prêchaient contre l'Église catholique, on fit attacher leurs portraits aux portes des villes et en d'autres lieux publics. Parfois, on s'autorisait des édits impériaux pour commettre des actes horribles. ]Sq i 542, on fit inourir en Hollande, pour crime d'hérésie, des femmes enceintes qui accouchèrent en expirant. Le chftteau de Yilvorde
50â LES PATS*BA6 SOUS PHILIPPE II.
fut aussi le théâtre de sanglantes tragédies. En 4836, un théolo-< gien anglais, Guillaume Tindal , qui s'était enfui de son pays , fut brûlé vif dans l'intérieur de la forteresse ; il était accusé « d'avoir de mauvais sentiments sur la sainte foi catholique » et coupable d'avoir traduit le Nouveau Testament en sa langue maternelie. Dans cette même prison d'État , furent décapités , le 7 janvier 4 548, entre cinq et six heures du matin , Jean Estor. seigneur de Bigard, et sa mère, accusés l'un et l'autre a d^avoir contrevenu aux édits sur l'extirpation des hérétiques et sectes réprouvées. » Or, comment y avaient-ils contrevenu? Ils s'étaient bornés à expulser de l'église de leur seigneurie un moine qui colportait de village en village des objets bénits à St-Hubert, en lui reprochant de « tromper les simples. » U n'en avait pas fallu davantage pour provoquer leur condamnation. De même, en 4 533, trois hommes avaient été brûlés à Arras pour avoir refusé d'honorer la sainte chandelle de cette ville et avoir traité cet usage de superstition. En 4516, un habitant d'Anvers fut mis à mort pour avoir chansonné des cordeliers* En 4549, enfin, car il faut s'arrêter dans celte lugubre nomenclature , on exécuta un maître d'école de Gand qui n'avait pas caché la répugnance que lui inspiraient les persécutions ^
Mais plus on multipliait les supplices, plu& les innovations religieuses attùraient des adhérents, même parmi les personnes les plus élevées des grandes villes du Brabant et de la Flandre. Tel était le témoignage qu'un ambassadeur vénitien consignait dans sa relation de 4546. « En Hollande et en Zélande, ajoutait^il, la secte des anabaptistes s'était propagée au point que
1 Brandt, Histoire de la Ré formation dans les Pays-Bas, passim. — La description de restai, succès et occurrences, etc., par Wssbnbbkb , p. tO et saiv. — Histoire des Pays-Bas, par Em. de Metbrbn, fbl: 44 .— Sar le supplice do seigaeur ddBigarâ, oonf. Histoire des enoirons de BruweUes, par A. Wacteiis, afobiviste de cette ville, t. I«r. p. 364.
Li?RB TU (Itf3i-i563). 301
plus de trente mille individus, infectés de cette hérésie, avaient été exécutés par aatorité de justice. » Un très-grand nombre de curés et de moines propageaient aussi, directem^t ou indirecte^ oMnty les doctrines luthériennes ^
Cependant la persistabce de GharleMîuint avait reocontré, dans quelques provinces, des objections trè&-graves, même une opposition décidée. Les états delà Gueldre, en refusant d'admettre inquisition» s'étaient appuyés sur le traité de Venloo du 7 septembre 4543, qui avait réglé les conditions de la transmission de cette province à l'empereur. De même, le Luzemboui^ et Groomgue avaient été etemptés d'une juridiction, qull était si facile de transformer en tyrannie* Enfin, les états de Brabant finirent aussi par lui opposer leurs privilèges, et avec tant de force, que, depuis 4529, les pouvoirs des inquisiteurs avaient été comme paralysés dans cette importante province *.
Cette opposition acquit plus de vigueur et donna lieu à des incidents significatiiis lorsque, à la sollicitation de l'infant Philippe et des seigneurs espagnols qui l'entouraient ^, Charles- Quint publia, le 28 avril 4550, un nouveau placard ou édit per* pétuel qui confirmait et amplifiait les dispositions préventives et répressives, insérées dans les ordonnances précédentes. Désor* mais nul ne pouvait être admis ou reçu dans une ville ou un village des Pays-Bas, à moins qull ne produisit un certificat du chef delà paroisse de son dernier doimoile ; nul non plus ne pouvait tenir école sans Taiitorisation des principaux officiers civils et de l'ordinaire, liais ce qui provoqua surtout les alarmes et le mé-
1 Le témoignage .contemporaio deWesenbejke est formel À cet égard. Il cite notamment le curé deMelsen, près d'Anvers (1524); M. Pierre, pasteur de Douai (4638]; Pierre Alexandre, carmélite, prédicateur de Marie de Hongrie (4544) ; Rolant Galon, jacobin, prêcheur à Anvers (4549), etc.
* Correêpondance de Philippe II, t. W^ pp.cxxni etcxxtv.
^' Déduction de Vinnoeenee duœmU deHomeë, p. FT.
contentement des Brabançons, principaleaient des marchands d'Anvers, c'est que, dans le nouvel édit, il était fait mention dif* férentes fois de Vinquisitùm et des inquisiteurs. On vit là un moyen détourné d'établir le sain(K>ffioe d'Espagne, et le conseil de Brabant refusa formellement de scdler le placard du 28 avril, formalité nécessaire pour quil reçût force de loi dans la pria*dpale province des Pays-Bas. La gouvernante ayant commandé au chancelier de Brabant d'y faire apposer le sceau du duché, le mc^trat d'Anvers exposa au conseil que Tezécation de Tordonnanoe entraînerait la ruine du pays et principalement celle de cette ville commerçante. Déjà, en effet, les craintes les plus vives s'étaient répandues parmi les négociants étrangers, surtout les Allemands et les Anglais, qui résidaient dans la métropole commerciale des Pays-Bas. Les transactions s'arrêtaient; les principaux marchands diminuaient leur train, cessaient leurs achats et leurs expéditions, faisaient même leurs préparatifs pour abandonner la ville-, le prix des maisons diminuait aussi ; l'artisan se trouvait sans ouvrage et sans argent \ enfin, d^à se manifestaient les signes infaillibles d'une décadence, qui devait être rapide si l'on ne se hâtait de la prévenir. Du redte, le mécontentement se propagea dans les autres villes du Brabant, qui appuyèrent les pressantes réclamations de la commune d'Anvers. Marie de Hongrie^ après avoir d'abord obéi aux ordres de l'empereur, reconnut que des concessions étaient impérieusement exigées, si Ton ne voulait porter une atteinte irréparable à la popularité de Charles^uint et provoquer' une résistance que taiit d'embarras extérieurs pouvaient rendre menaçante. Elle était confirmée dans ces sages prévisions par les exhortations de quelques-uns de ses conseillers, parmi lesquels se distinguait Yiglius qui, plus tard, se fit honneur de la modération qu'il montra en cette circonstance, Lfi, régente se rendit à Augsbourg, où Charles- Quint tenait alors la diète de TEmpire, et obtint non-seulement
LiYRR VII (1521—1563). 305
de im qu'il' relraneherait du placerd au %B avrH tout ce qui concernait les inqtêisiteiirs, dont la dénominaftion fut remplac(^e par celle, de yens ecdégktsliquet, mais on outre qu'il adoucirail •u raitigerait d'outrée d^|K)sitibns '. De cette révision sortit VMit cfmfirmàtif, donné à Augsbburg te 29 septembuc 15ë0. U oMvitnl.deTanalyscr'rapîdenkcnt comme le résumé de la lé^ gisiation introduite par Chariea^Quint pour la répression de» hérésies* •■ • •"!■'•
€e dernier «placard dénrétaftla peine de mort, par lé /er, la fi>sse WkAefeUj ^contre ceux qui vendaient, achetaient, copiaient ou raœvaient^ «dosiliYres hënétk|ljes;-^:7icignQient >ou: ^codaient des livres satiriques contre la vierge Marie , les saints ou les flietnbiieâ He ïoidre. ccdésiastique ; brisafieni ou effaçaient les images faites :qD leur honneur ; tenaient ou permettaient ehe/. i&M dès i^oovenfiiculesi; disputaient sur la aainle |lcriiurfi. e» puUic ou. en secret ; prêchaient ou soutenaient les doctrines «des .attieiÉrB Tépronvés. il défendait de. loger, de recevoir-.ou de Ëworiser les hérétiques. ilpronoDçait Texclufiion de touit^ changp& ou état honorable contre ceux qtii. avaient été con* V4tiocn8ousu8pectésâ%éré»e, ménie apiès quils auraient .été reçus à péniteliee. Il provoquait à la délation, en ad>ugcaiit aux délateurs Ja moitié' des bîena dé celui, qu'ils auraieint fait con^ damner, .U pcesorivaH aux! cours souveraioes et provinciales d'a(^DÎ0dre au$ juges odolésiastiques , lorsqju'ejlles en seraient requises par euk, un a»en>bne de leur corps, afin d'être présent aux Monoationa que nés juges auraient à prendre, et aux pro-
. J Description^, par; Wesenbekb^ pp. 3SkfO. — Correspondance Uç PJù- Uppi^ II, t. l«f, p. cxxiv. — Histoire des Pays-Bas, par En. dk Mktbrem , liv. II. — Ce dernier, à propos de la démarche de Marie de Hongrie, ajoute : • Cette bonne ceuvre fut prise de si mauvaise pari par les inquisiteurs en Espagne qu'ils écrivirent à Vempereur envers lequel ils. Tacoufièrent çt disoient que c*étoit une faévétique. V .
oédures qui en seraient la saite. Il imposait aussi à tous ofBeiere et vassaux de l'empereur i'obUgatioD de prêter aide et assistance aux juges ecclésiastiques, pour l'arrestation et la détention des personnes infectées d'hérésie. Il interdisait expressément aux juges de modérer les pdoes. Il prononçait la nttlHté de tontes aliénations, donations, cessions, transports, testaments, foils par des hérétiques, depuis la première contravention aux ordonnances commise par eux. Il menaçait du châtiment réservé aux coupables les personnes qui auraient écritou présentédes requêtes en grftce pour des contumaces. Enfin, il déclarait pa^Ues de la hart les libraires qui vendraient des livres renfermant des erreurs contre la foi.
Les bourgmestres et échevins d'Anvers, qui avaient pris^ dans rintérét de cette grande ville, l'initiative de l'opposition, ne se soumirent point immédiatement à la volonté du souverain, bien que l'empereur eût consenti que les marchands étrangers, ne seraient pas traités avec la même rigueur que les habitaiits du pays. Il avait été décidé, en effet, que la partie de l'édit qni autorisait à casser les contrats et les testaments faits par des hérétiques, avant même qu'ils eussent été condamnés, ne serait pas observée à Anvers, dans la crainte de th)ubler trop profondément le commerôe '. Cependant les magistrats de cette viHe, avant d'autoriser la publication de Tédit du 45 septembre, réclamèrent un acte, sous le grand sceau de ft^abant, pour servir de sauve^rde à leurs libertés, et dédarèrent ensuite que la poblication se ferait sans pouvbir porter préjudice à leurs privilèges *.
Un autre placard avait révoqué les privilèges octroyés précédemment aux nouveatix baptisés et leur avait ordonné de sortir du pays, sous peine de la vie et de confiscation des biens. Cette
> Grotius, lib. I.
• Correspondance de Philippe II, t. !•», pp. cxxr? etcixv.
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ordonnance atteignait les Juife du Portugal nouvellenient convertis et venus corome marchands dans les Pays-Bas : ils étaient accusés de rester attachés ô leur ancienne foi et de pratiquer secrètement les cérémonies judaïques. Des neprocbes analogues étaient dirigés<?oiHreic8 Mores convertis, qui se trou v^ic^i atteints par fa même mesure ■ «
Charles-Quint, accédant à la demande de sa sœur, n'avait plus mentionné \es inquisiteurs dans Tédît oonfirmatif donné à AogsbouiiB ' <^^*^ ceux-ci ne lurent pas supprimés. Les îoquisitenrs généraux Buard Tapper et Michel Drutius continuèrent à remplir leur ofito, en vertu de la commisiaion qu'ils tenaient du pape Paul III. En 15ô3, des inquisiteurs spéciaux ou sabdélégués ; furent, en outre, envoyés par la gouvernante dans l'Over-Yssel et même dans la province de Groningue, avec la mission d'extirper la secte des anabaptistes, de visiter les moa^stères de femmea, où, disaitron, régnaient beaiicoup de désordres, et d'y opérer les réformes nécessaires. L'empereur avait aussi renouvelé > le 31 mai 4550. l'instruction donnée aux inquisiteurs généraux cinq années auparavant. D'autres instructions vinrent successivement compléter et encore fortifier cette organisation déjà si puissante. Le 34 janvier 4554(4555 n. s.) l'empereur statua que les conseils de justice et les officiers royaux , municipaux et autres, ne permetAraient aux hérétiques détenus dans leurs prisons, à la poursuite des inquisiteurs, de parier ou communiquer avecqoi que ce fût, sans le ccotentemeot de ces derniers ; que les mêmes conseils ou officiers auraient à déférer à la r^uisition des inquisiteurs, lorsque ceux-ci réclameraient leur présence pour le prononcé des jugements rendus par eux, ou les
I Votr le texte de cet édil dans les Placards de Flandre. * Cétaient François Sonnivs, chanoine d'Utrecht, et HermajQ l.etroatiU9, doyen de IVgHse de Notre-Dame, dans la monte ville.
308 LES PAtS-BAS SOOS PHILIPPS II.
inviteraient à faire annoter él inventorier les biens des personnes infectées ou suspectes d*hérésie, qui se seraient absentées par crainte de la justice ; enfin, qu'ils veilleraient à ce que les biens meubles ou immeubles des individus iocareérés, ou en état de prévention pour le fait d'hérésie, ne fussent tranaportés ou vendus à d'autres. Une seconde disposition du 4*' février <)e.la même année enjoignit à tous huissiers et. sergents d'arsies ée mettre à exécution les citations, ajournements, intimations^ actea et ordonnances, qudls qu'ils fussent, émanés des inquisiteurs. ou de leurs subdélégués. Charles^Quint adressa en même temps aux évéques Une lettre otc il les invitait à se faire infoi*mer, par leurs archidiacres, doyens ruraux et curés, de œu% qui étaient suspects d'hérésie, ou qui n'aHaient pas à iacnesse, au sermon et 'à confbsse, ou qui possédaient ou étaient soupçonnés d'avoir des livres défendus, et de les signaler aux inquisiteurs K
Les terribles placards deGbarles^uint, exécutés avec rigueur, vouèrent à la mort ou à l'exil une fOQle de religionnaires appar* tenant à toutes les sectes et à tontes les desses de ta société, même à la noblesse. Des historiens ont porté à cent mille Je nombre des habitants des Pays-Bas qui furent exécutés , pour cause d'hérésie, pendant le règne de l'empereur. Si l'on ne peut affirmer Texactitude de ce chiffre , si Ton doit même supposer qu'il a été exagéré, il est hors de doute néanmoins que la vérité, quelle qu'elfe sôit , est de nature à faire frémir. On n'en serait pas loin ; peut-être, en évaluant à cinquante mille au moins le nombre des victibies • .
Copendaint CKâfles-Quint, ne voulant pas voir qqeJa pûraécu-
* Correspondance de Philippe 11, 1. 1^^^ p. cxxi.
' Le chiffre de cent mille, don hé par Grotius « nous parait exagéré. Mais, d'autre part, ^1 ne faut pas perdre de vue que la relation vénitienne, citée ci-dessus, porte h trente mille le nomtM^des atiabaptfstes seuls qui
MVRE VII («521- «563). 30<)
tioD stimulait le zèle des sectaires au lieu de le refroidir, regrettait de n'avoir pas employé des moyens plus terribles encore {)our extirper l'hérésie dans les Pays-Bas. De son aveu même , il s'était d'abord proposé d'y introduire Finquisitîon espagnole. Écrivant du monastère de Yuste, le 25 mai 4558, à la princesse dona Juana, régente d'Espagne, il expliquait en ces termes la conduite qu'il avait tenue pour la défense de la religion ca.tho- Hque dans les Pays-Bas. « Je voulais , disait-il , y établir Vùiqui- M sition (et il ne peut s'agir ici que de l'inquisition d'Espagne) afin « de prévenir et châtier ces hérésies que le voisinage de l'Alle- « magne, de l'Angleterre et de la France y avait propagées. Tous « s'y opposèrent, disant qu'à n'y avait point de juifs parmi eux. « Après quelques discussions , on s'arrêta h ce parti : qu'une « ordonnance serait promulguée , oii Von déclarerait que toutes (c personnes, de quelque état ou condition qu'elles fussent , qui «( tomberaient en l'un des cas y spécifiés, seraient, ipso facto, « condamnées au supplice du feu et leurs biens confisqués. Pour •c l'exécution de cet édit, on nomma certains commissaires qui « furent chargés de s enquérir des cou[)ables et de les dénoncer « aux justices dans le ressort desquelles elles demeureraient : H celles-ci, après avoir vérifié te délit, devaient faire brûler vifis « les obstinés, et couper la tête à ceux qui se réconcilieraient avec u l'Église, Les choses se sont ainsi passées, quoiqu'ils en soient u très-mécontents» et non sans quelque raison, vni rextième « rigueur de cette ordonnance. Mais j'y ai été contraint par ta « nécessité de prendre une telle mesure *. n
furent châtiés on vertu des édils de CbarlesQuint. EnajoHtaBt à ce chiffre vingt mille victimes des autres sectes, condamnés à la mort, à Texil, etc., on approche, ce nous semble, do la vérité. Le chiffre de cinquante mille est affirmé par Guillaume le Taciturne dans sa Justification,
' Sur k séjour de Charle$-Quint au monastère de Yuste, par Gagii^rp, dans les Bulletins de V Académie royak de Bruxelles^ t. XII.
ri'cst néanmoins très-douteux que Gharle&<}uiQt, malgré toute la popularité dont U jouissait dans les Pays-Bas , eût réussi à y introduire le sainl-ofiice d'Bspagnë. Le nom seul de ce tribunal était en exécration d<)ns tous les autres États soumis à l'empereur, et les Belgeis n'eussent pas montré sans doute moins de répugnance, moins de colère, que les Napolitains. Ceux-ci, en 1547, menac*és de l'inquisition, s'étaient soulevés contre les espagnols, en avalent tué plus de trois cents et contraint le viceroi à se réfugier dans le château '.
È\ Ton ne tenait pas compte des idées dominantes à cette époque, on pourrait s'étonner à bon droit qu'un souverain, dont Tesprit n*était nullement porté à la rigueur , se (Ai laissé entraîner à des mesures si cruelles contre une partie de ses sujets. Mais, il ne faut pas perdre de vue que, depuis la diète de Worros de 1521 , Charles-Quint avait assumé la mission de raflermir le catholicisme ébranlé par Luther. Il ne faut pas oublier non plus que si le réformateur do Wittemberg menaçait seulement la papauté, d'autres sectaires, plus audacieux, s'efforçaient de détruire la société même. Les horribles excès des anabaptistes duraient pu servir d'excuso à la sévérité deCharlcs-Quint. Toutefois, cette inflexible rigueur devait être principalement attribuée H la force de la religion qui exigeait alors de tous, grands ou petits, une soumission absolue. En punissant l'héi^ésie dans les Pays-Bas, Charles-Quint s'appuyait sur le droit public de cette rpoque, qui l'autorisait à ne point admettre l'exercice d'une autre religion que la sienne. Ce principe était invoque à Paris, à Londres et à Genève même, aussi bien qu'à Bruxelles. La liberté rie religion, telle qu'on la comprenait alors, n'avait été admise f|ue dans certaines contrées de l'Allemagne ; encore y ctail-clle
1 Voir les détatls de ce s^oulèvemeiit dans les dépccbe^i publiées par KiBiEn, Lettrcê et mémoitea d'Eâtaf, t. II.
uvftB VU (1521-1563). 311
extrémcmenl restreinte, car die. ne consistait qu'à pouvoir librement quitter le pays où un autre culte était dominant. En règle générale, c'était le sentiment de la plupart des princes qu'une seule république ne doit avoir qu'une seule* religion, comme uo seul cùrps ne doil avoir qu'une aeule.-ftme ^
La liberté d'examen «et la tolérance n'existaient encore que dans le^ éorils ou ^ans les vœux de quelques penseurs éminents, tels qu'Érasme, et plus tard^ le chancelier de l'Uospital. Mais oes précurseurs de la tolérance politique formaient une infime mino-rite. Uo des hommes les plus célèbres du xvi« siècle^ Thomas Monis écrivait : « Le supplice du feu infligé aux hérétiques est « légitime, nécessaire, juste, conforme aux intérêts et aux droits « d'une sage et prévoyante politique. » Paroles barbares et im* prudentes, opposées plus tard à leur auteur lorsqu'il fut lui-même coodanmé à mourir sur Téchafaud'l
Si l'oD considère uniquement les laits, il faut bien reconnaître que les réformateurs religieux n'étaient pas moUis exclusifs que les catholiques. Luther n'avaitril pas fondé sa doctrine sur une prédestination provideatielle ? Et Calvin, outrant encore le dogme de la grAce, ne Texagéra-t-il point jusqu'à une sorte de fatalisme? Ainsi, la liberté d'examen était répudiée et par les luthériens et par les calvinistes. Quant à la tolérance, on verra tout à l'heure comment Calvin la pratiquait. Luther, en proclamant que le Saint-Esprit s'opposait à ce quon brûlât les hérétiques, avait protesté» à la vérité, contre les doctrines des conciles, si menaçautes pour lui^noéme ; mais comment se comportèrent les. luthériens à i'^ard des anabaptistes? Un seul témoignage suffira, celui d'Érasme. « Ils soutiennent, disait-il des magistrats de
I C'est aioai qaa la eoaduite de Gbarle$-Qttiiit est expliquée par. dof^ éciivaiMs protestants, -v Ycér Gnoncs, iib. I, et Grosm van Prëxsubsea, Archives delà maison d* Orange-Nassau, 1. 1», p. 468.
5li LES Mvs-DAs 90DS F0lL^»^c rr.
Zurich, quoD no doit pas punir de mort les hérétiques ; et, cependant, ils fonc mourir les anabaptistes, h
La papafQté donnait i Rome rcaempied'ouierépressioo vioieiHe de l'hérésie, et lessouverarns catholiques suivaient son impuisien. François I*^ Ittttaît de aévërilé avec Gharies-Quiut. Un conteoiporain affirme qif U Msait d'ahord brûEler tous œux qui étaient convaincus d'héréâ^; pu», ayant appris qu'en Fiaudre on ne lès condamnait pas tous îndistnicieoiieiit à ce suppliée, il consentit à réserver le feu pour tes sacramentaires seulement K kjes progrès des ouïvinistes , en qui il voyait tout autant des ennemis de la monarchie absolue que de la foi cathoUque, le portèrent ensuite à multiplier les condamnations el les supplices. H l'emporta certatnemenl sur son rival lorsque, dans la grande salle de Févéché de Paris, il déclarait au parlement, au clergé et èi la noblesse que, pour conserver le sumura^de roi très«chpétien, iï saeriûerait luinméme ses enflaints s'il les savait infectés eu Sreoin do rhérésie. « Quant à moy, qui suis vœtre roy, dîsett-il, si je N sçavoisl'un de mes membres maculé ou 'infecté <le ce détes^ tt table erreur, non-seulement vous le batUerois à couper, mais n davantage si j'apercevois aucun de mes enfants entachés, jb le M voudrois moy mesmc sacrifier '* »
f Relation de Marino Giusliniano (4535).
' Bigtoire de la vie, des ouvrages et des doctrines de Calvin, par AinfN, ( hap. Vil. — « Ce jour même gfu le lendemain, dît cet historien, on dressa dans Paris des bûchers -où moatèrent ea ohaatant Bartbtiemy Milo, cordonnier, Nicolas ValetOD , Jehan de Bourg, reveiHkur, Henri Poiile, inaçoa, Klienne de la FoagQ, marchand. » — Voir aussi, dans Ra^iiu {Histoire de France, t. I*'', p. U7), le récit de l'exécution de Louis de Berquin. ' Déjà, dit-il ailleurs, sous ce prince, roi de la civilisation, et qui mettait son honneur à oe que le sang de ses sujets ne M pas répandu, on en vint d d'allreuses exécuUons, dans lesquelles d^ communes entières de Vaudois innocents furent égorgés »
Bien Joîd de se laisser corrompre par les nonvelles doctrines, IleDri II , sui-tout depuis ta padflcation de Gàteau-Cambrésts, Dûultiplia les ehAtiments et résoint tnéine d-tntreduire Tinquisi** tien dansàon royaume dottimeécabt u leTrdi moyen d'extirper *< la racine de telles erreurs, punir et corriger ceux qui les com-' « meitmit arvecleurs imitatears. » Mais, sur les représentations des états» il eut, oomme C^rks^Qoiiit, reeours è uû biais pour attéindrelebdlqu'ilavalt an vue. Il fit demander au' pape des pou* Yoirs extraordinaires peur les cardinsnix français qu! auraient, de leur cèté, le droit dé subdôiéguer d'autres prétats pour qu*H fàt procédé par eux • à Tinlroduotion et observation de ladite « iiM|ttisiUon, en la forme et manière aocoàtnniée de droit, sous u l'attlorité du saint siège a^postolique, avec lifovocation du bras M séculier et jurlsdiction temporelle. >i -Henri H insistait là«dessus avec beaucoup de forcé. « A quoy de ma part , ajoutait-il . je « veux tenir la main el mlemployer vivement comme celuy qui « ne désire autre chose en ce monde que de voir mon peuple net u et exempt d une telle dangereuse peste et vermine, que sont n lesdites hérésies, fausses et réprouvées doctrines ^ » La demande du roi fut accueillie par une bulle du 26 avril, et Tinquisi' tion générale établie sous la direction des cardinaux de Lortaine, de Bourbon et de Châtillon '. Henri î! donna Texemplë dune
' Lettre écrite par Henri II, le 43 février 4556 (1557 n. s.), à M. de S^lve, son anbassadeur à Rome, daos Riusn, t. Il, pp. 677-678.
* Les inquisiteurs, autorisôsà substituer à leur propre place des vicaires choisis parmi les évéquds ou les doc'eurs en théologie, exerçaient une pleine puittsaïkce d'arrêter, d^empriaooner, de punir du dernier supplice, sans égard a^ rang ou à .(a qualité, toutes les personnes atteintes ou suspectes du crime d'hésésie. Les vicaires des grands inquisiteurs étaient astreints, U est vrai, à prêter, devant le conseil du roi, le serment de ne pas 8*écarter des règles canoniques dans leurs procédures, et de soumettre rpl!es-ci à la décision de tribunaux suprêmes, formés dans rhaqne diorèse,
31 i LES PAYarBAS SOUS MIIUPPB 11.
impitoyable sévérité lorsque lufr-nièniie se rendit au seio du fmrlemeot de Paris pour faire arnètar cinq coDSéillers dont les senti* ments sur la foi lui avaient paru suspects. Oeèiii qui sfétait le plus compromis, Aono' du Bourg,: fut ensuite pendu et brûlé en place de Grève '.
De leur côté , les souverains protestants qui , en Angleterre et dans les royaumes du Nord, imposèrent la réforme à leurs sujets, se montrèrent également impitoyables. Il est inutile de rappeler les cruautés et les turpitudes de Henri Vlil. Edouard VI, son successeur, continua à chitier les anabaptistes , les hér^ique$j tous ceux enfin qui méprisaient le nouveau rituel *. Nagqère triomphants, les sectateurs de l'anglicanisme eurent àsukiur des représailles terribles à Tavénement de Marie Tudor, 6Ne de Cathorine d'Aragon et femme de Philippe II. Ce fut par le fer et le feu i\ixe cette reine fanatique entreprit de restaurer le catholicisme en Angleterre. La persécutba dura trois années. Durant
sur les dix membres desquels six, au moins, devaient faire déjà partie d'une cour souveraine. Le parlement crut poser quelques limites à cotte effrayante mesure en maintenant une distinction entre les ecclésiastiques et les laïqves, et en réglant que les premiers seuls seraient abandonnés aux tribunaux de rinquisitioa, tandis que les autres ne pourraient être que simplement déclarés par eux hérétiques , sans jamais se voir privés du droit d'appel devant leurs juges naturels. Histoire des ducs de Guise, t. !«>-, pp. U3et4U.
' Après avoir informé son ambassadeur à Rome de rarres^talion des oon~
i»etllers du Bourg et du FattP, Uenri il ajoutait : « J'espère bien«
tt puisque Dieu m'a donné la paix, d*employer le temps et ce que j'avray <* de force en main à faire punir, cbasUer et extirper tons ceax qui se « trouveront imitateurs de ces nouvelles doctrines, sans y épargner per- » sonne, de quelque qualité, ou dignité quMls soient ; en sorte qoe j'en « purgeray et nettoyerai mon royaume, s'il est au monde possible. » Rinicii, t. Il, p. 806.
» Hi?iiE, chap. XXV.
LiviUE VII (I5âl--i565). 315
cet espace de tomps, deux cent 8oixaQUKlix*sept peasojp^pee, dit^on, furent brûlées, saBSOompter celles qui subirent d'auinçs peines, comme remprisonneiuent, les amendes et les confiscations K Cette terrible épreuve, sans sbettro i'angliosaisme » le rendit plus exclusif encore. Persécnté eous Marie Tudor, il redevient persécuteur à l'av'énemeiit d'Elisabeth* L'amende , les cachots et la mort même sont décrétés contre ceux qui ne feraient pas, au moins une fois tous les six mois, acte de culte anglican. Tel fut le caractère de ces lois pénales, que la persécution, disent des auteurs non suspects, égala en principe celle qui avait rendu l'inquisition si odieuse.
Mais, ])our avoir une idée plus complète de cette époque, c'est le fanatisme inexorable de Calvin qu'il fout mettre en regard do l'ardeur de Paul IV et de l'inflexibilité de Philippe 11. Calvin, qui avait foi sa patrie pour échapper à la mort, Calvin, qui tonnait contre Tintolérance des souverains catholiques, se fit inquisiteur et persécuteur à Genève. Non^seulement il subordonna l'État à l'Église, la société civile à la société religieuse, mais il proclama, lui aussi , que l'Église et l'État ont le droit de punir les héréti-* ques. Non content de s'arroger la haute main sur les consciences, il étendit sa vigilance jusqu'aux actes de la vie privée. Les (igents du consistoire pouvaient, comme les familiers de l'inquisition., pénétrer à tout instant dans Tintérieur des maisons ; et ils venaient souvent , à l'heure des repas, surveiller la tempérance et la conversation des convives. Le sombre législateur de Genève alla jusqu'à fixer la forme des vêtements et des souliers, ainsi que la coifl\]re des femmes ; do même , la dépense des repas fut ré-
' HtMK, chap XXVlil. Il y eut, ajoute-t-il, parmi les personnes con~ daiunées au feu cinq éréques, vingt et un ecclésiastiques, huit gentiishommes, quatre-vingt-quatre marchands, cent laboureurs, domestiques ou artisans, cinquante-cinq femmes et quatre enfants.
316 LES PAYS-B^S SOCS PHILIPPE If.
duiee à une mesure fixe. En niéme temps , la^anse est interdite ainsi que la lecture dé certains li^es , comnoe VAmadis. Des joueurs sont exposés au pilori ; une femine est brûlée pour avoir chanté dès etunosons impudiques. Pas de jfiitié surtout pour les blasphémateurs , les idolâtres et lés adoitères : ils doivent âtre punis de fnort ; pas dé pitié non plus pour ceux qui se4ivrent à la sorcellerie, n^ot si élastique dans la bouche des persécuteurs : ils sont voués au sùpptioe du feu. De nombreux aiilXHla*fé viennent attester la puissance et le caractère inflexible de ces loi» nouvelles. Il est surtout un épisode digne de figurer dans les pages les plus lugubres des annales de l'inquisition : c'est la mort d& Michel Servet. Rien ne démontre mieux l'inloléFance générale de cette époque, ainsi que rinconséquenOe des réformateurs religieux. Calvin , révolté contre l'Église de Rome , ne peut souffrir que l'Église de Genève rencontre égatenient des contradicteurs. Servet est condamné comme anii'triniiaire, le 27 octobre 4553, oC brûlé vif en présence de Calvin lui-même, qui a voulu assister d'une fenêtre aux tortures de cet infortuné ^ !
* fUiGNST, jtfémoifv êur l'étMiisement de ia Réforme dans G&liéve. ^ J. Bodm ■ H son tempe , par H. BAunaitLART , p* 42. — Misioire de Calvin. par AuDiN, passim» — Uisloiie de France, par L. Ramlb, t. I, p. 464. — « Un seul boni me j dit Mignet^ s'éleva contre cette barbare exécution : ce fut Sébastien Castalion , qui composa à cette époque un livre , de non puniendis gîadio hœretJcis, qu'il n*osa cependant point avouer et qu'il publia sous le nom supposé de Martin BelKns. Le cri qn*jl poussa fut sans érho; ropinion qu'il souUnt/sans parti dans ce siècle rigoureux et cruel, qui no perivieitait pas le.doutd, etqui punissait l'erreur i:éfléchie comme un crime contre Dieu. La persécution était alors la jurisprudence universelle des diverses communions chrétiennes, et, sans s*apercevoir de cet excès de coniradietionf celui qui aurait été martyr dans un lieu se fiiisait bourreaa dans up autre. Les hommes les plus modérés ou les plus doux «ipprouvèr«nt le supplice de Servet. Melanckiiion y applaudit, et Théodore de I)ôze le justifia dans son livre de hœretids gfadio pxtniendis. Chaque époque
L^E Vil (1524^1563). 317
DèÀ que PKilippe 11 eut pris poBseteion des Pays-Bas, il con^ Arma les ordonnances de soo pët^ comlre les hérétiques ainsi que les iDBtrtictions données -aui inquisiteurs; il maintint» en un moi. le régime <|u»Charies*Qoint avait Touhi établir» a^mme une barrière; oontir0>ffefivahisèeaieBt«|es nouveUesdoeiUine^. Après la |îa<éifi€a«lon de Câim^CUnbrésisv te^âcra QSingc^l rér
sek'Va toule son énerj^'poqr rextii^atién 4ie ces docti-ines qui^. brisant les obsCados <|u'on Jeur avait opposés, 9e :répaQdffient chaque jour davantaffe^ A la vérité, il jugea sinon, iQu^itei i^ moins imprudent, d'ajouter ostensiUegneot de nouvolles. rigpeurs à la légisiation si 'terrible de ÇHàrles-Quint ; mais il ordonna qu'elle serait exécutée aVee une inflexible .sévéfité. Aq nfiqrp^t de^ quitter les Pttys^Baii, it aVait adressé sur cejsuje^ d^ recommandations très-pressantes et des commandements formels à la gouvernante , à Tévéque d'Arras, an grand conseil de Halinea. et à tous les autres consdis de justice *. Mais lorsque la duchesse de Parme voulut mettre à exécution ces ordres réitérés et qu'elle commença de se concerter avec les gouverneurs des provinc<>s, elle souleva aussitôt les plus vives répugnances. Les magistrats ne dissimulaient point Jeur chagrin, en recevant les ordres de la cour ; quetques-uns de&'ooUea ne promettaient liepr assistance qu*avec ambiguïté ; d'autres déclaraient nettement qu'il n'était pas opportun de retourner à cette pierre contre laquelle on s'était si souvent heurté; enfin le chancelier de Brabant, Jean Scheyfve, s'abstint ipéme. de. communiquer à spp corps ce ^ue le roi lui avaîi' écrit de main propre louchaul. la n^lisioa,. prétendant que, s'il l'avait fait, il eAt péfdu (tout crédit ampr^^ des états*. Lu
a floa vice oomine go» leuvrei et clwqHe révolu tî^n ses boracs. I^ vice de ee Mèele, qailtet rintsèéranoe^ vintj comioe son œuvre, qui fut la réformation, de sa foi;.... i . j . . ,
I Voir ci-dsBsus, p. /IGS.
^ Stkada, |{b.- If. yofr^uasi la letlre Oe QrfuiTelle au roi« C octobre 4562,
ducheflse de Parme niandaît au rot q|ie> Wen qu'elle ne pût dire qu'aucun des seigneurs ne féi pa» bon catholique , elle ne voyait pourtant pas quils prooédaeseisi , dans les matièrea religieuses, avec toute la cfcateuf qui était nécd^saîre K Le (grince diOraage était déjà suspect; mais les frios mal nùtéa tarent d'alwd te marquis de Berghes et le barai dé Moïitigny ; on attribuait à leur tiédeur, à leur moltesseks progrès que l'héiéaielaisait à Valenciennes et h Touniay. Montigny fut dénoncé par lévéque de Tourriay pour avoir mangé gras pendant tout le carême j an lai reprochait encore, de même qu'à son Mra le. comte de 0ornes, qui était de retour daris les Pays-Bas, de dire baotemesi que c'était mal de verser du âang pour les a&ipes de religioa •• Ces aveux de la gouvernante des Payis-Baa et eeWe répugnance
daiû la Cofmponéanee da PhWw^ U. t. K P» i«. - aranvoUe, cependant, ne sefaiBûit pas iUusion sur la disposition des esprits, Il avait écrit au roi lo «3 avril 4560 : « On ne peut faire tout ce que l'on voudrait, et il est indispensable de procéder avec prudence et ménagement. Une autre conduite, par le temps qui court , ne fournirait que trop matière à des soulèvements, et sMls éclataient, nous nous trouverions dans le plus étrange
embarras pour y porter remède. • é Unecliose m*aflUgo, diflail^il,le
4 décembre suivant, cfest que les Juges éprouvent de la répu^ianoe à Wre observer les édits protiablemei^t, dans la ccainte de déplaire au peuple, et bien qu'ils ne laissent pas d'exécuter ce qu'on leur commande, ils s'y emploient avec tiédeur et mollesse. » Papiers d'État du cardinal de GranveUe,
t. VI. pp. 43 et 208.
» Lettre du 13 mars 41^63, Correêpandanet de PAO^ipe //, 1. 1«, p. 840.
« Lettres de GranveUe au tôl, du 40 mars «Idu 9 mal 4563* Ibid., pp* t»
eê449.-. « Ou entend dire souvent à Montigny, et même wis trop se
gêner • qu'il est abusif de punir de mort les délits en matière de religion. • Quant au prince d'Ovange, «ea diacours «fc ees dénacches,
comme ceux des autres seigneurs, no peuvent qu'inspirer une vérttaWe inquiétude. U prince n'a-il pas dit ouvertement à la ducbeSse de Panne que jamais il ne faillirait à sa patrie (l'Allemagne) ni ^ sa maison? w GranveUe au roi, 40 mars 4*63, dansles PâfHsrs d'Éiat, t. YII, pp 50 et Sî.
hattleneDi manifestée par les principaux sagneuradéinontraîaiil qu^un grand dia^pament s'étail epéré peu à peu dana les aentîmenls de la tioMeaaeeide la oibgistFature ao sujet de la répre^ sion sanguinaire de Thëréflie. Si les chevaliera de la Toieen d'or ei les états généranx emBent été de neifveau ooosultéd sur la joslke ou Topportunîté des piaoapdâ, il est hois de doute q*e leCir aasentimenl' oMt pins été unaniine, oomme sévste rè^n^ précédent. Philippe H, en nMiintenant les Mits de son père et en pneacriraiit lew' exéoviion rigoureuse» ne tint pas compte de œs. nouvelles dépositions des esprits el neut aucun égard à la diflërenoedee temps. Les lois terribles de Gharles-Quint n'ayant pa écraser les premiers propagateurs des doctrines de la réforme, comment poavaitH)n espérer qu'ar\^ec cette mAme législation, désormais ai odieuse à toutes les classes, on parviendrait à contenir et à dispenser d'innombraUes prosélytes, dont la ferveur et lesioToes s^étaient accrues par la persécution même ' !
Depruis Tabdication de Gharies-Quint, les doctrines de la réforme pénétraient de tous côtés dans les Pays-Bas, surtout à Taide des rapports de commerce. Par rAlIemagne, les doctrines luthériennes se répandaient dans la Frise, la Hollande et la Zélande. L'Angleterre, dont les négociants fréquentaient assidûment les villes commerçantes de la Flandre, contribuait aussi à cette propagande incessante. C'est ce qui faisait dire à Granvelle que le parti espagnol devait craindre par-dessus tout que les gens des Pays-Bas fussent bien avec les Anglais, à cause de la religion professée par la reine Elisabeth '. Enfin,Jes ministres calvinistes,
A On a dit non sans raison que dte lors les édits ëe Charles Quiat menagaîaat pmit^tre la moitié à» habitants des Pays-Bas. Philippe H et la Btlgîqtie, par A, hoMMVt^ extrait da tone XXV des Mémoires ée F Académie myoli de Belgique, p. 15.
' GeanveUe à Gcoçalo Ferez, 20 mars 4563, dans la Correepondance de l>Aawef/, t.Kp.S44.
SiO LES PAM-BAS SOCS »IILirK II.
%'eiiud de la France et* de Genève , se glissaient de toutes parts sous ie coalulne de colporteurs ou porle-balies, ^îslribuant des bibles huguenotes ou des pârophlets eontre l6<silhoKci9me, et particulièrement contre les édîtside CSharles-Quiat '.
D'autres causes .activèrent cette pmpegaside. Plusieurs gen« tibhommes, entre antres Leutsi de- ISaseau i • Inèpre du prinee d^Orange, et Philippe de. Mamiz, seigneur du.Moot«d6âle-AMRgonde, avaient fait leurs études à Genève et od avalent rapportéi tout en conservant des dehors ealholk|oda^u>i»ârdear astréroe dp pnopa^r dans leur pairie; la religi^ ^louveile-^Aont ils alétaient épris \ Le séjourpitolongé dans» les Pâj»-Bas éee tmiipes allf^ mandes et' suisse», < h^ la solde ■ de Cfaaiie^Ouintet delPibîlippe il, avait également conltribué. aux progrèsi de la «itforme. On avait dû tolérer, parmi ces Allemands,' leurs presabotn éirnigéUfues qui ne $o faisaie&t pas foute de recruter des auditiBuns : et de^ prosélytes dans le peuple ; un de ocis régimeots» tenant garnison à Aovers en 455i, avait même été autorisé «< à User de ebair
* BtNTivooiiOf liv.' l». — « GaWin, dit Mroi«rr, tnoddà de Ms livres el de ses missionnaires la France, les Pays-Bas, r«A-Bgleterre, l'âeotss et la P^Iogo^. A — « Au milieu de.s^. livrer et.4e.soa ^«de, Calvin, disait o ÉTiEivf.E Pasquibr, étoit d'une n^ure remuante le possible, pour Tavan- » cernent de sa secte. Nous vtmes quelquefois pos prisons regorger de tf pauvi-es gens abusés, lesquels sans entrecesse il exliortoit, consoloif, « conflrmoit par lettres ; et ne manquoit de messagers auxquels les portes • étaleht ôuTertés, no^obstafat quelques dKKgencesque les geôliers appo^ « tesaent au ooatraim; • Métà^rtihea de la Fnancê, data les C^mw9$ choisies (édition de M. L. Fougère), 1. 11, p. 424 .
* SraAP^, lib. Y. — Du reste, outra Tégiiae française, il s'était larme è Genàme des églises Italienne,» espagnole,, anglaise, éoossaise^ flamande, au moyen des réfugiés r^igieux de «se 4iveis pays* On prâchait en flamaod dans le temple autrefois dédié à saint Germain. Voir Avotit, Biêlok9 de Cahin^ t. .14, et le Mémoire de Mkuiet. B» ^SBO, l^anibassadeor vénitleD, Giovanni Michiel, évaluait à dix mille le nombre ides réfugiés; h Genève.