‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 127 sur 152 · LIVRE Vf · texte numérisé non relu

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était revenu à Bruielles, finit par persuader à sa ièiniDe que le cardinal leur nuisait près du roi ; de son cAté, la gouvernante s'était aperçue avec dépit que Granvelle ne lui communiquait pas toutes les affaires dont il rendait compte à Madrid ; enfin, les seigneurs lui avaient fait dire que, si elle voulait se ranger de leur c4té, il en résultei^ait un grand bien et qu'elle même y trouverait quelque satisfection, car ils se faisaient forts d'obtenir des états , pour elle en paiticuKer , de fortes sommes *. Cette dernière promesse ne devait pas être sans influence sur la détermination de Marguerite de Parme , trèfr^intéressée par elle-même, et qui , d'autre part , avait grande confiance dans son secrétaire Tomàs ArmeniteroS) dont la réputation de probité était très-équivoque* Ce fut lui qu'elle envoya en Espagne , le 43 aoAt , avec la mission secrète d'appeler l'attention du rot : sur les progrès de l'bérésie ; la pénurie du Trésor ; là nécessité de réparer les places frontières, et principalement sur la lutte entre Granvelle et la noblesse. Annenteros devait dire au roî comment l'hérésie se propageait dans la Basse-Flandre , à cause des rapports de cette proviiice avec TAngleterre et la Normandie, ainsi que dans la Zélande et dans la partie du Luxemboui^ qui touchait à la France. Il devait lui exposer que les charges annuelles excédaient les revenus de plus de 600,000 florins et que tous les moyens de finances étaient épuisés. Il devait justifier la conduite tenue par la duchesse dans l'affaire de la sortie des troupes espagnoles et dans celle des secours env'byés au roi de France ; il devait en même temps solliciter une règle de conduite, pour le cas 011 les seigneurs insisteraient sur la nécessité de réunir les états généraux. Elle ajoutait enfin qu'il était temps de trancher le grave différend survenu entre le cardinal de Granvelle et la noblesse. Elle connaissait, disait-elle, tout le mérite du cardinal,

» Voir les Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VII, pp.' 77 el m.

sa haute capacité, son expérience consommée des affaires d'État, le zèle et le dévouement qu'il montrait pour le service de Dieu et du roi ; mais, d'un autre côté, elle devait aussi reconnaître que vouloir le maintenir aux Pays-Bas, contre le gré des seigneurs, pourrait entraîner de grands inconvénients, et même le soulèvement du pays ^ Pour ébranler tout à fait Philippe II, Armenteros devait lui communiquer aussi une grave poDfideooe faite à la gouvernante par le comte d'Egmont *. il en résultait que c'était seulement grftce à lui que Granvelle avait vécu jusqu'alors, mais que dorénavant il se déchargerait de ce soin sur la duchesse ellonméme \ Du reste, renvoyé de la duchesse de Parme fut chargé par le comte d'Egroont de dire et de certiier au roi que ce seigneur, pour le service de Dieu et le sien, et pour la défense de rancienne et catholique religion, exposerait tot^oiirs sa vie el SQ fortune ; que si son propre flis ou frère faisait quelque chose contre elle, il le jetterait dans le feu de ses propres mains '.

Armenteros arriva le 45 septembre à Moozon, ou. Philippe II s'était rendu pour tenir les Certes d'Aragon. Gomme il trouva le roi dans une grande impatience de connaître l'état des affiiires des Pays-Bas, il l'entretint quatre heures entières dans sa première audience, oii il lui lut les instructions écrites de la gou-

1 Correspondance de Philippe II, t. l"*, p 266.

' Ce détail est fourni par Strada, lib. III. Il résulte, au surplus, d*un document contemporain que Granvelle prétendait réellement queses ennemis voulaient le faire taer. Même , un jour, il déclara au comte d'Egmont que Von avait traité dans ce but avec on gentilhomme bourguignon nommé LaviUette. Gelai-ci, averti, vint àBnudles et déclara an cardinal et aux seigneurs n'avoir jamais tenu les propos dont on Taccusait; il voulait, d'ailleurs, s'en rapporter aux résultats de Tenquéte que Too pourrait ouvrir afin de connaître la vérité. Défende personnelle du comte de Homes, dans le Supplément à Sîraâa, t. W, p. 445.

^ Tom&s Armenteros à Antonio Perez, 46 octobre 15C6, dans la Correspondance de Philippe II, I. I", p. 476.

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vernante. Il fut encore appelé les jours suivants. Quoique Philippe H eût pris antérieuremeni la résolution de ne pas se laisser arracher la destitution du cardinal de Granvelle, le secrétaire de la duchesse de Parme sut néanmoins jeter quelque incertitude dan» son esprit '. Que Philippe fût rassuré ou non sur la situation.iles Pays-Bas, il venait de décliner les offres que lui faisait le jeane roi Charles IX d'employer tout ce qu'il avait de forces et de moyens pour maintenir la conservation de l'obéissance dans ces provinces *. A la vérité, dans la situation où se trouvait la cour de France dominée par le parti de Goisgny et de C!ondé depuis l'assassinat du duc de Guise, ces offres pouvaient paraître au roi catholique peu sincères. Quoi qu'il en fât, ce n'était pas l'habitude de Philippe II de prendre une résolution immédiate. La tenue des corlès. d'Anna fut le prétexte dont il se servit pour différer de Joiur en jour de renvoyer Armenteros, outre Thabitode de temporiser qui caractérisait, selon Streda, ce prince souptionneux.

jLa situation fioanciëre des Pay&-Bas exigeait pourtant une prompte résolution. Armenteros avait été chargé de. demander au roi la convocation des états généraux, s'il ne \t>ulait prendre à sa diarge l'entretieQ des garnisons. L'aide. triennale accordée pour cet effet en \ 560 était sur le point d'expirer et l'on disait que son renouvellement rencontrerait de la difflculté dans certaines provinces. La demande sMtail faite, à la vérité, en 1 560, aux états particuliers des provinces ; mais alors on avait prétei^té l'urgence; il était douteux que, cette fois, les états fussent disposés à accumllir une proposition qui ne serait point faite en assemblée générale. En conséquence , le roi permit que des députés des provinces se fendissent à Bruxelles pour ouTr les

< Stiuda« lib. m.

* Archivée de la maison d'Orange-Nassau, 1. 1*', p. 174.

propositions de la gouvernante des Pays-Bas ; mais ^le-ci devait faire en sorte qu'ils ne se oonstituassent point en états généraux dans la forme usitée en 4 558 et dont le souvenir était si désagréable pour Philippe II et pour Granvelle ^ En môme temps, le roi avait écrit aux principaux seigneurs, les exhortant à user de leur influence auprès des députés pour qu'ils se conformassent au vœu qui serait exprimé par la gouvernante. Le prince d'Orange et ses amis, après avoir reçu les lettres du roi t n'hésitèrent point à déclarer publiquement à la duchesse de Parme qu'ils se verraient obligés de décliner toute participation aux travaux des états si le cardinal de Granvelle se trouvait présent. Pour ne pas faire échouer une négodalion à laquelle Pidiippe II devait attacher une ' grande importance , le cardinal eut le bon esprit, de s'éloigiier momentanément de Bruxelles en prétextant la nécessité d'une tournée dans son fio^ cèse '. En demandant pour trois années la continuation de l'aide destinée aux garnisons, la régente Qt observer aux états que la somme votée avait été insuffisante, et elle exprima la confiance qu'ils pourvoiraient au déficit annuel que le roi avait dû combler. Elle avait espéré, ajoutaitrcUe, que le roi seraH venu aax Pays^as avant l'expiration des trois années pour régler cet objet

1 La réunion des députés des provinces, le 3.âôcembre 4563, ne pouvait être considérée comme de vrais états généraux, puisque la convocation de l^assemblée générale ne cessa d*étre réclamée par les adversaires du cai^ dlnal de Granvelle. Dans le cas présent , il ne s'agissait que d*iine proposition à faire par le gouvernement, tandte que les seigneurs auraient voulu une délibération en commun. Au surplus, la lettre adressée par la duchesse do Parme au roi, l^e 5 janvier 4M4, nous paraU avoir mis oe i)oiat hors de contestation ; elle lui mstnde qu'elle a encore quelque espoir d obtenir Vaide sans devoir en venir aune assemblée générale. Voir la Correspondance de Philippe II t. I", p. Î80.

' Archives de la maison d'Orange-Nassau , t. I*r, et Correspondance de Philippe //, t. I«r, p. 274.

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vi d'autres qui requéraient grandement sa présence ; elle lui en avait adressé la prière dans plusieurs de ses lettres ; mais comme il avait été si longtemps absent de ses royaumes d'EspagnCi il se trouvait contraint d'y prolonger son séjour. Du reste, il avait, à diverses reprises, promis de revenir visiter les Pays-Bas, et Ton devait compter sur l'accomplissement prochain de cette promesse '.

C'était aussi le désir ardent de Granveile, car, à cette épo* que môme, il mandait à Philippe II que tous remèdes, en son absence, seraient inutiles, tandis que, s'il venait, il suffirait d'un signe de croix pour faire cesser le mal \

Les adversaires du cardinal n'épargnèrent rieja pour se concilier les députés des états^ teignant de suivre en cela les instructions du roi ; mais ils voulaient aussi leur prouver qu'il régnait entre eux la liaison i^ plus étroite. Ils leur donnèrent de grandes fêles et les invitèrent à de somptueux festins où les tables étaient de soixanle-dix à quatre-vingts couverts et soi^vies avec Juxe. Le prince d'Orange traita les députés des provinces de Flandre et d'Artois, gouvernées par le comte d'Egmont, et celui-ci rendit cette politesse à ceux de Hollande, d'Utrecht et de Zélande, dont le gouvernement appartenait à son ami '. Vers la même époque, le comte d'Egroont, le marquis de Bergfaes, le baron de Montigny et plusieurs autres seigneurs assistèrent à un Ixinquet donné par Gaspard Schcts, seigneur de Grobbendonck et trésorier de l'épargne. De propos en propos, on en vint à parler des livrées et des dépenses qu'elles occasionnaient. Les convives commencèrent par louer la coutume des Allemands qui faisaient des dépenses

* Gacbard, Des anciennes assemblées nationales de la Belgique, 2' partie. ' Correspondance de Philippe II, l. I"-, p. Î74. ' Lettre du cardinal de Granveile au roi, dans les Papiers d'État, t. Vif , p. «6«.

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plus judicieuses et plus utiles en nourrissant ded chevaux de guerre ; quant à leurs valets, on les voyait, durant toute Tannée, avec les mêmes chausses de cuir et les mêmes casaques, au lieu de manteaux à manches , et ils n'avaient d'autre ornement que quelques bandes de soie de diverses couleurs, appelées aUes ou aikrons, sur le haut des manches. Cet exemple fut approuvé de tous les convives; et ils manifestèrent l'intention de Tiroiter. Ils prirent aussi la résolution* d'adopter pour leurs valets une livrée commune «. Le sort devait désigner celui qui indiquerait cette livrée; il tomba sur le comte d'Egmont. Il fit faire un habit de drap noir et mettre au haut des manches du manteau les ailes de soie dont on a parlé, et sur lesquelles furent ajoutées, comme emblème, des tétés d'hommes faites à Taiguille et des coqueluchohs de diversieâ couleurs, ainsi qa^oh avait coutume d'en attacher aux habillements des boufTons. Bientôt de semblables costiinies se niultiplièrent dans les boutiques des brodeurs et des tailleurs. La malignité du public s'en préoccupa. Ceux-ci appliquaient les coqueluchons au cardinal dé Granvelle et disaient que Fes têtes représentaient aussi le cardinal et ceux de sa faction, ebmme le duc d'Arschot, le baron de Bei^laymont et le président Viglius. Ceux-là se persuadaient que les nobles voulaient moatrer par ces insignes qu'ils n'étaient pas des têtes folles, comme le cardinal les appelait quelquefois *, mais que Granvelle lui-même

1 Le 9 décembre 4563, Guillaume de Nassau écrivait de Braxelles à son IVére Jean : a Nous avons été ici aVec les états, leur faisant faire la meilleure chère qoll nous a été possible; il y a beaucoup de choses qui se sont passées, trop longues à écrire et qu'il vaut mieux dire de bouche que non pas écrire. • Parmi ces choses se trouvait sans doute la résolution des seigneurs de se distinguer par une livrée commune. Archivée de la maison (i'OrangeNassau, 1. 1", p. 487i

' Granvetle ne cessait dépiquer et de mordre les seigneurs, appelant les uns fols, les autres luthériens, etc. Le Pktit, Hv. IX.

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aussi bien que ses partisans étaient les seuls qu'on dût montrer aa doigt. Bien que la gouvernante, eût d'abord interprété cette invention un peu plus favorablement, elle ne fut pas longtemps néanmoins sans s'apercevoir de l'émotion du public; aussi pressat-elle vivement le comte d'Egmont d'abandonner les nouvelles livrées. On se borna toutefois à ôter des manches les têtes et les roqueluchpns y qui étaient les principales causes de scandale. Encore ne les enleva-t-on pas sans répugnance ; ce ne fut même qu'après le départ du cardinal que le comte d'Egmont donna ridée de mettre en leur place un faisceau de flèches. Cet emblème, imité des armes du royaume de Castille, était un témoignage, préteodait-il, de l'union que les seigneurs avaient jurée dans ce qui se rapportait à l'obéissance due au roi. Il était plus exact d'y voir up témoignage de la coalition formée contre le principal ministre de Philippe II dans les Pays-Bas ■ . En même temps, des placards injurieux pour Granvelle et les nouveaux évéques étaient afiSchés au coin des rues, et des libelles diffamatoires, répandus dans le public. Le roi avait commandé à la régente, depuis les troubles de Yalenciennes, de ne pas souffrir davantage ces écrits outrageants. Mais à peine eut-elle commencé la recherche des coupables qu'elle cessa les poursuites, parce

1 Granvelle ne se mépril point sur rintention de ses aârersaires : • Cest une bien mauvaise affaire, disait-il au bi, que celle de la iwrée adoptée par ces seigneurs et leurs adhérents, non pas précisément à cause de Tinvention des marottes et des chaperons , qui est la moindre des choses^ mais parce que de tels signes extérieurs annoncent une sanction donnée à la ligue, chose que ne doit souffrir à aucun titre tout prince quelque peu jaloux de son autorité. Toutes les démarches de Son Altesse pour faire cesser de pareilles démonstrations sont demeurées inutiles Dans la vue de se déclarer d'une manière plus positive, ils ont changé leurs emblèmes, en substituant aux marottes les flèches des réaux de Castille, lesquelles en faisceau

ne peuvent se rompre, mats que Ton brise en les prenant une à une •

Papiers d'État, t. VII, p. W5.

qu'elle appréhendait d*en découvrir les auteurs et de se servir (comme elle le fit savoir au roi) d'un remède plus dangereux que

r le mal K

Le pape se montrait alors déterminé à Ater la principauté d'Orange à Guillaume de Nassau, sous prétexte que lui et sa femme étaient hérétiques, et quil autorisait les prédications huguenotes *. Or, Guillaume ne se doutait pas que Granvelle , à qui il imputait ces desseins hostiles du pape, intercédait alors même en sa faveur. Informé de la résolution prise à Rome, le cardinal profita d'une occasion qui s'offrait pour écrire immôdiatemeni à l'ambassadeur d'Espagne, puis il pria la duchesse de Parme d'appuyer ses démarches près du pape et près du roi. D'après le témoignage de Granvelle, il ne fit jamais semblant ni au prince d'Orange ni aux siens de l'initiative qu'il avait prise en cette occasion importante V Du reste, la duchesse de Parme manda au roi que la décision attribuée h Pie IV lui avait paru "hors de raison , principalement parce qu'elle serait prise sans avoir entendu le prince dans les explications qu'il aurait à donner. Elle avait donc cru devoir charger le grand commandeur de Castille \ par lettre du \^ décembre, de faire tous les offices nécessaires auprès du pape afin que, sans la volohté expresse du roip il ne procédât ni contre le prince d'Orange ni contre quelque seigneur que ce fdt des Pays-Bas. m II est d'une extrême impor-

1 SlBAOAjib.IV.

' Par suite des avautages remportés dans la principauté d'Orange par les protestants , sous le S' de Grussol , le prince avait donné, le $6 août 4563, un édit qui maintenait Texercice de la religion catbolique dans les églises cathédrales et autres, mais îqui permettait aussi à ceux de la religion ré-

formée de vivre librement en toute la principauté. Archivée de la maison d'Orange-Nassàu, 1. 1'», p. 484.

' ïbid, p. 423.

* Don Luis de Requesens y Zuniga, ambassadeur de Philippe II à Rome.

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