LITRE VIII
lière de ne pouvoir profiler de la bonté du roi qui Tavait appelé à Madrid. Cette lettre dénotait les incertitudes de ce seigneur et même une sorte de crainte vague. Il ne doutait point, disait^il, que, s'il eût osé montrer à ses collègues la lettre que le roi lui avait écrite pour l'engager à venir en Espagne, ils n*eus6ent été d'une opinion différente. Il ne l'avait pas osé faire de crainte de déplaire au roi -, et, cependant, li serait le plus content du monde de pouvoir baiser les mains de S. M. H ajoutait en post-soriplum qu1I> n'avait pas dépendu de lut de faire trouver bon le voyage deTun des seigneurs vers le roi. Mais ses amis lui avaient opposé le discrédit qui rejaillirait sur celui qui l'entreprendrait, car on eût aussitôt répandu le bruit que c'était le cardinal qui leur imposait cette corvée. Il était disposé néanmoins à se rendre immédiatement «n Espagne sll plaisait au roi qu'il prétextât une aflhire paitîculière. Dans une lettre également personnelle, le comte de Homes suppliait le roi d'avoir égard à la < seconde re** quête des seigneurs, de ne donner aucun crédit aux informations qui pourraient lui être adressées d'autre part, et de demeurer convaincu que lui et ses amis étaient prêts à faire respecter la religion et déterminés à se comporter toujours comme ses très* loyaux vassaux et serviteurs *.
Le cardinal ne restait point inactif en présence de cette forte opposition qui l'accablait de soucis. « Vous ne me reconnaîtriez plus, tant mes cheveux ont blanchi , » écrivait-il un peu plus tard à Gonçalo Ferez. Pour neutraliser l'effet des accusations dont il était l'objet de la part des principaux seigneurs, il fit connaître à Madrid leurs dispositions réelles et leurs vues ultérieures. A l'entendre, Berlaymont, Viglius et Hopperus étaient détestés autant et plus que lui ; on commençait par lui pour finir
' Ces lettres se trouvent par extraits dans le Supplément à Sifxula, 1. 1«, p. 284.
par eux Le marquis de Beiighcs était celui des seigneurs qui faisait lo plus de mal et s'affichait avec le plus d'effronterie. Montigny était aussi fort blàmabie : il avait dit, à un dîner chez le prince d'Orange, que s'il n'y avait pas de huguenots en Bourgogne, les Bourguignons ne devaient pas être des gens d'esprit. Lui et le marquis de Berghes tenaient des paroles très-hardies au sujet du roi lui-même. L'objet des ligués était de parvenir à l'assemblée des états généraux , à la téCe desquels se nietiraient ceux de Brabant, et de cette manière le prince d'Orange et le marquis de Berghes auraient la haute main sur les affaires. Leur but était, — on a déjà entendu cette grave accusation — de réduire le pays en une forme de république, où le roi n'aurait d autre pouvoir que celui qu'ils lui accorderaient ^
€ette lutte ouvertement déclarée entre le cardinal de Granvello et l'élite des seigneurs des Pays-Bas rendait la position de la duchesse de Parme extrêmement pénible dans un moment ou la plos grande union était nécessaire pour faire face aux besoins du Trésor et aux progrès croissants des doctrines de la réforme. Après avoir été d'abord sincèrement attachée à Granvelle » dont elle reconnaissait le mérite supérieur et à qui elle savait gré de défendre avec énergie les intérêts de la maison de Farnèse, Marguerite de Parme avait laissé peu à peu refroidir ce premier attachement, soit qu'elle fût réellement effrayée de l'impopularité du cardinal , soit plutêl qu'elle eût été blessée dans son amour-propre par l'influence même dont Granvelle jouissait à la cour de Philippe II et qui élevait presque ce ministre au rang de protecteur de la gouvernante des Pays-Bas. Désespéré de ne pouvoir recouvrer la citadelle do Plaisance, Octave Farnèse, qui
* Lettres de Granvelle au roi et à Gonçalo Perez, pendant les mois de juillet, d'aoOt et de septembre 4563. Correspmdanct de PftUippe ii, 1 1'^ p. Î61 et suiv.