‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 129 sur 152 · LIVRE viii (i5G · texte numérisé non relu

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elle, que Votre Majesté ne saurait rien faire de plus pr<^jjdieiable à son service que de laisser cette affaire en suspens, tandis qu'elle gagnerait beaucoup à renvoyer promptement ArmenteroSy avec la résolution qu'elle aurait prise. La conservation de ces province est d'une extrême importance pour celle des autres Étals et royaumes de Votre Majesté. Il n'y a pas de tempe à perdre : je répète qu'il y a de rirritatîoo dans les esprits. Chacun ici croit voir que Votre Majesté sesoucie peu de ce pays, et qu'elle Toublie et le délaisse. Je ne saurais dire combien la nation est blessée de cette idée ; on va jusqu'à assurer que Votre Majesté a près d'elle des ministres qui lui conseillent de tenir ces provinces dans le besoin , comme moyen de les réduire ainsi à l'état de pays conquis K »

Quelque temps après, la duchesse insista de nouveau sur une prompte résolution. Lecomte d'Egroonl était le seul des seigneurs alors à Bruxelles. Il était venu lui dire, avec animation, que tous étaient informés qu'on parlait d'eux auprès du roi d'u nef manière fort étrange : qu'on avait fait entendre è Sa Majesté que^ si elle venait aux Pays-Bas avec une armée, elle n'y serait pas reçue; que le vice-roi de Naples avait avancé, dans une certaine réunion, qu'ils couraient è leur perte. Il ajouta que tout cela devait procéder de leurs envieux-, qu'ils ne croyaient pas devoir se justifier auprès du roi , attendu qu'ils se sentaient forts de leurs bonnes intentions et de leur fidélité, mais qu'ils craignaient pourtant que la calonmie ne finit par faire impression sur l'esprit de Sa Majesté. La duchesse s'était efforcée de le désabuser et de l'assurer que le roi avait toute confiance dans les seigneurs , et particulièrement en lui. Il s'était mis alors à déplorer la situation dans laquelle se trouvait le pays, exprimant la crainte que quel-

' Lettre de la duchesse au roi, du 5 janvier 1564. Corrd^pondaiicerd^ Philippe //. t. W, p. 2S0.

que tumulte n'y survtnl; disant qu'en ce cas on n'obéirait poinl aux ordres que la duchesse donnerait , tant que le cardinal de Granvelle assisterait an conseil d'État ; déclarant enfin qu'il voulait aller à l'étranger jusqu'à ce que le roi eût pris les mesures rédamées par Tétat des affaires. La dudiesse, en lut répondant sur ces différents points , l'avait prié surtout de ne pas Tabandonner, dans un temps où son concours lui était si nécessaire ^

Quant à Granvelle , il aurait voulu, pour couper la source des bruits répandus dans les Pays-Bas sur les intentions do roi, que Ton ouvrit les lettres qui s'écrivaient d'Espagne par des particuliers. Il insistait de nouveau sur la nécessité do détacher Egmont des autres seigneurs : il lui croyait un cœur droit et de bonnes intentions, et seulement égaré par les autres *. « Son vœu intime, disait-il un peu plus tard, serait que chacun s'oocupfttde calmer ces seigneurs , de leur ouvrir les yeux , de les ramener dans la voie du devoir env^^ leur souverain ; ce qui leur serait plus honorable et profitable que de se soumettre à une fottle d'hommes vils et à ce méchant ammal nommé te peuple, qot pourra UeQ quelque jour les payer de sa monnaie ordinaire, c'est-à-dire les entraîner dans une ruine complète , tout en compromettant gravement la cause du souverain '. »

Philippe II avait, suivant sa coutume, voulu longtemps délibérer avant de prendre une résolution ; et ne se fiant pas à luimême, il jugea atSe de consuller un personnage qui jouissait de toute sa confiance. C'était 4e duc d'Albe, alors à Huesca. Lé roi lui écrivit de Monzon, le 4t octobre 4S68, pour l'inlformer de îarrivée d^Armenteros et de la détermination prise par le prinœ

' Correspondance de Philippe II, lettre de la duchesse au roi, du 24 janvier 4ft6(, p. 283.

» Ibid., t. 1er, p. 284.

' Ibid., t. H,t- ^^- Lettre de Granvelle w roi, du f» ttvrier IBM. Voir aussi les Papiers d'État, t. VIî, p. 368.

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