‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 137 sur 152 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

Hollandais qui se hâtèrent de retourner dans leurs provinces : on pendît seulement un des séditieux signalés parnoi ceux qui avaient jeté des pierres aux ofiSciers de justice K

Le cordelier apostat, qui avait été arrêté à Lille» ayant également refusé de se rétracter , fût brûlé i petit feu. Cette exécution n'excita point un soulèvement; oiais on vit un vieillard se détacher des assistants , bfiiser le poteau où le condamné avait été enchaîné et recueillir ses cendres. Un autre hérétique» détenu à Valenciennes, parvint à s'échapper par la connivence de la fille du geûlier qui fut jusiiciée pour ce fait '.

En présence de ces témoignages de sympathie donnés, jusque sur le bûcher, aux condamnés pour cause de religion, le gouvernement pouvait redouter des manifestations plus graves encore que l'émeute d'Anvers. Aussi résolut-il d'éviter les exécutions publiques et de faire périr les condamnés daus les prisons même. Il y eut dès lors un grand nombre d'exécutions secrètes; les uns moururent par l'épée, d'autres furent étranglés, ceux-ci brûlés, ceux-là noyés dans de grandes cuves '.

Cependant le fanatisme ou le zèle outré de quelques inquisiteurs vint plus d'une fois se heurter aussi contre la fermeté des magistrats communaux, qui considéraient coipme un devoir sacré de défendre les antiques privilèges dont ils étaient les gardiens. C'est ainsi que Pierre Titelman , auquel était confiée la surveillance de la foi dans la Flandre, provoqua contre ses tentatives d'oppression une manifestation solennelle de la commune de Bruges. D'après les témoignages de Viglius et de Granvelle euxmêmes, cet inquisiteur apportait dans Texercicede ses fonctions

I Grande chronique de Hollande, liv. IX^; Stbaoa, lib. IV, et Papiers d'Étal du cardinal de Granvelle, t. YllI, pp. ^36, 425 et 44S.

• Papiers d*Ètat, t. VIIÎ, p. 583, et Correspondance de Philippe II, t. I^^, p. 333.

' Grande chronique de Hollande, t. H, p. 73.

une àpreté et une indiscrétion compromettantes *. Foulant aux pieds les privilèges de la ville, il dirigeait journellement ses informations non-seulement contre des gens notoirement suspects d'hérésie, mais mèiiie contre des habitants qui jouissaient d'une réputation sans tache et dont tout le t^rime était de n^ pas favoriser ses usui^pations ; il faisait citer devant lut, pdr son promoteur, tels témoins que bon lui semblait', hommes ou femmes, petits éu grands, et leur arrachait par ta menace les aveux dont W avait besoin. Le magistrat avait réclamé lintervention de révoque et invité l'inquisiteur à ne diriger ses poursuites que contre Jes pepsonnes formellement suspectes d hérésie; il lui avak été proposé, pour donner à ses enquêtes l'impartialité néiœssaire, d'associer deux échevins aux interrogatoire^ quil dirigerait; enfin, le vœu avait été exprimé que llnquisiteur s'absttnt -de «requérir l'assistance du bras séculier et de procéder à I^rrcstation de bourgeois de la ville à moins qu'ils n^eussent été d'abMYl , conformément aux privilèges , convaincus et délaissés par le tribunal écfaevinal : mais toutes ces propositions avaient été repoussées par Titeiman , et il avait répliqué qu'il agirait c^mme il Tenteiidrait. Et , en effet , il poussa Taudacc jusqu'à faire arrêter dans une église même et conduire en prison un bourgeois de la ville. Mais ce dernier acte lassa la patience des magistrats. Ils ordonnèrent l'arrestation des sergents, qui avaient prêté leur aide à cet abus d'autorité, délivrèrent leur concitoyen et, pour calmer le peuple qui sHrritàit, firent annoncer par les crieurs publics qu'ils allaient prendre leur recours vers la gouvernante. Dans la requéDe qui lut bientôt soumise à Margue* rite de Parme , les bourgmestres , échevins et conseil de la ville de Bruges lui signalèrent avec force les inconvénients qui résul-

* Granvelle disait de lai « qu'il avoit bon zèle, mais qu'il étoit, en aucuoes: « choses, indiscret et esclandreuS. •' ..

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