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talent des axràs d'autorité auxquels se livrait Tinquisiteur Titelinan, et ils conjurèrent la régente de les. réprimer. Ces réclamations acquirent plus de gravilé encore lorsqu'elles eurent été appuyées par une protestation solennelle des quatre membres de Flandre contre les usurpations àe Tinquisition. Toutefois la gouvernante, après avoir entendu l'inquisiteur incriminé, n'osa point le condamner ouvertement } elle inscrivit une réponse dttatoîre sur la requête de la commune de Bruges , ajoutant néanmoins qu'elle avait recommandé à Titelman de se conduire désormais avec plus de discrétion , de modération et de respect. Dans ces circonstances , Titelman avait trouvé en fray Lorenzo de Villavioencio, l'espion du roi à Bruges, l'appui ie plus énergique et le plus e£Bcaoe. Fray Lorenzo écrivit lui-même à Philippe Il « qu'il avait soutenu l'office de la sainte inquisition « dbntre la ligue publique et secrète des quatre membres de u Flandre ; qu*il avait empêché que le conseil privé ne fit brAler i< un inquisiteur en Zélande et ne destituât celui de Flandre, « Titelman , auquel on attribuait faussement des choses horri- K blés, n A la suite des informations qui lui furent données, Philippe prit le parti de l'inquisiteur contre les états de Flandre : dans une lettre du 25 novembre 4564 , il enjoignit à la gouvernante d'encourager et de favoriser Titelman de tout son pouvoir ^ En outre, le roi appela tout particulièrement l'attention de sa sœur sur la grande cité commerçante des Pays-Bas, sur cette vraie Babylone, comme un inquisiteur la nommait. Il avait appris, disait-il, qu'il se trouvait à Anvers une infinité de juifs qui s'assemblaient en leur synagogue, se circoncisaient et faisaient leurs cérémonies publiquement; qu'il s'y représentait
>SniAnâ , lib. lY. — Papien d'Éua du cardihaldB ^ratwelle, t. VilJ, pp. 377, 434, 436 ci 460.— Correspondance de Philippe II, t. In, p. 338, et
t. Il, p. XVII.
45G LES PAYS-BAS SOUS BltfUPPË II.
des romédies très-libres, « où, ajoutaiMI , on parle mal de mu personne, ce dont je ne ferais aucun cas si, en même temps, on ne s'y moquait de notre sainte foi et religion catholique ; » il Tmformait aussi que les femmes allaient accoucher à Anvers pour y faire baptiser leurs enfants à la mode des hérétiques; enfin, il avait appris que, à Anvers, de même qu'en Hollande et Zélande, la maudite secte des anabaptistes se propageait. Il recommandait instamment à la régente des Pays-Bas de l'extirper. « C'est une grande honte, disait-il, que les hérétiques d'Allemagne eux-mêmes ne veuillent la souffrir , et qu'elle trouve un refuge et de l'appui dans mes États '. »
On venait de saisir à Bruges des aflSIiés d'ime secte encore plus menaçante, car elle alliait le brigandage le plus audacieux aux doctrines les plus infâmes. Cette bande, qui comptait des complices dans les principales villes des Pays-Bas, existait depuis une vingtaine d'années et avait son siège principal à Anvers. Les chefs, c'est-à-dire ceux qui participaient aux profits principaux, étaient au nombre de dix-huit : les autres étaient loués par ceux-<^i, lorsqu'il y avait quelque entreprise à faire, et, la chose effectuée, ils se retiraient, contents d'avoir reçu une rétribution, sans connaître les ehe& , ni personne , ou , tout au moins^ sans avoir une connaissance certaine de leurs refuges, ni de leurs habitations. Les principaux de la bande, les parfaits, étaient .soumis aux épreuves les plus dures avant leur initiation com-
I Correspondance de Philippe 11, t. !«<-, p. 32S. — Granvelle se montrait également trèâ-rirrité contre la métropole commerciale d« pays. Vers cette époque, il écrivait à Gonçalo Ferez : • .... Ce qu*il faudrait, pour mettre l'ordre en cette ville, ce serait, avec la présence de S. M., la construction d'un château et la réforme de la justice et de la police locale , ou bien la tpanslation du commerce à Gand, puisqu'il s'y trouve un château, ei que 1 ouvrage qui a été fait au Sas, y donne de grandes commodités pour le commerce. » O/xr. ciL, t. W, p. 339.
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pièta : on s'assurait, par les toannents qu'on faisait subir au néophyte, qull saurait , étant pris, souffrir avec courage les tortures auxquelles ]a justice le condamnerait. Ils avaient , au surplus, des lois particulières pour se gouverner et ^es noms d'emprunt par lesquels ils se connaissaient. S'agissait -il, par exemple, de piller un monastère de religieuses, le capitaine de Bruges écrivait à celui d'Anvers en ces termes : « Tel jiMir de u tel mois, à telle heure, je marie ma fille, en tel endroit; je u voudrais que vous vous y trouvassiez; venez y en si bon «< ordre que ma fête en soit honorée, n Us avaient également une religion particulière et un ministre, assembleur ou marieur, élu de la manière la plus bizarre. Tous se réunissaient dans une maison à la campagne oii, pendant trois jours , ils jeûnaient et priaient , les jambes et les pieds mis et sans aucune espèce de linge sur leur corps ; les votes étaient ensuite recueillis , et le ministre nommé à la pluralité des suffrages. II convient maiotenant de citer les propres paroles d'un contemporain : t Ce ministre a autorité de marier et de démarier ; il donne k ehaoïn les femmes que celui-ci peut nourrir. Jusqu'à présent, celui qui en a eu le plus, en a eu six : d'autre en ont quatre ; la plupart en ont deux. Ces femmes ne peuvent appeler leur mari autrement que seigneur; ils se fondent en cela sur ce qu'Abraham était nommé ainsi par sa femme Sara. Après le souper, le o^ri désigne la femme qui dormira avec le sdgneur : aucune ne peut se recommander ni s'offrir d'elle-même. Elles récitent certains vers, et celle qui dit le dernier va dormir avec le seigneur. Quand quelqu'une des femmes montre du dégoût de ce genre de vie, ou donne à son mari un sujet de mécontentement, il sen plaint au ministre : alors on l'emmène dans un bois, et le minislre la tue. U y a eu tel ministre qui en a mis à mort six ou sept. Ils baptisent leurs enfoots, non pour la rémission de leurs péchés et l'infusion de la grâce, mais pour
éviter le scandale, et pouvoir vivre parmi les autres cttoyeiis. Ils ont des nourrices à eux qui élèvent leurs enfants. La raison pour laquelle ils permettent plusieurs femmes, est le désir de voir s'augmenter cette sainte compagnie : ils s étayent de l'autorité du Vieux Testament, en vertu duquel la polygamie existait chez les patriarches. Aucun d'eux ne peut se marier avant TAge de vingtr^rois ans. Quand quelqu'un ne peut plus nourrir sa femme, il la laisse, avec Tautorisation du ministre. Ils sont soumis à une épreuve de quatre ou cinq années : si, pendant ce temps, ils ont montré leur aptitude au massacre et au vol, le ministre les admet dans la compagnie et reçoit d'eux le serment de fidélité à leurs frères. Personne n'a la permission de s'enivrer, de crainte qu'il ne découvre les mystères de la compagnie : U n y a d'exception à cette règle que pour trois ou quatre des plus parfaits, dont la constance a été éprouvée par les tourments du feu. Celui qui,. sans permission, fréquente des lieux oit Ton boit, est condamné à perdre la vie Un d'entre eux se fatigua : il dit qu'il savait un métier^ et qu'il ne voulait plus vivre ainsi. On dissimula avec lui. Deux mois s'étant écoulés, on l'engagea à se promener dans un bois : on lui donna à porter une barre de fer que tous |)orlaient à leur tour. Quand on fut au milieu du bois, on l'assomma avec celte barre, en disant qu'Isaac porta le bois dont son père Abraham se servit pour le brûler. Nous, les catholiques, ils nous tiennent pour athées et ennemis de Dieu : aussi regardent-ils comme licite de nous tuer et de nous dépouiller de nos biens; ils prétendent même faire un grand service à Dieu. )» Ces terribles sectaires étaient donc spécialement oi^nisés pour le meurtre et le brigandage Réunis par troupes de trente à quarante hommes, ils avaient, depuis un an, forcé à Bruges la maison d'un marchand espagnol, située près de la Bourse; pillé et dévasté plusieurs monastères, enfin poussé l'audace jusque voler, à main forte, une loterie qui se trouvait au
LivAf IX (1364), 459
<ei|r méine delà vitt? d'Auvere ' . Pluaieqrs cle ces baodiU avaient ;lé arrélés, eii op Qn:aviiit briilé quatre. à Alo$t» Iroia it L^MViSÛn» et deux a Anvers : Des révélations arrachées par la tpriure avaient déjà riipandq quelques lumières sMr cette secte lorsque fuirent arréiéSi à Bruges , deux autres brigands qui, en plein jour, vouiaieqt enlever un enfant de Téçole de. la doctrine^ Mis à la torture, ils montrèrent .d'a))ord lu^e fermeté extraordinaire, et 80i|tinrep{t in^ifd pepdaot six jours et six nuits la privatipa de sotpmeil;. m^i^i^ ils furent eqfin v^inouspar ce 9upp)ice çt ^ résîgpàr^(i^.faire les aveux (es plusiroraplets, à confesser des paf ticularités auxquelles \e témoignage fo^rinel d^ conte^porai^is peut sefil donneç:du ci^it *.
1 Les détails de eette expédition méritant d'être rapportés. « Quand ils vqlèreot la loterie d'Anvers» ilis sortirent de Ilercbem, près do cf^te ville, à onze heures de la nuit, au nombre de seize, plus ou moins. Ils. vinrent par la muraille jusqu'à une petite porte de la ville neuve. L*uq d*eux dit en chemin : a Nous sommes bien peu pour Tentreprise que nous avons formée. « Ito capitaine lui répondit d^étre tranquille ; que, dans la ville, ils avaient des amis, llsooviifent la porte, quMIs trouvèrent sans clef ni serrure aucano : à leur entrée, ils fureat reçus par le bourreau, anoompagné de douze ou quinj;^ individus, e^ cett^ porte demeura fermée, au mp^oo d'une corde, durant tr^is pu quatre jours. Malgré tout cela, le bourreau trouve tant de faveur, qu'on ne fait pas justice de lui, au grand scandale du peuple... Les objets de la loterie d'Anvers ont été enterrés dans les champs, en certam endroit que quatre d^Otre eux seulement (Le ministre et trois Capitaines) eonriatsserït :• ils ont èéupé les grandes pièces et les vases en petits morceaux, et ila ea ont empii uu tonneau qui a été enfoiu dans nu fosFé. Quand ils ont besoin d'argenjL, ils vont là, et en tirent quelques pièces qu'ils vendent oii il^ pçfiyent •> .
^ Ces détails ont été extraits de la Coi*respondance de Philippe il, t. Il, p. XXVI et suiv., notamment de la lettre adressée au roi, ou janvier 4565, par Cray Lereuzo de Villavioeocio. Voii* aussi, daas les Pt^inera d'État du cardinal de OixmveiU, i. Vil, p. 653, «ne lettre du ^janvier 4 565 adressée à ce personnage par Téctijer Bordey.
Tout en se soumettant aux ordres de Philippe II , tout en lui déclarant même que sa volonté sufSrait pour qu'il atlàt aux Iodes et même pour qu'il se jetAt dans le feu \ le cardinal de Granvelle avait employé une adresse extrême afin de donner le change sur sa retraite en Bouiigogne. Il fit en sorte que l'on ne pût ni crmre ni soupçonner que son départ avait été commandé par le roi ; il s'eflbrçait même de tenir ses amis les phis intimes dans la croyance que son voyage avait été-volontaire, etqu^il était libre de retourner dans les Pays-Bas quand il le voudrait. Il se plaisait, d'ailleurs, à vanter les beaux sites de la Franche-Comté et les agréments du repos dont il jouissait dans sa retraite. — Les doux lieux où je suis , mandait>il au chancelier de l'Empire, sont dignes de Thabitation des Muses : ce sont de hautes montagnes fertiles de tous côtés et remplies de belles vignes et de toute sorte de bons fruits ; des vallées belles et larges traversées
par des rivières dont Teau est claire comme le cristal ; de magnifiques prairies et les campagnes les plus opulentes ; ajoutez une excellente compagnie et les meilleurs vins du monde'.— Pendant son séjour à Besançon, le cardinal ne paraissait s'occuper que de littérature et d'art. Apprenant que les seigneurs des Pays-Bas rivalisaient de courtoisie auprès de la duchesse de Parme , il avouait qu'il ne valait plus rien pour ce rêle, qu'il devait se contenter de demeurer en une chambre attaché à ses livres et à ses papiers. Le palais GrawoeUe était devenu un asile ouvert à tous les lettrés, surtout aux indigents. L'ancien ministre se livrait alors avec passion à l'étude de l'antiquité et se faisait aider dans ses travaux par le jeune Juste-Lipse, son secrétaire
pour les lettres latines. Il demeura aussi un des protecteurs de
t Lettre du 8 juin ItfSi. Correspondance de Philippe li, t. W, p. 304 . > Lettre datée d^Orchamps, S juillet 4A64. Papiers d'État y t. VIII. p. 445.
LITIIE IX (15C4). H\
riantin, d'Anvers, et encouragea vivement ce typographe déjà célèbre à entreprendre la Bible polyglotte '. D'autres fois, il déelarait à ses amis qoeson vœu le plus ardent serait de pouvoir se retira dans son diocèse et de ne plus avoir d'autre préoccupation que de «ervtr Dieu et de procurer le bien de la religion. Mais ces distractions littéraires, entremêlées d'excursions dans les moQtagftes, ce dégoût simulé du monde et cet amour subit delà solitudecachaient en ré&lHé la participation la plus active aux aflbiresde ia monarchie espagnole. Granvelle continuait d'eatreienir une vaste correspondance sur les affaires d'Allemagne, d'Italie, d'Angleterre, d'Ecosse, de France et des Pays- Bas. Il multipliait ses relations directes avec les têtes couronnées, l'empereur Ferdinand, la duchesse de Lorraine, Marie Stuart, et surtout Philippe H. Ce dernier le consultait fréquemment et recevait de lui non-^utement des avis qui dénotaient, en général , une intelligence supérieure ou une expérience consommée, mais encore les informations le plus précieuses, sinon les plus impartiales.
Pour ce qui concernait les Pays-Bas, Granvelle tenait ces renseignements de ses partisans les plus éprouvés , de ses amis les plus chers. Morillon , son vicaire-général , si vif et si indiscret dans ses révélations; Viglius, plus digne mais tout aussi explicite sur les choses qui le touchaient personnellement ; le naïf écuyer fiordey, parent des Granvelle, et d'autres personnages d'une nioindre importance, ne laissaient ignorer au correspondant de Philippe II aucun événement , aucun détail , aucune rumeur. Les informations données sur la cour de Bruxelles par ces per-
1 Miitûire du catxtinai de Oranvelle, p. 434 . ~ La Bible polyglotte parut ^n 4K68, en 8 vol. in-folio. Granvelle avait fait faire à ses frais les copies des exemplaires grecs qui étaient dans la bibliothèque du Vatican et les donna libéralement aux éditeurs.
4iâ LBS PAY9-BA$ SOUS PHILIPPE II.
sonnages désappointés étaient loin de rehausser TadiDinistraiion dos seigneurs ligués.
La duchesse de Parme, selon ces correspoodaiits, ne fui jamais si intime avec Granvellequ elle l'était deveoueavec les seigneurs, principalement le prince d'Orange et le comie d'Egmoni. Bile avait journellement les seigneurs à sa table, et d'Bgmoot allait souvent seul au palais, parfois même ft dix heures du soir, et y avait de longues entrevues avec la régente. Lui et le prince d-Orange, dans le but d'assurer la prédominance efitoive du conseil d'État, étendaient sans ^sse leurs attributions j exigeant qu'on, leur remtl aussi les affaires relatives à la justice et à la reli^on et donnant eux'^mémes audience aux députés des vUies. Ils voulaient, en s*arrogieant œ rôle , amener peu à peu l'amoindriassment du conseil privé et du conseil. des finances. Hais cet empiétement lie s'effectua points sans perturbation : ia faveur se suiistitua trop souvent à la loi, les cours de justice perdirentune partie de leur prestige et ne veillèrent plus avec le même soin , avec la même autorité , à l'exécution des ordonnances politiques et des édits coneernani la religion '.
Il était, cependant, un personnage dont l'influence sur Marguerite de Parme surpassait encore l'ascendant du* prince d'Orange et du comte d'Egmont. C'était Tomàs Armenteros, secrétaire liarticulier et ministre domestique de la duchesse. Armenteros, jaloux de l'importance du cardinal de Granvelle, n'avait pas dissimulé sa joie lorsque celui-ci quitta -Bnixeltes r « Voilà, s'écria44l, ce diable qui pencfait taire son paradis peir ici ; il s'en va et ne reviendra plus •. on l'en empêchera bien ! » Dès ce jour,
1 Le tâmoigD«)ge impartial de Qroiiiis peut être invoqué sur ce point : il blâme forteioeoi ie désir imp vif des seigneurs de se (sire des créatures et signale Tanardiie qui, par leur conoivenoe, ennrahit peu à peu lep diverses parties du gouvernement. Annales, liv. H,
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Armcnteros, tout fier de la mission qu'il avait remplie à îladrid, deviot le personnage le plus influent. Il était logé au palaij? même ? et les seigneurs, entre eux , t'appelaient le barbier de Madame f le comparant au bar)»er qui gouvernait Philibert Emmanuel de Savoie , à l'époque oii ce prince était chargé de l'administration des Pay&-Ba8. En réalité, Armenteros avait un tel crédit près de la duchesse de Parme qu'il semblait quecellerci ne faisait rien, sinon par son conseil ; ce crédit était, du reste, si connu que les grands, aussi bien que les petits, venaient faire .la cour au favori, i Granvelle s'indignait justement de riooonséquenee de ces nobles qui , après s'être presque soulevés contre l'autorité d'un conseiller d'État du roi, subissaient maintenant sans murmurer l'empire d'un scribe espagnol, qui n'avait pas même prêté le serment requis des fonctionnaires ides Pays-Bas.
Pour comble de honte, le nouveau favori abusait de son. crédit dans des vues de lucre et de corruption. Il était surnommé ArgetUerios, et on disait ouvertement qu'il ne fallait avoir qu'une bonne bourse pour obtenir ce que l'on désirait. Aussi tous les ot&ces et les' bénéfices vacants passaient-^ils par ses mains. Les seigneurs fermaient les yeux sur ces tripotages,- si même ils n'y participaient point '. N'avaient-ils point offert à la duchesse de Parme, pour la gagner, d'user de leur influence afin que les états et les villes lui fissent de grands présents? Au surplus, la vente publique des emplois était un fait connu de tout le monde. On prétendait même que des agents de la cour se rendaient dans les lieux où existaient des oflSces vacants pour savoir qui en donnerait le plus '. Les seigneurs, dans leurs gou*
> Voir le Mémùrial de Uopperi s, 2« partie, cbap. 11. li convient, cependant, de remarquer que c est encore là le témoignage d'un* cardinal iste. ' On lit dans l'ouvrage manuscrit intitulé : La aource et commencement
vernements, s autorisaient, disait-on, de cet exemple. On citait particulièrement le comte de Mansfeld qui opprimait le conseil de justice de Luxembourg, entravait ToiOce du procureur général, faisait apoetiller les requêtes par son secrétaire , s'appropriait les amendes, extorquait enfin le plus possible au pauvre paysan. D*un autre côté, on signalait aussi la mascarade, si blessante pour I& cardinal de Granvelle, qui venait d'avoir lieu à Luxembourg, à Toccasion du baptême d'an fils du gouverneur ^ Le prince d'Orange, le comte de Hornes, le baron de Montigny, son frère, ainsi que le comte de Hooghstraeten» assistèrent, avec leur hôte, à cette bouffonnerie où un cardinal était chassé par d(nix diables à queues de renard et finalement roué de coups et massacré par Charles de Mansfeld» fils aine de Pierre Ernest. Les cardinalistes , même le baron de Berlaymont , chef du conseil des finances, et Viglius, président du conseil privé, n avaient plus aucune influence. Le premier, blessé de Taccueil qui lui avait été fait par la gouvernante» s'était retiré provisoirement de la cour. Le second, si considérable par le rang qu'il occupait, se voyait traité avec une méfiance, méprisante, avec un dédain presque insultant. Non-seulement on lui dérobait la connaissance des principales dépêches, mais encore, s'il avait à
des tivubles suscites aux Pays-Bas (bibliothèque de Bourgogne, n» 45876; : • Alors commencèrent à être vendus les provisions et offices et bénéfices, <* les rémissions et semblables expéditions des grftces, même celles que « pour causes justes étoiant par le conseil privé refusées; outre les loteries, fi usures, passesports, sauf-conduits, sauveté de corps et autres expéditions « de cette (orme desqueUes ledit Armentières, secrétaire et conseiller privé « de la duchesse, assembla, selon qu*on disoit, grandes sommes de de- « niers. « Selon le dire de fray Lorenzo, Tomàs Armenteros avait, en 4S66, amassé aae fortune de 70,000 'ducats.
' Ce fils, portant les prenons de Philippe Octavien, périt, en 4 [^4, dans un combat livré en Gueldre.
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enlrelenir la gouvernante d'affaires, il ne pouvait la voir seule et devait toujours subir la présence d'Ârmenteros. Aussi Yiglius gëmissait^il sur la situation , se disait dégoûté des affaires et sollicitait sa retraite. Mais Granvelle cherchait à relever son courage, lui faisait espérer qu'il viendrait bientôt à son aide, et le pressait surtout, avec les plus vives instances, de s'adresser directement au roi et de lui faire connaître la vérité tout entière. Mais c'était trop exiger de la prudence, ou plutôt de la pusillanimité de Viglins. « Je ne Toserais faire, répondait-il ; car si ces seigneurs ont pris cela ai mal venant de vous» parce qu'Us ne pouvaient souffrir la grande confiance que le roi vous témoignait, comment prendraient-ils cette démarche de moi-même'?»
Ne pouvant inspirer sa propre fermeté à Vigiius, Granvelle prenait le parti de transmettre lui-même va roi les informations qu'il recevait des Pays-Bas. En même temps, il cherchait h stimuler ses partisans en faisant publier et en annonçant luimême que son retour ne tarderait plus, qu'il s'effectuerait même dans le cours du mois de juin ^
Cette nouvelle, souvent répétée, provoqua une vive agitation dans les rang de la haute noblesse et indisposa particulièrement la duchesse de Parme. Depuis le départ du cardinal, elle s'était entièrement refroidie à l'égard de 1 homme d'État qui naguère avait toute sa confiance et qui méritait d'ailleurs sa gratitude par les services personnels dont elle lui était redevable. Ce changc-
> Cette pusillanimité, excessive alors, trouva son salaire. Le secrétaire Aguilon écrivit un jour au cardinal : » Madame ne fait pas pins de cas de ce perstmiiage que d'une tavale,.. et elle lui a dit en face qu'on l'avait trompée jusqu'à ce jour. •
* Tous ces faits ont été extraits des lettres disséminées dans le l. VIII des Papiers d'ÉUU du. cardin€U d$ Granvelle, année 4564. Voir aussi le Recueil aneUytique des lettres de Morilhn à Granvelle, manuscrit de la bibliothèque de Bourgogne, n» tC004.
440 LES PAYS-BAS SOUS PaïUPPE II.
ment provenait de diverses causes. Sans parler de l'asoendanlque les seigneurs ligués avaient acquis sur son esprit, Marguerite ne devait pas laisser croire au roi qu'elle avait deniaudë sans nnolifis suffisants l'éloignenoent d*un personnage aussi coosidérable. Elle était elle-même dans la fausse croyance que Granveiie cherchait à la faire remplacer par son andenne rivale, Christine, duchesse douairière de Lorraine, et son amour-propre souffrait du bruit répandu que, durant le séjour du cardinal, celui-<3i faisait tout et qu'elle-même ne servait que de chiffre. Son irritation s'accrut au point qu'il suflBsait de parler du cardinal, en sa présence, pour la voir devenir « rouge comme écariate. » EUe se ftcfaait même contre les ecclésiastiques, en général, car on l'entendit dire qu'elle remerciait Dieu de n*avoir qu'un fils, puisqu'ainsi elle ne serait pas contrainte d'en placer un dans l'Église et de le voir comme étaient les autres *.
L'annonce du retour prochain du cardinal de Granveiie augmenta ces dispositions peu favorables. Marguerite écrivit de sa main au roi pour lui signaler les conséquences désastreuses qui pourraient résulter de la présence de l'ancien ministre. <c S'il u n'était parti, lui disait-elle, les choses seraient actuellement « dans un tel état de trouble et d'agitation que je ne sais pas oom« u ment Votre Majesté elle-même pourrait y remédier. Je dirai,
> Papiers d'État, t. VIII, pp. 92 et 435. — Granvello fut extrêmement sensible à ce propos ; dans une lettre à Viglius , du 7 août, il le releva en
ces termes : Je sents fort ce que Ton me dît de quy (la dachease de
« Parme) ne vouidroit avoir f(lz davantage, pour les veoir d'église : h Ex « isUs initiis nihil bonum ; corrumpunt bonoi eoUoquia prawi et confèito- « rum et o/iortim... » Ailleurs : « A la vérité, sy je vouloye, je pourroye • faire plus de mal que je ne fây, et sçauroye comme le faire et me venger « de mes malveallans, sans que Von m*en seust rien imputer^ M vaut mieuU « peuH estre souflTrir et se souvenir de Durate (sa devise), Dieu est grand, « et • non est abreviata manvs ejus. • Fbiâ., pp. 236 et 938.
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« à ce propoé, que, si le cardinal revenait, il serait cause qu*on «1 tomberait dans une situation pire que jamais. G^t ce que « n'ont cessé de me faire entendre très-ouvertement la plupart « des seigneurs , et ils m'ont déclaré de nouveau que le t-etour tt du cardinal jurait pour effet immanquable de le faire assom- <c mer, sans que nui d*entre eux pÂt y mettre empêchement, •r comme ils l-ont fait par le passé ; et la conséquence en sersfit <c de perdre la religion dans ces provinces, et d^ provoquer en « outre quelque grand soulèvement. Votre Majesté saura que la « haine dés seigneurs contre le cardinal ne fait qu'augmenter de « jour en jour. La cause en est qu'il a dit publiquement , avant M son départ d'ici, et que, depuis son arrivée en Bourgogne, il a If annoncé, par une infinité de lettres et de messages, que , sans «c nul doute, son retour aurait lieu dans le courant de ce mois. «• Il en résulte non^^eulement que la haine des seigneurs cohtre » lui s'est accrue, mbis que les affaires de Votre Majesté en re- N çoiVent UA grand préjudice , parce que' le découragement où la M crainte du retour du cardinal a jeté les seigneurs, les a rendus *i plus lents ^ plus froids à remettre ici les choses en meilleur «« élat. Ils supposent que le oardinal pourrait bien s'être absenté •I par' toe sorte d'artifice , pour attendre que ceux des seigneurs •( qui font partie du conseil d*État se fussent résolus à y entrer, « et que l'afCaiire des aùles et d'autres encore fussent terminées, « ou bien avancées au point que les seigneurs ne pourraient plus « revenir sur leurs pas, le cardinal devant profiter de ce mo- « ment pour arriver et assister à la conclusion , de manière à « s'attirer entièrement les bonnes grâces de Votre Majesté. » Après avoir répété que les seigneurs avaient pris la résolution formelle de ne plus reparaître au conseil si le cardinal revenait, elle ne laissait point ignorer au ro\ qu'elle ne pouvait compter, d'autre part, sur les partisans .ou créatures de Granveile. « Ces n derniers, poursuivait-elle, nu lieu de mo seconder, quand il'
448 LES PAYS-BiS SOUS PfilLIPPE II.
u 8*agit du service de Votre. Haje8té, non^seulement me contra- •( rient, mais montrent, par leur inertie » lorsque j'aurais besoin « de leur aide, qu'ils voudraient que, en l'absenfie du cardinal, « on ne fit rien de bon pour le service de Votre Majesté , et que <( Ton ne s'occupftt de faire marcher les affaires qu'au retour du «c cardinal , qui ne cesse de flatter en cela leurs espérances. » Abordant enfin l'hypothèse d'événements graves produits par les excitations du dehors, elle disait que si pardlie conjoncture survenait, chacun des seigneurs avait promis de sacrifier sa vie et tout ce qu'il possédait au monde pour le service de Dieu et du roi ainsi que pour la défense du pays» comme aussi d'obâr en tout aux ordres qui leur viendraient du souverain; mais si le cardinal revenait, leur conduitCi selon la déclaration qu'ils avaient faite, ne s^ait pas la même ' .
Granvelle, informé do Témotion que Tannonoe seule de son^ retour avait produite dans les Pays-Bas et craignant d'indisposer le roi, changea de tactique. Il fit publier la résolution qu'il avait prise de ne retourner dans ces provinces que si ie roi s'y rendait lui-même, à moins d'un ordre exprès de sa part. Il écrivit en ce sens à Tom&s Armenteros, à la duchesse de Parme et à Philippe il *. Une foule de motife lui dictent cette conduite, disait-il au secrétaire Tomàs Armenteros . le calme dont il jouit au sein de sa famille, la situation présente des afibires dans les Pays-Bas , mais par-dessus tout les intrigues qui ont lieu pour amener cette pernicieuse assemblée des états généraux, dans laquelle il entrevoit la ruine totale de la religîoo. Dégoûté à tout
' I^ duchesse de Parme au roi, M juin 4564. Corretpondance de Philippe II, t. Iw, pp. 302-303.
' Lettre à T. Armenteros du dernier de juin et à la duchesse de Parme du 2 juillet t564, dans les Papiers d'État, t. VIII , pp. 90 et 406. To/r aussi la lettre du roi à la duchesse de Parme, dn 3 août, dans la Cofrt.spondance de Philippe II, t. !•', p. 307.
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famais delà politique, ajoutaiMI avec ironie, il voulait défiormais 86 faire sourd ^.t aveuglé , s'occuper uniquement dé ses livres et de ses affaires patlicuiières, iaâssant le soin dé rintéirèt public à ceux qui avaient la prétention d'en savoir le plus'. Mais il tenni un tavit autre tangage dane ses lettres à Vigliss : là' il ne dissimulait point «m désir de retourner dans les Pays-'Baa, de pré(iérence è tqutee lés autres destinations qu'on pourrait lui aissigner ; car ne dépendait-il pas de lui , membre du conseil d'État d'Espagne et d'Italie, de servir avec autorité dansies autres domaines de Umonardiie, ou, cardinal, de (enirè Rome un rang des plus devés *? Cependant Philippe II ne se contenta point de rassurer la duchesse de Parme contre le retour prochain de Granvelte: il lui témoigna sa satisfaction pour le zèle avec lequel elle se dévouait à 3on service et donna également des éloges peu sincères aux seigneurs qui ta secondaient; il se félicitait particulièrement de la conduite du comte d'Egmont et déclarait que ce personnage pouvait être certain de sa bonne volonté envers lui ^ Encouragée par ces marques de bienvetllance, la régente s'exprima plus librement
» Papiers (VÉlal, l. Vîll, p. 90.
' Ibid.t p. 334. Mais, d'autres foi», il élait ^us léservé. Citons, povr «Pieux connallpe Graavelle, ce passage d'une lettre du 49 septembre : « Sy o «st-cc que, sans le commandemeat exprès du roy ou do madame (la
• duchesse de Parme), je n'y iray (aux Pays-Bas) : car y allant sans ce, sy ■• mal m'advenoH, Ton s'en mocqucroit encores ; mais sy le roy commande,
• ores que fust pour entrer en ung feu, je y obéiray, quoy qu^en doibve « advenif, et serviray en ce qu'il vonldroît, sans «n ce craindre ni i^ospeclor I- personne^ et veuli demeiirer jusques aa bout •idem hômo; durale, » et ,<* est la ieRledtire asses quand je veuU entreprendre quelque chqse^ et puis « souffrir avec patience et pourter la peyue quand je m'y détermine, et
• suis nourry en ces agitations et traverses, *nec animum despondeo... • Ibid., p. 342.
' lettres du roi à la duchesse de Parme du 3 et du 6 août «isei. Correspondance cfe Philippe II, l. W, pp. 307 et 308.
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et se plaignit avec amertume de Teâprit qui dominait dans les Autres dépêches du roi. il lui était pénible de voir, din^itr^He, qu'il prêtât plûldt Toreilie à des personnes dont les intérêts e( les passions étaient en opposition avec le bien de son service et le repos du pays qu'à elle, q»i lui étaitisi dévouée. Aussi» pour la décharge de sa conscience, ne voulait^lle plus rten lui cacher, ctr l'état des affaires exigeait que toute la vérité lui fût révélée. Elle lui appre^ nait , en conséquence, que toutes les vues du cardinal de Granveile, de Vigiius et de leur séquelle tendaient à ce que le roi, en arrivant aux Pays-Bas , trouvât ces provinces en révolution ; ils espéraient alors pécher en eau trouble et atteindre le but qu'ils poursuivaient depuis longtemps : celui de s'emparer de toutes les affaires De là leur opposition constante à l'assemblée des états généraux. Le cardinal , le président Vigiius et leur séquelle craignaient, si la tranquillité se rétablissait dans le pays, « qu'on ne lât dans leurs livres et qu'on ne découvrit leurs injustices, simou nies et rapines. » Elle se plaignait amèrement de Vigiius qui lui faisait , selon ses expressions , souffrir les peines de l'enfer , en traversant les mesures qu'exigeait le service du souverain. Les seigneurs, poursuivait-elle, n'avaient pas été satisfaits des lettres qui leur étaient adressées par le roi. Ils les avaient trouvées si sèches, et empreintes de tant de défiance , qu'ils en avaient pris plus d'ombrage et d'inquiétude que jamais. Ils croyaient maintenant que tout ce que la duchesse leur avait dit et fait dire, delà part du roi , n'était qu'artifices et inventions ; ils avaient même été jusqu'à lui donner à entendre que, dans leur opinion, le roi, le cardinal et elle se trouvaient d'accord pour les tromper. Il importait de les désabuser et de leur montrer une confiance réelle si l'on voulait améliorer les affiaiires de la religion et de la justice '.
1 Lettre du 29 août 4564, dans la Correspondance He Philippe II, i. 1*^, pp. 3M.3U.
LiVftE u (iS64). 4:^.1
Plnlippe «'émut des plaintes si vives formulées par la régente des. Pays-Bfis coolie le eardinai de GraaveUeet le président Vîgiius II Icù manda, le 6 octobre, qu'il lui savait gré de oes io- IbrmatioDs, et, comme c'étaient cbo$es d'importance, il eiprimait le désir de recevoir des renseignements plus préds. Du resCe , il assurait sa sœur qu'il donnerait toujours plus de crédit à ce qui viendrait d'elle qu'aux lettres ou aux révélations de toute autre personne, quelle qu'die f&t. Il lui déclarait aussi qu'il était faux que, avant de lui répondre sur les affaires publiques , il demandait Tavis du cardinal. Il ajoutait que, rien n'étant décidé quant au retour de ce personnage , les seigneurs ne devaient pas allé* guerce prétexte pour se dispenser de remplir tous leurs devoirs. Il refusait, cependant , de s'engager pour l'avenir ; au contrains, il recommandait à la duchesse , chaque fois qu'elle en trouverait l'occasion , de chercher à calmer Tirritation des seigneurs contre Granvelle. « En vertu des décrets du concile de Trente, le cardinal, disaitril, est tenu de résider dans son ai*chevéché de Matines f et nous ne voyons pas comment il s'en pourrait excuser, ni ces seigneurs trouver maavais qu'il y résidât, n II voulait toutefois diflérer d'écrire au cardinal , à ce sujet, jusqu'à ce qu'il eût reçu la réponse de la duchesse.
Marguerite de .Parme répondit, le 29 novembre, en laissant planer des soupçons plus graves encore sur les actes et les nMBurs de Granvelle. Tout en disant qu'elle ne pourrait que s'en référer, au sujel du cardinal et de Viglius, à ses ioformatioaa préçédieo^ tes, elle se déclarait prête à exécuter les.oommandements du roi, s'il désirait qu'elle fit sur les actes de Granvelle une enquiHe ultérieure^ soit secrètement, comme elle l'avait f^it pour Vigjius, soit par voie de justice. Et, en effet, un commissaire spécial ayant été envoyé dans la Franche4!lomté afin de prendre connaissance de l'administration des finances, on saisit cette occasion pour recueillir aussi des informations sur les actions de Gra^n-
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voile. La duchesse répéta^u roi que le retour du cardinal provoquerait UD soulèvement que personne n'aurait la puissance de oomprimer, et lui-même serait, en ce cas, exposé à un péril Imminent.! Rappeler le cardidal, pour le faire résider en son archevêché de Matines, selon les décrets du concile, aurait les mêmes inconvénients que s'il revenait à Bruxelles ; en outre, ce serait donner matière à ce qu'on s*occupàt, plus encore qu'on ne le faisait ordinairement, de la réforme des prêtres « afin qu'ils vivent comme il convient à leur caractère et non comme ils le font. » On dirait encore, ajoutait la dudiesse, que les évêques, institués pour le rétablissement de la religion, sont ceuxqui lui portent dommage, car Tévêque d'Ypres est le seul dont on ait une entière satisfaction. « Or, poursuivait-elle, le roi sait quelle est la vie du cardinal, et quels exemples il donnerait h Malines ou ailleurs. Le mieux serait de l'envoyer à Rome. Lorsqu'il reçut le chapeau, n'avaitril pas dit lui-même qu'il l'acceptait, afin de pouvoir, à Toccasion, se retirer dignement à Rome, car il prévoyait déjà les dangers qui le menaçaient*? Alors, non plus qu'aujourd'hui, il ne croyait pas que la résidence prescrite par lo concile de Trente pût mettre un obstacle à ce dessein. » La régente protestait enfin contre tes insinuations calomnieuses que don Fréncès de Alava , ambassadeur d'Bspagne à Paris^, avait f ransniises au roi contre les principaux seigneurs des Pays-Bas, et surtout contre le prince d'Orange ; eHe attribuait encore cette c<dïâmunicatlon méchante aux suggestions de Gran veile ' .
Mais Philippe II, tout en ayant déjàf arrêté peot^trequeOran^ velle ne retournerait plus dans les Pays-Bas, lui donna, à cette époque même, un grand sujet ^ satisfaction en enlevant aux s^gneurs ligaéa celui qui passait pour leui^ plus dangereux tnsti-
^ Correspondance de Philippe II, 1. 1«, pp. 346, 329, 33Î et 333. Vo/r aussi St»ada, llb. IT.