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qui devint évéque de Gand , et Bernard , professeur de droit canon. Selon les intentions exprimées par le roi et pour n'éveiller aucun soupçon au dehors , on donna pour prétexte à cette convocation extraordinaire les diflBcullés résultant des décrets du concile de Trente '.
La régente écrivit en même temps au prince d'Orange, alors retenu en Holliainde par les affaires de son gouvernement , pour qu'il hètàt son retour à Bruxelles et qu'il assistât aux délibérations çur rinstruction rapportée par le comte d'Egmont» Elle réitéra plusieurs fois cette invitation , démontrant ainsi l'imper-! tadce Qu'elle attachait h rintervention de ce seigneur, 4oiH J'as^ oendant était dès lors reconnu *, ,
Les commissaires désignés étant arrivés à la cour, la régente consulta le conseil d'État sur la forme qu'il faudrait donner aux conférences. Quelques-uns proposèrent une délibération en commun; mais le prince d'Orange, le conited'Egmont et le comte de Hckrnes firent prévaloir un avis contraire , soutenant que Tintentioadu roî ne pouvait être que les membres du conseil déclarassent leur opinion en préôence d'étrangers. Ce point arrêté , la duebesae fit app^er les commissaires et, les ayant fait a$seoir à part, leurdécbra brièvement la vraie cause pour laquelle elle les avait convoqués ; elle leur recommanda le secret , puis leur Gt distribuer des:extraits de l'instruction du roi, traduits en latin et en français , les invitant à revenir dans quelques jours pour exprimer leur avis sur chaque article en particulier, et ensuite sur Tensemble. Les délibérations, commencées le 4"' juin, devinrent trèô-vives, surtout lorsqu'il s'agit du châtiment des hérétiques, i& prince d'Orange et ses amis cherchant à obtenir un avis conforme à leurs idées àe modération , et les évêques leur résis*-
1 Ji^ona/ de lfoi»PBiius,î« partie, chap. IV.
' Coireipondance de CuiUetume W Taciturne, t. 11, p. 94 et euiv.
tant avec opiniâtreté. Enfin, après une discussion qui se prolongea pendant trois jours, les commissaires arrêtèrent et signèrent la résolution générale qui leur avait été demandée. Cet avis» quant à l'instruction du peuple, la réformation des eoclésiftstiques et des écoles, indiquait que le concile de Trente y avait fort bien pourvu et qu'il ne s'agissait que de mettre en œuvre ce qui avait été stipulé dans ses décrets. En ce qui concernait le mode employé pour la répression des hérésies , les commissaires déclarèrent qu'il ne convenait en aucune façon de changer les placards et les ordonnances publiés depuis plus de trente-cinq ans. Cependant, pour éviter le scandale et prévenir des tumultes ; d'autre part, pour ne plus fournir aux juges un prétexte de se refuser à Texécution des placards, les commissaires suggéraient l'idée d'adresser aux conseils de justice une instruction secrète qui les autoriserait à établir une distinction entre les sectes, de mémo qu'entre l6s accusés selon leur âge et leur qualité , et à graduer les peines en conséquence. « On punirait de mort les hérétiques obstinés, mais, en d'autres cas, on pourrait avoir recours aux galères ou au bannissement perpétuel, avec confiscation des biens; l'exil pourrait même n'être que temporaire en considération des mérites de la personne accusée. Mais cette indulgence ne devait pas s'étendre aux ministres, docteurs, relaps et séditieux. Quant à ceux qui auraient contrevenu aux placards par vaine curiosité, nonchalance ou autres causes semblables, sans qu'ils fussent réeflement hérétiques ou sectaires, il suffirait de les châtier par verges ou fouets, de leur infliger des amendes ou de les bannir. » Lorsque le conseil d'État fut appelé à délibérer sur cet avis, quelques-uns de ses membres voulaient se référer à la résolution proposée par les commissaires ; mais le prince d'Orange, le comte d'Egmont, le comte de Hornes et le comte de Mansfeld objectèrent que le roi n'avait pas demandé l'avis du conseil. Quelle que fût leur manière de voir, ils devaient donc
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s'abstenir, pour le ntotnent, de la faire connaître. La régente se borna , ^n conséquence , à transmettre en Espagne l'avis des évoques et des antres commissaires, en informant le roi que l'absence d'ordres formels de sa part avait motivé l'abstention du conseil d'État. II attendrait qu'il -en fàt requis pour exprimer son opinion sur cette grave matière , dont on pourrait saisir également les gouverneurs et les conseils des provinces '.
Bientôt les illusions du comte d'£gmont se dissipèrent, tandis que les prévisions du prinee d'Orange se justifiaient entièieroeni. Celui-ci, loin de partager la satisfârction de son collègue, lui avait r^oché , d'un ton moqueur et amer , quii était la dupe des artifices espagnols ^ Egmont dut en convenir quand il eut connaissance de nouvelles dépêches données à Valladolid, le 4 3 mai, et où le roi, en prescrivant le licenciement des peiœionnaires allemands et surtout r^xécotion rigoureuse des édits contre les anabaptistes, ne tenait aucun compte de ses conférences avec le délégué de la gouvernante et du conseil d'État des Pays-Bas. Malgré tous les efforts de la duchesse de Parme pour calmer l'irritation du comte d'Egmont et de ses amis, elle y échoua. Ils répliquèrent quils ne pouvaient se^r aux paroles ni aux promesses du roi, puisque, trois jours après le départ du comte d'Egmont, il avait, à Tinsu de ce dernier, expédié des lettres en contradiction avec les paroles qu'il lui avait dites et avec l'instruction dont H l'avait chargé. Un tel artifice, ajoutaientils, avait sans doute pour but de leur faire perdre et leur crédit et leur réputation '.
1 Mémorial Ae Hopmus, 2" partie, chap. V«
* BnTrroGLio, Itv. II.
' Gonçalo Ferez hl&mait lui-même le peu de franchise, les indécisions et surtout les déflaacps exagérées de Philippe 11 ; à propos des nouvelles lettres qui détruisaient tout le fruit de la mission du comte d*Egmout, il m»iidait mi secrétaire de kiduches«e de Panne : « Sa Majesté se trompe et
D'après le témoignage imposant de |a duchesse de Parme, le mécontentement des seigneurs était fondé sur quatre points principaux. Le premier concernait Tinquisition, contre laquelle le peuple s'élevait à grands cris, à cause de la manière dont quelques inquisiteurs procédaient ; on allait jusqu'à dire que cette forme d'inquisition était pire que celle d'Espagne. De là une irritation extrême qui se manifestait quelquefois avec audace. C'est ainsi que, le i*' juillet, on avait trouvé placardé, aux portes de la cour et de l'église de Ste-Gudule, un libelle contenant des blasphèmes contre -les gens d'Église, le saint concile de Trente, et réclamant le (acuité de vivre conformément à la confession d'Augsbourg. Le second point concernait le différend entre la commune de Bruges et l'inquisiteur Titelma», soutenu par l'évéque diocésain, lesquels ne cherchaient, selon Topinion de beau-i coup de personnes, qu'à introduire des nouveautés pour exas^ pérer le peuple C'était même la causé principale du retard qu'apportaient les états de Brabaût et ceux des autres provinces à voter les aides. Le troisième point était relatif au châtiment des anabaptistes repentis, dont plusieurs étdi^t rentrés dans le giron de l'Église, de telle manière que des prêtres même avaient prié et sollicité pour eux. Ordonner mainienaot leur supplice, ce serait, disait la régente, mécontenter les* magistrats, et, selon ce que rapportait le comte d'Ëgmont, annuler les promesses ver-
se trompera dans beaucoup d'dffaires, eu. les traitant comme elle fait, tantôt avec celui-ci, tantôt avec celui-là, cachant à ceux qu*elle consulte certaines choses et leur en confiant d'autres. Il ne faul donc pass^étonuer que des dépêches différentes, et même qui se contreilisent, soient écrites par le roi, et cela arrive non-seulement pour la Flandre, mais pour les autres provinces. Les inconvénients qui en peuvent résulter sont faciles à concevoir. Ni Tisnacq, ni Courtewille, n'eurent connaissance de la dépêche remise au comte d'Ëgmont , et Huy Gomez et moi nous n'avons rien su des lettres qu'ils écrivirent de Yalladolid. » Correêpoftdance dé FhiUppeU, t. ]«r, p. 358.
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baies du rot. Le quatrième point, enfin, oonoernait les pensionnaires allemands dont il paraissait que le roi voulait sedécharger, tandis que le comte avait compris et s^était cru autorisé à dire le contraire. Ce personnage, considérant les nouvelies dépêches comme un désaveu et un démenti, s'était vivement emporté contre la duplicité du roi et avait donné un libre cours à sa colère, au sein même du conseil d'Étal et en présence de la govvernante '. £n envoyant au monarque les avis des évéques sur les points ooQtenusdaiis rinstruction dont le comte d'Egraont était porteur^ la régente donnait aussi des détails sur l'état de la religion : d'après les rapports des curés aux évéques, le nombre des corn-
muniants avait augmenté, lors des dernières Pâques. A Anvers même, beaocoup de personnes revenaient de leurs erreurs et se rétractaient. Le carême y avait été observé rigoureusement nonseulement par les indigènes, mais aussi par les Anglais, les Hanséates et autres étrangers. Du reste , la gouvernante attribuait ce résultat à la défense expresse qu'elle avait fini faire, au commencement du carême, tant à Anvers qu'à Bruxelles, de vendre de la viande et des œufs, fût-ce même dans les hêtelleries, à d'autres que ceux qui avaient licence du cui>é ',
Les principaux seigrieurs donnaient l'exemple en observant les pratiques extérieures du catholicisme. A son retour d'Espagne, le comte d'Egmont était allé faire ses p&ques au monastère de Groenendael. Le prince d*Orange avait accompli le même devoir à Breda, et, lors de la naissance de son fils, quoiqu'il lui eût donné pour parrains deux princes luthériens, le duc de Saxe et le landgrave de Hesse, il avait voulu que le baptême fût célébré avec les cérémonies catholiques '.
■ Com9pondanc€de Philippe li, 1. 1**", pp. 355, 362 et 304. > ibidem, pp. 35f et 355.
* Archivée de la maison d'Orange-Natsau, l. I«^, pp. 3V^, 374 el 384. Strada confond, d'après la remarque de M. Groen, IVofant dont il s^agit I. 34
483 LES PAYS-BAS SOQS PHILII»P£ II.
La régente venait aussi d'informer le roi qu'elle avait fini par ordonner que le concile de Trente fût mis à exécution, selon le désir qull avait si souvent manifesté. Toutefois, le mandement de la gouvernante des Pay&-Bas n'était point une acceptation pure et simple, du moins en ce qui touchait aux matières de discipline et de juhdicfeion ; des réserves formelles devaient garantir, sous ce rapport, les prérogatives du pouvoir laïc '.
D^autre part, la régenté insistait pour que le roi, selon te vœu des seigneurs, étendit Tautorité du conseil d'État. Elle ne voyait, pour rétablir Tordre dans les affaires, d'autre moyen, disait-elle, que de donner au conseil d'État la prééminence sur les deux autres, en y faisant traiter, sous sa présidence, toutes les affaires majeures qui étaient actuellement soumises au conseii des finances et. au* conseil privé '.
La réponse du roi, qui s'était ^dit attendre près de trois mois,
ici avec le célèbre Maurice, né deux années plus tard. Le premier eut une mort prématurée.
' Ces réserves étaient rappelées dans les lettres circulaires adressées par ladochessede Parme aux évéques et aux conseils de justice. La première, du 4 4 juiilet 4665, contenait ces mots : • Et pour ce qae, entre les articles « dudit saint Concile, il y en a aussi aucuns concernant les régales, droits.
• baulteurs et prééminences de Sa Majesté, les vassaux, estats et sul]jetz, « lesquels pour le bien et repos du pays, et pour non reculer ou retarder le « fait de sa sainte religion, et éviter tout débat, contradiction et opposi-
• tion, ne conviendroit de changer ou innover; S. M. entend que, en ce « regard, on se conduise comme jusques ores a esté fait, sans comme dit « est rien y changer ou innover, etc. • — Dans la lettre adressée, le 24 juillet, aux conseils et aux autorités laïques, la gouvernante disait :
• LMntention de Sa Majesté est que cette publication se fesse sans pr^ju-
• dice des baulteurs, droits, prééminences et juridiction d*icelle, ses
• vassaux, èstats et subjetz, lesquels Ton entend debvoir demeurer en tel « estât qu'ils ont esté jusques ores, sans rien y changer et innover, etc. ■ Placards de Flandre, vol. II et IV.
' Correêpondance de Philippe II, 1. 1«, p. 363.
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arriva enfin pour détraire les dernières illasicns, les dernières espérances de la gouvernante et de la majorité du conseil d*État. Elle avait été écrite an bois de Ségovîe et portait la date du 80 octobre. Le roi prétendait que ses dépêches de VaHadoHd ne différaient point du contenu des lettres qui! avait reniises au comte d*Egn[M>nt. Hais, comme il avait été consulté par la dochesse sur le ch&timent à infliger aux anabaptistes arrêtés, il avait ordonné qu'il Mt fait justice de qnelqued-uns d'entre eux, parcequecela était nécessaire. Du resté, il voulait qu'il en fût usé aindi non-seulement à leur égard, mais à Tégard de tous ceux que Ton saisirait, sans tenir compte de leur qualité. Il avait éprouvé un grand déplaisir de ce qui s'était dit, aux Pays-Bas, touchant nnquisition. Cette institution n'était pas nouvelle; car on observait ce qui s'était toujours pratiqué du (emps de l'empereur, son père, et depuis qu'il lui avait succédé. II voulait donc que l'inquisition continuât d'étfe exercée par les inquisiteurs en la forme et manière U8if(^es jusqu'alors , et comme il leur apparte* nait par droits divine et humains. Les inconvénients redoutés seraient bien plus grands et plus manifestes si l'on emi)échail: les inquisiteurs de remplir leur devoir. Aussi ne saurait-il souffrir qu'on tentât de les discréditer Ou qu'on refusât de leur donner assistance. Les placards de Tempereur et les siens devaient être exécutés fermement, et rien ne pouvait être changé dans les inslructions des inquisiteurs. 11 importait, au contraire, que la gouvernante prit à cœur l'exécution rigoureuse des édits et qu'elle ne cessât de favoriser, d'honorer et d'animer les inquisiteurs.
Les mêmes recommandations étaient répétées , avec plus de force encore, dans l'apostille mise en marge de l'avis des évêques et autres commissaires qui avaient été assemblés sous la présidence de la duchesse de Parme ; le roi exigeait, en outre, qu'on lui signalât les juges qui se refuseraient à l'exécution stricte des édits, pour qu'il les remplaçât par d'autres de plus de cœur et de meilleur zèle.
4^4 LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE If.
Ko ce qui touchait la prééminence que l'on demandait pour le conseil d'État, il ajournait sa décision , à causé de l'importance de la matière. Mais, d'autre part, il avait statué, selon l'avis de la duchesse, qu'il y aurait désormais un président du conseil d'État et un présidefit du conseil privé. Il avait conféré la présidence du conseil d'État au docteur Charles Tisnacq, qui serait remplacé, près de sa personne, par le docteur Hopperus ; le président de l'autre collège serait désigné ultérieurement '. . Philippe afiecta cependant de faire une conca^sion assez grande aux seigneurs des Pays-Bas, en adoptant , à l'égard du cardinal de Granvelle, l'avis qui lui avait été également suggéré par la duchesse de Parme. Le prince d'Orange et ses amis n'ignoraient plus l'intervention mystérieuse du souverain dans la retraite de leur principal antagoniste. Granvelle lui-même avait révélé au roi que le prince d'Orange , bien qu'il montrât toujours une grande réserve, parlait de la lettre qui avait déterminé sa sortie des Pays-Bas; le cardinal s'en étonnait, car il n'avait montré cette lettre qu'à la duchesse de Parme ; mais celle-ci l'avait communiquée, disait-il, à Armeoteros, qui, peut-être, pour complaire aux seigneurs, leur en avait révélé le contenu *.
Il était vraisemblable aussi que la r^ente avait autorisé cette communication, soit pour gagner tout à. fait la confiance des
I Le roi à la duchesse de Parme, 47 et 20 octobre 4565 dans le Mémoriai de Hopperus, 2« partie, chap. VU, et dans la Correspondance de Philippe II, t. Iw, p.373.
' Granvelle au roi, 48 juin 4565. Correspondance de Philippe il, t. I**-, p. 356. — L*attitude froide et circonspecte de Guillaume de Nassau contraslait singulièrement avec Teffervescence qui régnait dans les rangs de la noblesse, exaspérée contre Granvelle Morillon mandait au cardinal, le 30 décembre 4664- : <• Le secrétaire du prince d'Orange m'a juré n*ayoir rien oui dire, ni en bien ni en mal, audit prince, depuis te départ de voire seigneurie. • Papiers d*ÉUU, t. VIII, p. 574.