‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 142 sur 152 · LIVRE IX (i5G · texte numérisé non relu

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cette action de paroles grossières, et l'aurait maltraité si on ne Peut retenu aussitôt, car il fit le geste de lever le poing, et même de porter la main à son poignard ; mais le comte d'Egmont et les autres les séparèrent. Le lendemain, Egmont alla dtner seul avec l*archevéque et chercha è le calmer ; le soir, Bréderode et le reste de la compagnie vinrent souper avec le prélat. Avant de se mettre à table, Tarchevéque, Egmont, Hooghstraeten et Culembourg passèrent avec Bréderode dans un appartement séparé, où ils s'entretinrent seuls environ une heure, occupés sans doute de la réconciliation ; ils en sortirent ensuite pour souper, et, après être restés à table une demi-heure à peine, chacun s'en retourna chez soi K

Parmi tous les propos tenus par Bréderode dans sa déplorable altercation avec Tarchevéque de Cambrai, un point surtout était digne de remarque. Il avait laissé entrevoir que lui et ses amis étaient agités de craintes sérieuses pour la sûreté du comte d'Egmont. Telle était leur conviction sincère; car elle avait donné lieu, de leur part , à un acte d'une certaine gravité. Sept d'entre eux , Bréderode , Mansfeld , Culembourg , Philippe de Sainte^Aldegonde , Hooghstraeten, Salm et Wariuzel, avaient réd%é à Cambrai même, le S6 janvier, et signé de leur sang, une déclaration portant que, pleins de gratitude envers le comte d*Egmont, dont le voyage avait pour but le salut des Pays-Bas, ils lui pr(»nettaieiit, en foi de gentilshommes et chevaliers d'honneur, s'il lui survendit quelque notable préjudice, d'en tirer vengeance sur le cardinal de Granvelle ou sur ceux qui auraient été les complices on les instigateurs du dommage. Cet engagement

' Les détails de cette scène furent donues par le comte de Culembourg lui-même à Pero Lopez, employé du gouvernement général des Pays-Bas. Ce dernier les résuma dans une lettre à Granvelle portant la date du 7 février 1565; elle a été insérée dans les Papiers fi'État, t. YIII, p. 684 et sulv. Nous en avons extrait les incidéQts principaux.

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solennel fut scellé du cachet du comte de Hooghstraeten et remis entre les mains de la comtesse d'Ëgmont ^

Cependant les craintes manifestées par les amis du comte d'Ëgmont ne devaient pas se réaliser. Philippe II, ajournant ses desseins^ allait faire un accueil gracieux au vainqueur de Gravelines, bien que son voyage et surtout la nature de sa mission ne lui fussent nullement agréables. Dès qu'il avait été informé du projet qui se débattait au conseil d'État des Paya-Bas , il avait fait écrire par Gonçalo Perez à Tomàs Armenteros que la duchesse de Parme devait empêcher ce voyage, en usant à cet effet des meilleurs moyens qu'elle trouverait, n'étant pas convenable, disait-il, qu'Egmont vienne en Espagne, dans un moment où Renard s'y trouve, et pour d*autres motifs encore. Cette lettre , datée du â3 décembre 4564, arriva trop tard. La duchesse de Parme répondit, le 45 février 4565, qu'elle n'avait pu se conformer aux intentions de Sa Majesté, vu que le comte d'Egmont était déjà parti, et qu'elle n'avait pas jugé à propos de le rappeler en route , pour ne pas le mécontenter de même que tous les seigneurs, ses amis, en suspendant un voyage dans le résultat duquel ils avaient grande conGance. C'est parce que le roi avait tardé à se décider sur les représentations qui lui avaient été faites, concernant les besoins du pays, que lesseigaeurs, ajoutait-elle, avaient insisté sur l'envoi d'un personnage marquant en Espagne. Elle n'avait pu s'y opposer, quoiqu'elle eût tâché, autant qu'il était en elle, de contrarier cette mission. Elle avait, entre autres, fait représenter par Armenteros au comte d'Egmont la convenance d'attendre au moins le retour de Simon Renard, pour ne pas faire croire qu'il se rendait à Madrid dans le but de défendre celui-ci; mais le comte avait eu Tair de

' Le lextQ de la pièce, analy.^rée ci:dcs$us, se trouve dans le^ Archivfê de la maison d' Orange-Nassau f i»I'', p. 345.

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rire de cette observation , disant qu'il n'était pas homme à faire un pas en faveur de Renard , et qu'i] demanderait plutôt au roi de Je cfa&tier rigoureusement s'il était trouvé coupable^ Sur ces entrefaites, arriva une dépêche du 3 février dans laquelle Philippe II parlait Ipi^méme de la venue du comte d'Egmont. i>^aurait voulu, disaiMI, que la duchesse écartât l'idée de ce voyagO) ne voyant pas le fruit qu'il produira; mais, puisque e'est chose décidée, il traitera le comte selon que sa sœur le lui conseille et le remerciera de la manière dont il Ta servi. Il informait ensuite la régente que, si>rQM)atant sa répugnance, il avait écrit des let* très de reroerciroenl au prince d^Orange et au marquis de Berghes , pour le zèle et la bonne volonté qu'ils avaient montrés danal'aSaiire de ïaide. « Au comte d'Ëgmont je montrerai, répétait4i , que je suis satisfait non-seulement de lui , mais aussi du marquis et du prince et de tous ces seigneurs, puisqu'il vous paraît que cela est convenable ' . »

Le comte d'Egmont arriva enfin à Madrid dans les premiers jours du mois de mars. Philippe il le reçut avec la plus haute considération, et l'exemple du souverain fut naturellement suivi

> Carretpondance de Philippe 11, t. I<t, pp. 333, 340 et 3iS. Il convient de citer aussi uue lettre du 24 février, dans laquelle Tomùs Armenteros» répondant à Gonçalo Perez, traçait le portrait du comte d'Egmont : « Je vous dirai les qualités du personnage et les dispositions dans lesquelles je le crois à présent : pour le passé, on en saitlà-bas plus que moi. Il est homme bien intentionné, et assez présomptueux, quoique flamand ; il se laisse aisément aller à tôot ce que veulent les personnes qui ont du crédit auprès de lui *, avec les autres, il est très-réservé. 11 fait profession d'être trèsdroit et très-ferme , comme en effet il Test en beaucoup de cboses , et le seigneur prince d'Eboli, chez lequel il a dit qu'il se proposait d'ailes loger, et en qui il paraît avoir beaucoup de confiance, pourra facilement ramener à ce qui paraîtra convenir au service du roi. Le mieux sera, pour beaucoup de raisons, de le renvoyer promptement. » Ihid,, t. !«', p. 343.

par les seigneurs de la cour. Le roi se montra assez empressé de venir au secours des finances des Pays-Bas^ n'hésita pas non plus à répondre catégoriquement que les préparatifs des Turcs rcmpécheraient de se rendre cette année même dans ces provinces , mais se montra plus réservé sur les points qui concernaient la religion '. H désira prendre l'avis, préalable des principaux théolog;iens de ses États; il les réunit à cet effet, el les consulta sur la liberté de conscience réclamée d'une manière si pressante dans les Pays-Bas. Ceux de ces docteurs qui s'étaient rendu compte de l'état de ces provinces assurèrent le monarque qu'il pouvait faire des concessions y elles étaient nécessaires, croyaient-ils, pour éviter les maux plus graves qui résulteraient d'une révolte des peuples contre l'autorité royale et l'Église catholique. Mais Philippe II se récria : il ne les avait pas convoqués, repartit-il, pour savoir s'il lui était permis d'octroyer la liberté de conscience, mais bien pour s'assurer s'ils lui prescrivaient nécessairement de la décréter. Lorsque les théologiens lui eurent déclaré que ce comriiandement n'entrait pas dans leurs ioten* tiens , Philippe se prosterna devant un crudlix en s'écriant : u Je te prie, grand Dieu , souverain de tous les hommes, que 4i tu me fasses persévérer toujours dans la résolution que j*ai « prise do ne consentir jamais à être appelé le maître de ceux « qui te refusent pour leur seigneur*. » Sa détermination fut, des ce moment, irrévocable; mais, avant de la faire connaître au comte d'Egmont, il chercha à gagner par des grâces personnelles le capitaine illustre dont il avait sondé depuis longtemps le

1 Le prince d'Orange, qui tenait ses informations du comte d'Egmont lui-roéme, transmit ces détails à son frère Louis de Nassau, le 3 avril , 41 lui mandait que le roi venait d'envoyer dans les Pays-Bas . 200,000 écos^ Archives de iamaison efOrange'-Nastau, t. l^y p. 36S.

? Strada dit tenir ces renaeignements d'un des docteurs qui assistèrent au conseil. De bello belgico, lib. IV. ♦ 4

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caractère plein de droiture, mais dépourvu de cette énergie per«sistante qui signalait Guillaume de Nassau. Le comte avait demandé le don absolu de Ninove qu'il tenait en engagère, et Fautorisation d'échanger cette terre contre Engbien , qui appar-^ tenait au duc de Vendôme (Antoine de Bourbon) ; il avait solli* cité aussi la permission d'accepter un présent que loi voulaient faire les états de Flandre. Le roi lai fit répondre, par Ruy Go« mez, qu'il ne pouvait prendre une résolution sur le- fait de Ninove/ sans avoir consulté la duchesse de Parme; quant à la terre d^Enghien, il se réjouirait qu'il l'obtint par échange ; enfio, qu'à l'égard du présent que les états de Flandre se proposaient de lui faire, il pourrait jouir du même avantage qu'avaient eu ses prédécesseurs, et même de quelque chose de plus. Philippe, ayant ensuite reçu le comte d*Egmont, ajouta de sa bouche qu'il lui accordait, sur la terre de Ninove, 1S,000 ducats, par-dessus les 20,000 pour lesquels elle lui était engagée, de sorte qu'on ne pourrait la reprendre de ses mains, qu'en lui payant 32,000 ducats. Il lui promit aussi de contribuer à rétablissement de ses filles et l'assura que toute sa maison pourrait toujours compter sur sa protection la plus déclarée. Mais, au moment où le comte prit congé, Philippe n'hésita plus à lui témoigner son déplaisir de ce qui s'était passé au sujet de la ligue des seigneurs et des livrées. Egmont lui expliqua l'origine de celles-ci, et, le roi lui ayant demandé qu'il s'employât à les faire cesser, il répondit que c'était impossible pomr le moment, puisque le marquis de Ber* ghes devant les donner à Pâques, il arriverait trop tard pour l'en empêcher. Il ajouta que cette manifestation avait été provoquée par Timprudeuce du cardinal de Granvelle, qui n'avait cessé de harceler la noblesse j que celle-ci, impatientée, lui avait fait subir le môme traitement, mais sans porter atteinte au respect et à robcissance qu'elle devait au souverain des Pays-Bas. Le comte alla même jusqu'à dire que, sllcût découvert en quel-*

qu'un une pensée contraire au service du rot, il eût été le pre-* mier à le poignarder, quand niéme c'eût été son frère V

Philippe II remit au coin(e d'BgnuMit une iostructio» écrite pour servir de répoose à la coofinoission dont celui-ci avait été chargé de la part de la gouvernante des. Pays-Bas. Elle traitait des différents points sur lesquels la sollicitude royale avait été appelée. Philippe alléguait les hostitités des Ottomans, qui menaçaient alors l'Ile de Malte, pour s'excuser de ne pouvoir cette année même se rendre dans les PaysrBas; mais, la guerre terminée , il examinerait s'il lui serait possible ds'entreprendre ce voyage, dans le cours de Tannée suivante. Pour remédier aux embarras financiers qui lui avaient été signalés, U envoyait, partie en argent comptant et partie en lettres de change, 60,000 écus pour les troupes ordinaires, 800,000 pour les garnisons et 4 50,000 pour les besoins des provinces ; il eût envoyé davan-

* Correspondance de Philippe 11, 1. 1«, p. 348 ; — Bbntivoglio, IIv. I ; — Stbada, lib. IV. — Il était très-vrai, comme on Ta vu, que le cardinal de Granvelle n'avaii pas toujours mis dans ses procédés à Tégard d'une noblesse Ûère et susceptible toute la réserve et toute la dignité convenables. On ne lui pardonnait pas, surtout, la statue insultante qu*il avait fait ériger dans son cbAleau de Gantecroix. « Cétait, dit Van Loon, une femme qui tenait d'une main une coupe, et de Tautre une aiguière. Cet emblème était expliqué par sa devise ordinaire : Durate, Persévérez. Il voulait signifier par-là (croyait-on) que son économie le mettait en état de se soutenir plus longtemps que les nobles, dont le luxe et les prodigalités causeraient dans peu la ruine. On ne prétait pas une signification moins odieuse à quelques médailles ft*appées par ordre du même cariioal , quoiqu'elles ne représentassent que Temblème ordinaire de ce prélat, savoir une mer irritée. On prétendait que par là il voulait faire entendre que sous la protection du Neptune espagnol (c'est*à-dire du roi], il se croyait en sûreté au milieu des orages politiques qui , quoique excités pour sa perte et pour l'avancement de la réformalion, n'abîmeraient que leurs auteurs qui, précipités hors du vaisseau de FÉlat, seraient livrés à la fureur de la mer et Je ses monstres » Histoire métaHique des dix-Sf^i provincts, t. I*r, p. 57.

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tage s'il n'avail fallu pourvoir aux nécessités pressautes de la guerre contre les Turcs •. Il se proposait aussi de porter reniède aux désordres de la justice quand ]a duchesse lui en aurait indiqué les moyens, après avoir consulté Je conseil d'État. Mais c'était surtout de l'état afSigeant de la religion qu'il fallait, disait*il, se préoccuper ; celait aux hérétiques, dont les progrès lui causaient une douleur profonde, qu'il fallait opposer une plus forte barrière. Il déclarait en conséquence qu'il ne souffrirait jamais , dans ses États, le moindre changement en matière de religion ; eût^il même cent mille vies, il les sacrifierait volontiers à cette grande cause. Il permettait seulement que la gouver-nante , sans rien ébruiter et en prétextant l'exécution du concile de Trente, réunit, avec le conseil d'État, deux ou trois évéques, quelques théologiens et des magistrats signalés par leur dévouement à la religion catholique. Dans ces conférences, on discuterait le meilleur mode à employer pour instruire le peuple, propager les saines doctrines et rectifier l'enseignement dans les écoles. On examinerait , en outre , s'il convenait de changer les châtiments employés contre les hérétiques, non pas que le roi jugeât à propos de faire cesser les punitions, cette indulgence ne pouvant être agréable à Dieu ni servir le bien public, mais afin , disait Philippe II , de réprimer l'orgueil des sectaires et d'empêcher qu'ils ne se glorifient de leur supplice, qui cesserait ainsi d'être un stimulant pour leurs prosélytes ».

Egmont fut aussi chargé de ramener à sa mère le jeune prince Alexandre Farnèse, qui avait été retenu, depuis 1559, à la cour d'Espagne. Il partit enfin de Valladolid, après avoir encore écrit

1 Strada rapporte que les fonds n'ayant pas été fouruis en Espagne, les banquiers refusèrent d^avancer uue grande partie de ces assignatioDs.

* Correspondance de Philippe 11, t. l«r. p. 347 ;-- Mémorial de Eomtxs, î« partie, cbap, IV; - Strada, lib. IV.

au roi pour le remercier de ses bontés et lui déclarer qu'il retournait en Flandre Thomme le plus satisfait du monde '.

U fut de retour à Bruxelles le 30 avril, accompagné du jeune prince de Parme. La régente se livra d'abord au contentement de revoir et d'embrasser son fils, dont elle était séparée depuis plus de cinq ans. Elle se réjouissait» disait son secrétaire intime, de le trouver déjà homme, avec un air si vif et si riant, tempéré par cette gravité qui était comme le cachet de l'éducation qu'il avait reçue à la oour du roi catholique. Elle se réjouissait de le voir tant espagnol en tout, qu'il paraissait non-seulement avoir été élevé, mais même être né en Espagne, tant pour la langue (l'espagnole étant la seule qu'il sût parler) que pour les manières et les habitudes. La satisfaction qu'elle ressentait fut encore augmentée par la nouvelle que Philippe avait résolu le mariskge d'Alexandre Farnfese avec l'infante Marie, fille du prince Edouard de Portugal et d'Isabelle de Bragance *.

Cependant la gouvernante des Pays-Bas ne devait point tarder à se préoccuper vivement des instructions rapportées' par le comte d'Egmont. Le 5 mai, elle assembla le conseil d'État, Egmont, après avoir fait un rapport verbal sur sa mission , conclut en déclarant qu'il demeurait en tous points plus que satisfait du roi. On donna ensuite lecture de l'instruction qu'il avait apportée. Pour se conformer aux ordres du souverain , ta duchesse convoqua à Bruxelles, pour le S5 mai, l'évéque d'Ypres, spécialement désigné par le roi , les évéques de Namur et de SaintrOmer, Içs présidents des conseils de Flandre et d'Utrecbt , (|eux conseillers du grand conseil de Malines et trois théologiens de Louvain, Josse de Tillet, prévôt de Walcourt, Corneille Jansen,

1 Correspondance de Philippe II, f, I*». p. 349. ■ Armenteros à Gonçalo Ferez,- <6 mai 4565, dsmsia Corregpondanre de Philippe II, t. W, p. 354, et Stbada, De heUo belgico, lib. IV.

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