‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 16 sur 152 · LIVRE II (itt · texte numérisé non relu

LIVRE II (itt

signalait les discours suspects qui se tenaient dans la Gueldre et dans les autres provinces récemment acquises. Enfin le duc et le conseil d*État supplièrent le roi de secourir les Pays-Bas des deniers de ses autres royaumes, seul moyen, suivant eux, de prévenir une perturi>ation qu'ils considéraient comme imminente. Ils demandaient même d'être remplacés dans leurs charges, si le roi refusait de prendre cette mesure '.

Mais , déjà , il fallait faire face à des nécessités plus graves encore. On était à la veille d'une nouvelle guerre, et c'était le gardien naturel de la paix , c'était le pape lui-même qui ranimait la vieille querelle des maisons de France et d'Autriche. Ce nouveau Jules II sortait de la famille napolitaine des Garaffa, qui avait toujours favorisé les prétentions des Français en Italie.

Paul IV, monté sur la chaire de saint Pierre pendant Tannée même où Charles-Quint descendait du trêne, était presque octogénaire ; mais ses yeux enfoncés dans leur orbite conservaient tout le feu de la jeunesse, et sa démarche n'avait rien perdu de sa vivacité. L'ambassadeur vénitien, accrédité auprès du nouveau pontife, signalait sa complexion véhémente et emportée, la vivacité extrême de ses mouvements, et sa vigueur de corps bien au-dessus de son âge. u H a une gravité incroyable, ajoutaitil, et une telle grandeur dans toutes ses actions, qu'il semble vraiment né pour commander. Aussi prétend-il que le pontificat est fait pour mettre les empereurs et les rois sous ses pieds '. » Deux passions dirigeaient sa politique : une haine sans bornes contre les luthériens et un ressentiment implacable contre les Espagnols, qu'il regardait comme les oppresseurs de l'Italie. 11 les appelait « hérétiques, schismatiques maudits de Dieu, semence

1 Documents historiques, t. X. (Archives du royaume.) ' Relation de Bernardo Navagero (4558).

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de Juifs et de Maures, lie du monde ■ . » La vanité blessée du pontife avait autant de part que le patriotisme à cette haine violente. Charles-Quint , le considérant comme un ennemi , l'avait exclu du conseil formé pour l'administration du royaume de Naples, lui avait refusé l'investiture de l'archevêché de cette ville et avait travaillé contre lui dans le conclave.

Paul conféra les plus hautes dignités ecclésiastiques et civiles à ses neveux parce qu'ils encourageaient, en* la partageant, son aversion pour l'empereur et les Espagnols. Le plus jeune, Charles Caraffa, chevalier de Malte, adonné à tous les vices militaires, fut élevé au cardinalat ; les deux autres reçurent les dépouilles des Colonna, proscrits à cause de leur dévouement à Charles-Quint : i'atné fut nommé duc de Palliano , le second marquis de Montebello et gouverneur de Rome. Ces neveux employèrent divers artifices pour rallumer la guerre en Italie, espérant en tirer parti dans l'intérêt de leur maison ; ils feignirent d'avoir découvert que l'empereur gageait un grand nombre de satellites pour empoisonner ou assassiner toute leur famille '. Charles-Quint s'était plaint amèrement aux cardinaux impérialistes qu'on eût élevé sur la chaire de saint Pierre le plus acharné de ses ennemis ; mais il était incapable d'avoir recours au poignard ou au poison pour se débarrasser d'un adversaire. Cette calomnie, toutefois, alluma la colère de Paul IV : il fit arrêter les partisans de l'empereur, sans excepter les cardinaux ; conclut une alliance formelle avec la France, conçut le projet de faire régner deux princes français en Italie, l'un comme roi de Naples, Tautre comme duc de Milan ; offrit la Sicile comme appât aux Vénitiens, et, pour

1 Relation de Bernardo Navagero (1558). — Voir aussi Ranke, Histoire de la Papauté, liv. 111.

' Histoire du règne de Philippe Jl, par Watso.x, traduit de l'anglais par Mirabeau et Durival (Amsterdam, 1778), t. I, liv. II.

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