LIVRE II (i5S
achever de bouleverser Tordre établi par Charles-Quint, voulut expulser les Médicîs de Florence et y rétablir la république. Quoique le traité d'alliance offensive et défensive, conclu le 4 4 dé* cembre 4555 avec Henri II, assurât de grands avan£ages aux Caraffa, Paul IV croyait n'être guidé que par Tamour désintéressé de sa patrie. Mais Charles-Quint, dont les troupes avaient autrefois saccagé. Rome et tenu Clément VU en captivité^ n'était point dis* posé à se courber devant le chef de la famille Caraffa. Il enjoignit au duc d'Albe, capitaine^énéral du Milanais et vice-roi deNaples, d'aller rétablir les Colonna dans leurs possessions sur le territoire pontifical, si le pape ne consentait pas lui-même à leur restituer ce qu'il leur avait ravi. En même temps Garcilaso de la Vega dut se rendre à Rome pour faire des représentations respectueuses à Paul IV, avant qu'on eùh recours à la force. « Si les K furies de Sa Sainteté ne cessent point, écrivait Charles-Quint « lui-même, le 4 octobre 4 555, et si elles sont poussées plus avant, « nous serons déchargés envers Dieu et envers le monde des « inconvénients et des dommages qui pourront s'ensuivre '. » La trêve , conclue à Vaucelles , suspendit les hostilités qui étaient sur le point d'éclater entre les Espagnols et le pape, en obligeant Paul IV d'ajourner ses projets. Du reste, lorsque le projet d'alliance avec le pape avait été proposé dans le conseil de Henri II, il avait été vigoureusement combattu par le connétable Anne de Montmorency et par le cardinal de Tournon ; mais le duc de Guise et son frère, le cardinal de Lorraine, en flattant l'ambition du roi, l'avaient emporté sur le connétable, leur rival. Les uns représentaient l'issue malheureuse de la plupart des expéditions tentées en Italie par les rois français, tandis que les autres engageaient Henri 11 à saisir cette occasion pour recouvrer les domaines que la couronne d'Espagne s'était appropriés au
' MiGKET, Chartes-Quint, etc., pp. 94-î>3.
delà des Alpes. Le cardinal de Lorraine ayant été envoyé à Rome pour préparer l'exécution du traité conclu avec le pape, ce fut, pendant son absence , que le connétable , reprenant tout son ascendant sur Tesprit de Henri II, l'engagea à ratifler la suspension d'armes proposée par les Espagnols. Lorsque Paul IV se vit brusquement abandonné par le roi de France, il n'affecta pas un grand dépit contre lui ; il feignit, au contraire, de se réjouir qu'on eût mis fin aux calamités de la guerre. Le cardinal de Rebiba reçut l'ordre de se rendre à la cour de Bruxelles, et le cardinal Caraffa auprès du roi de France, tous deux avec la mission apparente d'offrir la médiation du pape pour établir entre les princes une paix solide, sur les bases de la trêve ; mais le véritable but du cardinal Caraffa était de renouer l'alliance que Henri II avait contractée avec Paul et d'en faire exécuter les conditions. Il fit agir en sa faveur non-seulement la reine Catherine de Médicis, mais encore l'influence plus puissante de la maîtresse du roi, Diane de Poitiers. Admis à une audience privée, il présenta au roi une épée bénite, lui reprocha vivement son manque de foi envers le pontife , lui signala la détresse et l'inexpérience de Philippe II , et releva Henri du serment qu'il avait fait d'observer la trêve de Vaucelles. Pour rassurer entièrement le roi, qui faisait remarquer l'âge si avancé du pontife, Caraffa promit que, à la première promotion, il serait fait choix d'un tel nombre de cardinaux , partisans de la France et contraires à l'Espagne ^ que le monarque serait assuré de la disposition absolue de la papauté dans le cas oii Paul IV viendrait à mourir. Le légat reçut alors la promesse de la coopération de la France et d'un corps auxiliaire de deux mille hommes , que suivrait une armée. Un courrier fut immédiatement envoyé au cardinal Rebiba qui , pour se conformer à ses instructions , s'avançait à petites journées verj» Bruxelles ,- il lui était enjoint de retourner sur ses pas.