‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 18 sur 152 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

Noo-seaiement Henri II avait été dégagé par le légat du pape de l'obligation de tenir son serment, mais il avait reçu, en outre, l'autorisation d'enfreindre le droit des gens, de commencer les hostilités sans avoir déclaré la guerre ; on était convenu, en effet, de surprendre, s'il était possible, le roi d'Espagne, tandis que, sur la foi de la trêve de Vaucelles, il serait encore sans défense. Triste spectacle! Paul IV recommandait la trahison, prêchait la guerre, dans un moment où la papauté aurait dû employer toute son influence et toute la force morale du catholicisme à compléter la réforme pacifique de l'Église, pour arrêter les progrès croissants des novateurs !

Hais il n'était pas facile de tromper la vieille expérience de Charles-Quint ; il eut bientôt pénétré le vrai motif de l'ambassade du cardinal Caraffa '. Paul IV, en donnant un trop libre cours à sa haine contre l'empereur et contre les Espagnols, divulguait d'ailleurs ses projets. En plein consistoire, il venait de proclamer que Charles-Quint n'avait pas le pouvoir de résigner l'Empire, que tout ce qu'il avait fait était nul, non-seulement parce qu'il avait perdu t esprit, mais aussi parce que la dignité impériale ne pouvait être conférée sans l'assentiment du pape '.

> Charles-Quint exprimait noblement riDdignation qu'i] ressentait de la conduite du pontife dans une lettre quMI écrivait à Ferdinand, de Souburg, le 42 septembre 4556, au moment de faire voile pour TEspagne. « Vous « aurez ja entendu, disait-il, les troubles que suscite le pape en Italie. m Dieu doint que Ion y puisse résister de sorte, que Ion luy puisse tost faire « reoonguoistre la raison, pour éviter le scandale et dommage que la cbres- « tienneté et la religion reçoit par l*opinion de ce différend, et des termes « dont ledit pape use... » Lamz, Correspondenz, etc., t. III, p. 744.

'Dans un mémoire envoyé de Homo, le 20 décembre 4555, au connétable de Montmorency, le cardinal du Bellay rendait compte en ces termes du discours prononcé par le pape en consistoire : « Puis après Sa Sainteté - dit que Ton avoit envoyé près le prince d'Oranpe un mandat au nom de • Charles , naguère empereur , pour résigner l'empire ; qu'ii estolt aisé à

H ne s'élait pas borné à ces outrages et à ces prétentions dignes de Grégoire VU. Il avait proscrit les amis de TEspagne, accaeilli les réfugiés napolitains, fait mettre aux arrêts Garcilaso de la Vega, envoyé de Gbarles-Quint, expulsé de Rome don Juan Manrique de Lara, ambassadeur ordinaire d^ Philippe II, emprisonné et maltraité Juan Antonio de Tassis, grand-maltre des postes. Réveillant ensuite d'autres prétentions, auxquelles Clément VII avait formellement renoncé , il avait intenté dans le consistoire un procès contre Philippe II, annonçant Tintention, comme seigneur lige, de le priver du royaume de Naples , parce que ce prince n'avait pas acquitté le tribut annuel de 700 ducats, que les anciens souverains du royaume payaient au saint-siége. 11 poussa, enfin, l'animosité jusqu'à suspendre le service divin en Espagne.

Toutefois, Philippe II ne permit point au duc d'Âlbe d'agir avec la vigueur qui lui était naturelle ; redoutant de combattre le pape, il lui avait recommandé de tenter toutes les voies d'accommo* dément avant d'avoir recours aux armes. Le duc envoya à Rome Pirro de Loffredo avec des lettres datées du 21 août 4556 : l'une

« entendre que ledit Charles n'avoil point parlé ; et, quand bien il aurait

• parlé, que tout ce qu*il aurait fait estoit de nulle valeur, attendu qu*U est

• notoira à chacun quMl est impos mentis... » Il exposait ensuite les autres raisons de cette nullité : « La-dessus remémora la translation de Tempira « de Grèce faite par les papes, et le privilège d*en faira élection donné par o lesdits papes à la Germanie : lequel privilège bien entendu, et y mettant « en considération beaucoup de choses qui s*y pourroient mettre , il ne se « trouverait point qu'il fust en la puissance d'un empereur de résigner Tem- » pire , ny aux électeurs d'accepter la résignation, et, suivant icelle, faire « nouvelle élection, inconsulto aummopontifice. A quoy ne servirait rien de « dire que Ferdinand estoit déjà un précédent César, et designcUus impera-* « tor et rex Romanorum : car toutes telles allégations sont invalides et « nulles, et ne peut personne digne d*avoir nom de chrestien dira ny sou-* (• tenir qu'elles soient ni bonnes ni valables. • Ribier, t. II, pp 623 et 6â4.

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