‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 23 sur 152 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

nir dix-sept jours , et ces dix-sept jours sauvèrent peut-être la France.

D^ le lendemain de l'arrivée du roi au camp, le siège fut poussé avec une nouvelle vigueur. Coligny, de son côté , s'était rois en relation avec le duc de Nevers, qui avait pris le commandement des débris de l'armée française à la Fère , et une nouvelle tentative de secours avait été concertée entre eux. Le 22 août, le duc de Nevers lui envoya trois cents arquebusiers, soutenus par de la cavalerie; celle-ci, parvenue à une lieue du camp, refusa de marcber plus avant ; les arquebusiers tentèrent l'aventure à la faveur de la nuit, mais ils furent découverts par les gardes et si rudement chargés , qu'une centaine seulement, passant la rivière à la nage, après avoir jeté leurs armes , réussirent à entrer dans la ville. Trois brèches ayant été faites , le roi commanda un assaut général pour le 26. Mais cette attaque dut être difTérée, la troisième brèche n'ayant pas encore été jugée praticable. Enfin, le 27, à deux heures de l'après-midi, les trompettes et les tambours donnèrent le signal. Au bout d'une demiheure, on força la première brèche, que l'amiral défendait en personne : tous les soldats qui l'entouraient ayant pris la fuite, Coligoy demeura, lui quatrième, entouré d'ennemis de tous côtés : il dut se rendre, et son frère, Dandelot, partagea sa mauvaise fortune ■ . Le duc de Savoie était lui-même dans les fossés, pour encourager les assaillants : Philippe aussi se montrait, armé de toutes pièces,et ce fut la seule fois de sa vie qu'on le vît chargé d'une armure : il regardait Tattaque dirigée par le colonel Nava-

' Coligny fui enfermé dans le fort de l'Écluse, où il rédigea la i-elatlon du siège quMl avait soutenu, et d*où il ne sortit qu'après avoir payé une rançon de 50,000 écus. — ■ Quant à Dandelot, « dans la nuit même quMl fut pris, dit M. de la Chastre, il se sauva , et passa au travers le marais, dans Teau jusqu'à la gorge, où il se pensa noyer, et vint trouver le roi. «

rette et par le comte de Meghem, qui reçut une arquebusade à la jambe. La troisième brèche, défendue avec le plus de vaillance, ne fut gagnée qu'après des efforts longs et meurtriers : Carondelet et le comte d'Ârundel y furent tués; Julian Romero, blessé. La ville ayant été enfin emportée, Philippe permit à ses troupes le pillage, en récompense de leurs fatigues : mais il donna les ordres les plus sévères pour que Ton respectât les femmes, les églises, les monastères et les reliques.

Quoique la prise de Saint-Quentin empirât la situation de la France, Henri II avait su profiter du répit que l'hérolàme de Coligny lui avait procuré. Le cardinal de Lorraine, qui se trouvait auprès de lui au château de Compiègne, reçut la direction des affaires; et des mesures énergiques furent immédiatement prises pour arracher la France à l'Espagne victorieuse. Des galères sortiront du port de Marseille pour aller chercher, en Italie , le duc de Guise et l'élite de son armée ; un courrier fut envoyé au maréchal de Brissac, pour lui enjoindre de renvoyer la plus grande partie des vieilles troupes qui servaient en Piémont ; l'ambassadeur du roi dans les cantons reçut l'ordre de faire acheminer vers la France six mille Suisses; un autre courrier se rendit en Allemagne , pour presser les nouvelles levées que Ton faisait dans ce pays ; un député fut envoyé au sultan, pour solliciter le secours de la flotte ottomane ; un autre dut se rendre en Ecosse, pour extiter les clans à tenter une invasion dans le nord de l'Angleterre. La ville de Paris accorda 300,000 francs, pour soudoyer trois mille hommes de pied pendant trois mois; les provinces suivirent l'exemple donné par la capitale. Plusieurs gentilshommes s'engagèrent même à défendre, à leurs propres dépens, les places qui se trouvaient le plus exposées aux insultes de l'ennemi.

« Cet ennemi pouvait et devait, dit un contemporain, passer droit à Paris ; mais Dieu ne lui fit pas la grâce de prendre si bon

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