‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 25 sur 152 · LIVRE 11 (1888). 7i · texte numérisé non relu

LIVRE 11 (1888). 7i

Toison d'or ou à d'autres bons personnages des Pays-Bas ; que le roi tâchât d'engager les pays de Gueidre, de Zutphen, de Frise, d'Over-Yssei, de Groningue, de Luxembourg, de Limbourg, de Fauquemont et de Daelhem, exempts des aides votées par les états-généraux, à contribuer dans celle qui avait pour objet l'enti-etien des gens de guerre; que les royaumes d'Espagne, de Sicile, de Naples, le duché de Milan et les autres domaines du roi y contribuassent de même selon leurs facultés, parce que, dans le passé, ils avaient été en grande partie la source de la guerre.

Les états généraux ayant été de nouveau convoqués à Bruxelles, le 9 janvier \ 558. le roi leur fit remettre sa réponse au cahier que le duc de Savoie avait reçu d'eux. 11 ne trouvait pas suffisants les moyens de Gnances proposés par les états, parce qu'il voulait des forces plus considérables pour poursuivre les succès de la campagne précédente et attaquer l'ennemi dans ses propres foyers; il demandait 1,600,000 florins. Après plusieurs jours de délibération, les états généraux conclurent d'offrir au roi l'entretien, pendant une demi-année, de six mille chevaux et de douze mille piétons des Pays-Bas, ainsi que de deux mille chevaux et de six mille piétons à son choix ; en outre, Tarmement de vingt navires de guerre. En temps de paix, ils consentaient à entretenir deux mille chevaux et les cadres nécessaires pour en réunir six mille autres. Ils renouvelaient, afin de subvenir à ces dépenses, l'offre d'un subside annuel de 800,000 livres d'Artois pendant neuf ans. Ils insistaient sur la suppression des ^ides existantes, en remplacement desquelles ils étaient disposés à payer 4,200^000 florins en une fois. Le roi fit connaître aux états généraux, le 24 janvier, qu'il était satisfait de ce résultat de leurs délibérations. Mais comme les offres des états étaient encore subordonnées à la ratification de leurs provinces respectives, il les requit d'en rendre compte sans retard à leurs commettants et de les presser de

7â LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.

prendre une résolution conforme à l'avis unanime des députés du pays '.

Quand le duc de Guise eut reçu Tordre de son souverain qui le rappelait en France, Paul IV fît les plus fortes représentations contre une mesure qui le laissait à la merci des Espagnols et des Colonna; mais le duc, qui ne pardonnait pas d'ailleurs aux Caraffa d'avoir été mal secondé par eux, répondit qu'aucune force humaine ne pourrait le retenir en Italie. Le duc d'Âlbe s'avança de nouveau jusque sous les murs de Rome, mais sans montrer plus de hardiesse que la première fois. Cependant les habitants épouvantés obligèrent le pape de se prêter à la paix que, de son côté, Philippe II désirait avec la plus vive ardeur. Elle fut conclue, le \ 4 septembre \ 557, dans le môme esprit qui avait présidé à cette guerre, c'est-à-dire que le roi d'Espagne, vainqueur du pape, paraissait être le vaincu. Toutes les villes de l'État ecclésiastique furent rendues, à l'ei^ception de Palliano, pour laquelle on promit une indemnité aux Caraffa. En outre, le duc d'Âlbe fut obligé de venir en personne devant le trône pontifical et de prier à genou?: l'impérieux Paul IV d'absoudre le roi et l'empereur des censures qu'ils avaient encourues en lui faisant la guerre. Cet acte de profonde humiliation enfla encore le cœur du pape. Il déclarait hautement qu'il appartenait aux souverains pontifes d'abaisser l'orgueil des princes quand ils méconnaissaient l'étendue de l'obéissance qu'ils doivent au chef visible de l'Église. Il ajoutait « que personne n'était exempt de sa juridiction, fût-il empereur ou roi, et qu'il pouvait priver empereurs et rois de leurs empires et royaumes, sang avoir à en rendre compte qu'à Dieu ». )»

Le cardinal Caraffa s'était rendu à Bruxelles, au mois de dé«

^ ' Documents histonques, t. X. [Archives du royaume.) * MiGNET, Charles-Quint, etc., pp. 303-305.

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cembre, dans le but de régler, avec Pbilippe II, rindemnité promise en dédommagement de Palliano ; il fut honorablement accueilli et logé dans l'hôtel des comtes de Hoogbstraeten qui joignait la cour. Le roi ordonna même de construire une galerie de communication afin que le cardinal n'eût pas la peine de monter sur sa mule. C'était, du reste, un homme aux goûts mondains, aimant les tournois, les danses, les mascarades, et les dames ; perdant en un soir 20,000 écus en jouant avec le comte d'Egmont '. Il ne réussit point dans sa mission ; mais cet insuccès ne fut que le prétexte de sa disgrâce. Éclairé par le parti rigide sur la vie scandaleuse de ses neveux, Paul IV sacHfia son affection aux devoirs que lui imposait le pontificat '.

Le duc de Guise étant arrivé en France, Henri II l'associa immédiatement à l'autorité souveraine en le nommant lieutenant général des armées dans toute l'étendue de la monarchie française» en dedans et en dehors du royaume. L'arrivée de ce capitaine» dont la popularité dominait dès lors le trône et dont la renommée militaire paraissait un gage de salut ^ , avait causé une joie universelle et relevé la nation française de l'abattement où l'avait jetée le désastre de Saint-Quentin. Le duc de Gnise voulut justifier les espérances que ses concitoyens fondaient sur son activité, sa vigilance et son génie. Tandis que les troupes de Philippe II se tenaient dans leurs quartiers d'hiver, il résolut de tirer parti de leur sécurité. Deux armées furent réunies avec la plus grande célérité et dans le plus profond silence : l'une, sous le comman-

' Grande Chronique de Hollande, etc , t. II, p. 44.

' Sous le poDtifîcat de Pie IV, le cardinal Caraffa et son frère, accusés des crimes les plus horribles, furent condamnés à mort et exécutés. — VotrRAMKB, Histoire de la Papauté, liv. III.

' Histoire des ducs de Guise, par René de Bouille (Paris, 4849), 1. 1» p. 238. — François, deuxième duc de Guise, était né à Bar, le 47 févrie 4549.

dément du duc de NeverS; simula une attaque contre le duché de Luxembourg ; l'autre, conduite par Guise lui-même, parut se proposer de vouloir assurer la défense d'Amiens, d'Ârdres et de Boulogne. Pendant que les Espagnols et les Wallons couraient vers le Luxembourg , le duc de Nevers renvoya ses troupes au duc de Guise qui fit rapidement avancer son armée vers Calais. C'était la seule place que les Anglais eussent conservée en France des vastes domaines conquis autrefois par Edouard 111 ; elle passait pour imprenable, et jamais les rois de France, même pendant les guerres civiles entre les maisons d'York et de Lancastre, n'avaient pensé à Tassiéger. Calais étant entouré de marais impraticables durant l'hiver, excepté du côté d'une digue gardée par les deux forts de Nieullay et de Rîsbank, les Anglais, par économie, en retiraient à la fin de l'automne une grande partie de la garnison et l'y renvoyaient au printemps, seule saison oîi ils la croyaient nécessaire. Le duc de Guise résolut de profiter de cette sécurité en attaquant la place à l'improviste. Lord Wenworth, gouverneur de Calais, n'avait sous ses ordres que six cents hommes environ, pour la plupart vétérans '. Lorsqu'il connut l'approche des Français, il conjura les ministres anglais d'envoyer sans retard des secours, leur représentant qu'il n'avait pas le quart des troupes nécessaires pour défendre les fortifications de Calais, et qu'avec la garnison qu'il commandait, il ne pouvait empêcher l'ennemi de s'en rendre bientôt maître. Mais le conseil privé rejeta ces remontrances avec mépris, comme si elles eussent été dictées par la timidité ; quelques-uns même des membres du conseil se vantèrent qu'ils défendraient Calais avec leurs baguettes blatiches contre un ennemi qui oserait l'attaquer pendant Thiver. En vain Philippe II avait-il lui-même averti la reine d'Angleterre du danger qui menaçait cette place, en lui ofi^rant de renforcer,

' HiMK, chap. xxvrn.

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