LIVRE
pendant J'hiver, la garnison par un détachement de ses propres troupes : les conseillers de Marie Tudor, par orgueil national , rejetèrent son offre, et laissèrent Calais avec une garnison tout à fait insufiOsante '. Cette incurie encouragea le duc de Guise. Le 4 "^ janvier 4558, il força le pont de NieuUay et vint camper sur les dunes qui bordent la mer ; en même temps un grand nombre de vaisseaux français, envoyés des côtes de Normandie et de Boulogne, paraissaient dans le canal. Dès le surlendemain, les deux forts de NieuUay et de Risbank furent enlevés. Après avoir abattu les fortifications de la porte de la rivière. Guise tourna son artillerie contre le château , où elle fit une large brèche; le fossé ayant été ^ensuite desséché en partie, les Français montèrent à l'assaut, le 6, et s'emparèrent de la citadelle dont les défenseurs furent passés au fil de Tépée Lord Wenworth, désespéré, tâcha de reprendre cette position la nuit suivante; mais ayant perdu deux cents hommes dans cette courageuse tentative, sa garnison se trouva si affaiblie qu il se vit obligé de capituler '. II fut stipulé , le 8 , que les habitants auraient la vie sauve et qu'ils pourraient librement se retirer en Flandre ou en Angleterre. Lord Wenworth et cinquante officiers restèrent prisonniers ; le reste de la garnison eut la faculté de se retirer également en Angleterre, mais sans pouvoir arracher un clou de la ville, et en abandonnant aux vainqueurs ses drapeaux et toute son artillerie. Pour expulser entièrement les Anglais du territoire français, le duc de Guise résolut ensuite de reprendre la forte place de Guines (à deux lieues de Calais), dont était gouverneur lord Grey : celui-ci avait sous ses ordres quatorze cents soldats, tant Anglais que Wallons et Espagnols. L'artillerie française battit la place de trois côtés, et lorsque les brèches parurent praticables,
' ROBKRTSON, liV. XII.
' Voir Hume, chap. XXVIII, el le Mémoire de M. de la Chastre,
les troupes du duc de Guise donnèrent trois assauts à la fois, âpres , chauds et furieux ; mais elles furent repoussées avec grande perte. Le duc envoya du renfort , lui-même s'exposa au danger ; et les Anglais abandonnèrent enfin la ville pour se reti* rer dans un fort très-élevé, qu'on nommait la Cuve. Le lendemain (24 janvier) ils capitulèrent. Après la prise de Guines, les Anglais abandonnèrent immédiatement le château de Hames , seul poste qui leur restât des glorieuses conquêtes d'Edouard III '. Cependant les armées se rassemblaient de nouveau et les habitants des Pays-Bas se montraient disposés à faire les plus grands sacrifices pour continuer avec vigueur la guerre contre la France. Les députés des provinces ayant été réunis le 44 avril, le roi leur fit représenter que l'ennemi s'apprêtait à envahir leur territoire , et qu'il ne fallait point qu'un refus par* tiel de concours entraînât la perte du pays. Il demandait que les provinces, qui avaient exigé un consentement général, se désistassent de cette prétention et que la répartition des 800,000 livres, votées au mois de janvier, fût soumise à des commissaires du gouvernement, qui auraient le pouvoir de l'établir définitivement, après avoir entendu les états. Cette proposition fut accueillie, et, le 3 mai, les députés de Brabant , de Flandre, d'Artois, du Hainaut, de Valenciennes, de Lille, de Douai et d'Orchies, de Hollande, de Zélande, de Namur, d'Utrecht, du Tournaisis, de Tournai et de Malines , donnèrent leur consentement définitif à l'aide qui fut appelée novenncUe, Il fut toutefois stipulé que les états auraient la recette et l'administration des deniers qu'ils accordaient ; qu'ils seraient présents, par eux-mêmes ou leurs délégués, aux revues des gens de guerre , et qu'ils se chaîneraient de faire les payements à ceux-ci. Le roi réunit les états en sa présence et leur fit dire « qu'il était très-aise d'entendre
' Grande Chronique de HoUaiide, etc., t. II, p. 43.